Espace parlementaire : Ces députés qui donnent du 'fil à retordre' aux ministres de la République.

Élus au suffrage universel direct, les représentants du peuple ont pour objectif de participer au travail législatif tout en exerçant un contrôle rigoureux sur l'action du gouvernement. Le député peut déposer des propositions de loi. Il peut également, en commission, puis en séance publique, proposer, par amendement, des modifications au texte examiné et prendre la parole.
Depuis Novembre dernier, les parlementaires de la 13e législature se penchent sur le marathon budgétaire 2021. Dans cet exercice, il convient de procéder à l'étude, après le passage en commission, des différents budgets de fonctionnement des ministères. Dans ces lignes qui suivent, nous tenterons de donner une image de ces députés, loin de passer inaperçus dans l'espace parlementaire au cours de cette session.


L'ouverture de la séance plénière cette année, a coïncidé avec la pandémie à covid-19 qui a affecté en grande partie l'économie nationale, entraînant des conséquences sociales et culturelles. Cela n'empêche pas que les parlementaires de cette 13e législature, se conforment aux exigences sanitaires. Toutefois, le député  doit s'évertuer à mener à bien toutes ses missions, en poursuivant la coopération naturelle avec le Pouvoir Exécutif et le Pouvoir Judiciaire pour, solidairement, dans le prolongement de l’élan patriotique, participer au développement inclusif au bénéfice commun. 

 

Cependant, comme chaque année, la plénière démarre avec ses marques. Les députés, d'entités politiques différentes, ont leur propres caractéristiques, leur manière de défendre la cause de leur localité et de faire leur plaidoyer. En effet, cette année, on peut dans la foulée, évoquer cette particularité liée à la pandémie, qui a poussé les parlementaires à mieux charger les ministres de la République qui passent chaque jour pour défendre leur budget. À tour de rôle, les représentants du peuple vont s'adresser aux ministres du gouvernement soit pour des rappels de promesses non-tenues du régime, soit des interpellations pour mieux se concentrer sur les urgences ou encore faire des suggestions sur le budget de tel ou tel ministère. Mais quelle est la manière adoptée par ces parlementaires? Quelles sont les particularités de chacun? Qui sont les plus percutants, pertinents du côté de l'opposition comme de celui de la majorité présidentielle? 

 

 

Mamadou Lamine Diallo, un parlementaire qui ne mâche pas ses mots...

 

Quand il s'agit de questions touchant en grande partie des aspects économiques, il est la plupart du temps à l'hémicycle pour faire part à ses interlocuteurs de son avis. On a pu le remarquer, dans cette session en cours, quand il a voulu attirer l'attention du ministre de la santé et de l'action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr sur un aspect qui l'a plus ou moins surpris. "Mr le ministre, je suis surpris que vous nous présentiez une étude dans laquelle vous êtes devant la Chine dans la lutte contre la covid-19. Je suis très surpris, car n'importe quel bureau d'étude ou de cabinet peut venir mettre à votre disposition des chiffres que vous voulez...c'est surprenant en tout cas cette position que vous êtes venus mettre à notre disposition". 

 

Ainsi donc parlait le député de Tekki qui estime prendre beaucoup de recul par rapport aux chiffres que viennent mettre à la disposition ds sénégalais, ce ministère à qui il s'adresse. En parlementaire expérimenté sur certaines questions comme les mines, l'énergie, l'environnement, l'économie ou encore les finances, Mamadou Lamine Diallo intervient pratiquement sur toutes les questions au passage des ministres pendant la période des plénières, faisant souvent valoir son expérience.  

La remarque est que cette année, même s'il rappelle toujours les urgences aux membres du gouvernement, il n'a pas été  fréquent dans la prise de parole.

 

 

Cheikh Bamba Dièye : la proposition de stratégie

 

Un homme politique également expérimenté, Cheikh Bamba Dièye, sous son vrai nom Cheikh Abiboulaye Dièye, intervient souvent sur les questions qui sont d'actualité pour faire réagir son interlocuteur. La présente session a débuté avec la problématique de la pêche, précisément les licences de pêche, l'immigration clandestine, ou même cette mystérieuse maladie des pêcheurs qui est intervenue et dont on ne connaît toujours pas l'origine. Pour le Ndar-Ndar", "la pêche est un secteur clé dans l'économie sénégalaise. Donc il est évident que des mesures s'imposent dans ce contexte où les ressources halieutiques sont menacées..." 

Dans son intervention du 1er décembre à l'assemblée nationale, Cheikh Bamba Dièye a clairement soutenu que " l'immigration clandestine est un vrai aveu d'échec pour le gouvernement du Sénégal". En termes de propositions dans ce cadre, Cheikh B. Dièye insiste sur l'option qui est de "mieux équiper les pêcheurs et les doter de moyens pour que ce phénomène d'immigration clandestine puisse être éradiqué". Les avis divers du député de FSD/ BJ  attirent souvent l'attention des ministres dans l'hémicycle. Il le doit certainement à son parcours politique, mais également à la pertinence de ses orientations stratégiques souvent menées avec sagesse dans l'action, mais également dans le comportement parlementaire exemplaire.

 

Abou Mbow, le parlementaire qui veille au grain...

 

À seulement 44 ans, il est le 1er vice-président de l'Assemblée nationale du Sénégal, très connu dans ces prises de position où il défend avec becs et ongles  son groupe parlementaire.Toutefois, il arrive au Thiessois de faire des propositions comme ce fut le cas devant le ministre des télécommunications et de l'économie numérique, Yankhoba Diattara, en lui signifiant que "l'investissement au niveau de la Poste doit être une réalité. L'État doit y investir. De même, l'ADIE doit aussi jouer un rôle important dans la connectivité". C'est ainsi que le parlementaire insistera sur l'importance de prendre en compte la question des télécommunications et du numérique. En outre, il est à préciser également que le politique Thiessois ne se laisse pas piétiner par ces parlementaires qui, selon lui, "doivent parfois se rendre à l'évidence". Par ailleurs, Abdou Mbow, au cours de cette session, a beaucoup évoqué les questions infrastructurelles, économiques et sociales avec notamment l'appui des femmes à travers un financement sans parti pris (comme il l'a soutenu en présence du ministre de femme, de la famille, du genre et de la protection des enfants...)

 

Guirassy, la constance...

 

Il fait partie, sinon est le plus fréquent dans les interventions au niveau de l'Assemblée nationale. Cette année, l'ancien ministre de la communication sous le régime de Wade a été le plus à l'aise dans toutes ses interventions et interpellations des ministères de passage devant la représentation nationale. C'est tantôt des alertes, tantôt des rappels que le député Moustapha Mamba Guirassy fait au cours de ses adresses au gouvernement. Son parcours politique et entrepreneurial ne sont certainement pas étrangers à l'oreille attentive qu'on lui prête. 

 

Aïda Mbodj, le langage de vérité...

 

Ayant été ministre sous le régime libéral et connaissant bien l'architecture politique, la députée Aïda Mbodj "est bien dans ses bottes" en s'adressant aux ministres de la République. Elle préfère leur tenir un langage de vérité en leur exprimant le fond de sa pensée. Comme nous l'avons constaté dans cette session parlementaire 2020-2021, l'ancienne ministre de la femme, de la famille et du développemnt social revient souvent sur certaines de ses expériences pour inviter les représentants de gouvernement, à ne pas faire 'pédale douce' dans les entreprises de développemnt du pays. Parfois, sous un ton ironique, elle tente de persuader les ministres, selon leurs départements respectifs, à se rendre à l'évidence que "le Sénégal regorge de potentialités qui peuvent développer le pays". Usant de son expérience également, Aïda Mbodj, n'hésite pas à rappeler à l'ordre certains ministres pour les amener à redoubler d'efforts et œuvrer vers la voie menant à l'émergence tant chantée par leur 'mentor'.

 

Ousmane Sonko, l'absent le plus présent...

 

Même s'il n'a pas encore pris parole au cours de cette session, le député de Pastef 'Les Patriotes' est souvent attendu par les journalistes qui scrutent toute prise de parole du député qui ne fait jamais de cadeau au régime de Macky Sall, particulièrement cette majorité qu'il considère de 'mécanique' car, n'œuvrant que dans l'intérêt de leur chef et non de celui du peuple sénégalais. Du reste, dans une récente sortie, Ousmane Sonko affirmait vouloir adopter une attitude spéciale car, "étant une personne qui ne peut se laisser 'insulter' par certains parlementaires. Ainsi, il a décidé de ne pas  venir en commission ou en plénière, exprimer sa pensée et être abreuvé d'insultes. "En toute modestie, je pense que j'ai un statut à défendre. Donc, je ne pourrais me soumettre à ce que des députés se permettent certains écarts à mon endroit", dixit le leader du Pastef. C'est peut être une réponse à l'absence de sa prise de parole depuis le début de la plénière.

 

La liste est loin d'être exhaustive. On pourrait entre autres remarquer les députés comme Toussaint Manga qui est également très présent dans ses habits d'opposant libéral, Mamadou Diop Decroix entre autres. Mais également celle qui est appelée la "Benjamine" de l'assemblée nationale. En effet, cette dernière est venue en remplacement de Aïssata Tall Sall qui avait été appelée à d'autres fonctions. Elle a marqué son territoire avec des interventions très pertinentes surtout quand il s'agit de prendre en compte les questions de la jeunesse.

Samedi 12 Décembre 2020
Dakaractu




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