État civil : des milliers de candidats sans acte de naissance, les failles d’un système exposées


Des dizaines de milliers de candidats aux examens sans acte de naissance, des registres difficiles à retrouver et des soupçons de fraude : le premier Forum national sur l’état civil a mis en lumière les fragilités d’un service essentiel. Selon L’Observateur, la numérisation constitue une réponse majeure, mais son déploiement reste confronté à des contraintes financières et juridiques.
 
Au Sénégal, l’accès à une identité administrative demeure semé d’obstacles pour de nombreux citoyens. Les difficultés exposées lors du premier Forum national sur l’état civil dépassent les seuls problèmes de délivrance de documents. Elles touchent à la scolarité, à l’établissement de la nationalité et, plus largement, à l’exercice des droits attachés à la citoyenneté.
 
D’après L’Observateur, Me Fatou Babou, présidente de l’Organisation nationale pour la promotion de l’état civil, a présenté des chiffres particulièrement préoccupants : 54 462 candidats au CFEE, 7 823 au BFEM et 98 au baccalauréat se sont présentés sans acte d’état civil. Derrière ces données apparaissent des situations familiales qui ne sont parfois découvertes qu’au moment de constituer un dossier d’examen.
 
Les difficultés commencent souvent par la non-déclaration des naissances. Lorsque les délais sont dépassés, les familles doivent recourir à une procédure permettant une inscription tardive. Mais cette régularisation ne garantit pas toujours la disparition des obstacles. Selon les constats rapportés par le journal, certains jugements autorisant l’inscription ne sont pas correctement retranscrits dans les registres. L’enfant peut alors rencontrer, plusieurs années plus tard, de nouvelles difficultés pour obtenir des documents, notamment un certificat de nationalité.
 
Les conditions de conservation des archives constituent un autre point de fragilité. Cheikh Samba Ndiaye, maire de Kaolack et représentant de l’Association des maires du Sénégal, a notamment évoqué des registres anciens, une conservation parfois défaillante et des références perdues. Autant de situations susceptibles de rendre un acte introuvable ou d’en compliquer la vérification.
 
Le forum a également soulevé la question des registres parallèles et des pratiques frauduleuses, notamment dans certaines zones frontalières. Des intermédiaires et certains agents sont mis en cause dans les témoignages rapportés. Ces irrégularités pourraient favoriser la création d’identités fictives ou des usurpations.
 
Face à ces difficultés, l’Agence nationale de l’état civil mise sur la digitalisation. Selon les données citées par L’Observateur, le programme de remédiation concerne désormais 483 centres sur 629, soit une couverture annoncée de 77 %, tandis que 3 473 agents et officiers ont été formés.
 
La plateforme « Sama État civil » est progressivement étendue aux communes. À terme, elle doit permettre aux usagers de demander et de recevoir des copies d’actes à distance. L’agence travaille également sur un dispositif de pré-déclaration des naissances dans les structures sanitaires.
 
Cependant, l’exploitation complète de ces outils suppose une évolution du cadre juridique. Le financement reste également un obstacle : selon Ibrahima Etia, responsable au sein de l’agence cité par le quotidien, l’institution fonctionne cette année sans ressources d’investissement. La modernisation engagée doit donc encore surmonter ces contraintes pour répondre durablement aux difficultés des usagers.
Jeudi 24 Septembre 2026
Dakaractu