Étudiants en garde à vue : « Leur libération doit être imminente », réclame le Pr Amsatou Sow Sidibé


La Présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Sénégal appelle à la libération immédiate des leaders étudiants et à la réouverture des restaurants universitaires.

 

Invitée ce dimanche de l’émission « Point de Vue » sur la RTS, la Professeure Amsatou Sow Sidibé a livré un plaidoyer ferme en faveur d’une désescalade rapide de la crise qui secoue les campus sénégalais. Face à une situation qu’elle juge préoccupante, la présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme a esquissé un plan d’action en trois axes pour ramener la paix dans les universités. « Il faut réagir vite, s'orienter vers la paix et donc vers les négociations », a-t-elle martelé, avant de détailler ses recommandations. 

En premier lieu, elle invite à la libération immédiate des leaders étudiants actuellement en garde à vue. « C’est un acte qui doit être imminent à mon avis », a-t-elle encore insisté. La deuxième mesure concerne la réouverture des restaurants universitaires, fermés suite à l’opération « Ngenté Tubaab » menée par les étudiants. C’est une action durant laquelle ils mangeaient sans présenter de ticket de restaurant. « Nous les droits-de-l’hommistes, nous avons l’habitude de dire que ventre qui a faim n’a point d’oreille », a rappelé la juriste qui dénonce une situation inédite où les étudiants sont contraints d’apporter des marmites pour cuisiner sur le campus. « C’est gênant pour l’image même de l’université », a-t-elle déploré. Enfin, elle appelle à l’ouverture rapide de négociations pour résoudre durablement le conflit.

 

Des images « inadmissibles » de violence policière

 

Devant le journaliste Oumar Gning, la présidente de la CNDH s’est aussi prononcée sur l’intervention des forces de l’ordre. Elle a qualifié d’« inadmissibles » les scènes de violence dont ont été victimes des étudiants déjà arrêtés. « Quatre forces de défense et de sécurité avec un étudiant qui agissent d’une manière qu’on ne peut pas comprendre », a-t-elle dénoncé. Pour Amsatou Sow Sidibé, le déploiement massif de véhicules blindés devant la cité universitaire n’avait pas sa raison d’être. 

 

Les images d’étudiants sautant du quatrième étage et de chambres incendiées l’ont particulièrement choquée. « Un couteau et un fusil, ce n’est pas la même chose », a-t-elle souligné, minimisant la menace que représenteraient de prétendues « armes blanches » face à des forces de l’ordre lourdement équipées. Pour elle, la solution passe par une meilleure formation des forces de sécurité aux droits humains. « Il faut qu’elles sachent qu’elles ont devant elles des êtres humains », a-t-elle plaidé, rappelant que la Commission avait déjà entamé ce travail avec l’école de police. « Elles doivent apprendre à assurer l’ordre public, la paix, mais pas en arriver à cette violence inouïe. »

 

Une inquiétude pour les étudiants déplacés

 

Au-delà de la gestion immédiate de la crise, la Pr Sow Sidibé s’interroge sur le sort des étudiants expulsés du campus. « Où est-ce qu’ils vont dormir ? Est-ce qu’ils ne dorment pas sous les ponts ? Que deviennent les filles qui ont quitté le campus et dont les parents habitent dans des contrées lointaines ? », a-t-elle questionné avec une évidente préoccupation. « Il faut ramener ces enfants-là », a-t-elle martelé, estimant qu’il faut s’occuper de la question des bourses, au cœur du mécontentement étudiant. Selon elle toujours, seul un dialogue ouvert et des gestes concrets d’apaisement permettront de sortir de cette crise qui menace l’année universitaire.

Lundi 16 Février 2026
Dakaractu