Éventualité d'une 3ème vague : ceux qui dénoncent le relâchement ne seraient-ils pas ceux qui le prônent ? (Par Moussa Bèye)


Éventualité d'une 3ème vague : ceux qui dénoncent le relâchement ne seraient-ils pas ceux qui le prônent ? (Par Moussa Bèye)
Après avoir mis à terre l’économie mondiale, la pandémie de la Covid-19 n’a toujours pas dit son dernier mot. Elle poursuit sa traque des humains. Après la première et la deuxième, voilà qu’une éventuelle troisième vague nous est annoncée par les spécialistes de la santé, avec en première ligne, le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Fann, le Pr Moussa Seydi. 

Jusqu’ici plus résistants au virus, les jeunes seraient les principales cibles à devoir en pâtir avec les nouveaux variants Delta (dit « indien »), Beta (dit « sud-africain »), Alpha (dit « britannique ») et nigérian identifiés sur le sol sénégalais par l’Institut Pasteur de Dakar.
« On constate de plus en plus de jeunes sans comorbidité qui font des formes graves, même si, heureusement, ils arrivent à s’en sortir », a révélé le Pr Seydi, vendredi dernier, à l’occasion de la réunion du Comité national de gestion des épidémies au ministère de la Santé et de l’Action sociale.

C’est une alerte à prendre au sérieux car sonné par le plus crédible des spécialistes sanitaires sénégalais. Pourtant, depuis son entrée dans le pays, au mois de mars 2020, le coronavirus s’est heurté aux efforts considérables des autorités sénégalaises qui ont abouti à une stabilisation des cas de contamination. Seulement, ces dernières semaines, le niveau de transmission a repris sa courbe ascendante. En 48 heures, 341 cas, 4 décès et 29 cas graves ont été recensés, rehaussant ainsi le taux de contamination à 57% selon les autorités sanitaires.

La tendance haussière des nouvelles infections de Covid-19 s’est confirmée ce lundi avec l’annonce par les autorités sanitaires de 191 cas supplémentaires de contamination et un nouveau décès enregistrés au cours des dernières 24 heures, a rapporté le ministère de la Santé et de l’Action sociale dans son bulletin épidémiologique quotidien. Le document indique que 87 parmi les nouvelles infections étaient des cas contacts suivis par les services sanitaires, les 104 autres étant issus de la transmission communautaire.
Cette augmentation des cas s’explique, selon les spécialistes, par le relâchement des populations dans le respect des mesures barrières (port du masque, distanciation, lavage des mains).

« Ces derniers jours, on voit qu'on a une petite remontée (…) Les épidémiologistes, à travers les variants qui ont circulé, ont commencé les enquêtes pour savoir s'il y aurait effectivement une transmission plus importante. En tout cas, ça pousse », a expliqué sur RFI le docteur Ousmane Faye, chef du département de virologie à l’Institut Pasteur.

Il faut relever que depuis la levée des restrictions, le 19 mars avec l’annonce, le 8 mars, de la fin de l’état de catastrophe sanitaire par le Chef de l’État, Macky Sall, les vieilles habitudes ont repris le dessus avec des rassemblements à tout va, les moyens de transport qui sont surchargés au détriment du contrôle qui n’est plus à l’ordre du jour à part dans certaines institutions publiques qui exigent uniquement le masque.

Les rassemblements politiques notés un peu partout à travers le pays ne seraient-ils pas les sources de propagation ? Ne seraient-ils pas, également, la cause de cette remontée des cas dans le pays ? Je n’en doute pas si on se réfère aux marées humaines qu'ont drainées certaines manifestations politiques ces dernières semaines sans aucun respect des mesures barrières. Nous avons tous été témoins de la mobilisation de l'opposition et de la majorité présidentielle à l'occasion de la célébration de l'anniversaire du 23 juin, à la place de la nation et aux Hlm Grand-Yoff, les tournées politiques avec le passage du président, Macky Sall dans des régions dont la plus récente est Thiès avec des rassemblements à couper le souffle, sans que les citoyens dans leur écrasante majorité ne se conforment aux mesures sanitaires édictées, les plages qui refusent du monde en ce début d'été. C’est dire que le relâchement, nous qui le décrions, sommes les premiers à l'encourager. 

Prenant part en visio-conférence aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le président Sall a confié que «les gens vivent sous restrictions depuis deux (2) ans (...) Ils sont un peu fatigués et c’est cela le risque.» Avec sa position, le Chef de l’Etat admet donc l’impossibilité de faire recours aux mesures drastiques de lutte contre la catastrophe qui a fini par lasser les citoyens, mais il faut reconnaitre qu’il n’est pas chimérique de veiller au contrôle pour pousser au respect des mesures barrières en attendant que les sénégalais aillent se faire vacciner.

À ce jour, plus de 665 mille doses ont été administrées dans le pays dont plus de 149 milles doses complètes, ce qui porte à moins de 1% de la campagne de vaccination.

« L’homme n’est rien sans la santé et sans elle, il n’y a pas de clairvoyance morale », dit l’adage. Dès lors, hommes politiques, leaders d'opinion, votre responsabilité revient à porter la campagne de vaccination et de sensibilisation partout où vous appelez à des rassemblements. Nous tendons vers des élections, cessez de serrer la main, portez vos masques, respectez la distanciation, mais surtout allez vous faire vacciner, avant de nous faire part de vos prétentions...
 
Lundi 5 Juillet 2021
Dakaractu




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