Escroquerie : Après avoir encaissé une dizaine de millions pour des terrains illégaux et fictifs, le promoteur immobilier Abass Cissé se fait traduire devant la barre.


Escroquerie : Après avoir encaissé une dizaine de millions pour des terrains illégaux et fictifs, le promoteur immobilier Abass Cissé se fait traduire devant la barre.
Promoteur immobilier, Abass Cissé a été attrait à la barre des flagrants délits du tribunal de grande instance de Dakar ce 22 décembre, pour escroquerie foncière au dépens de 10 personnes.

En effet, les sieurs Pascal Diouf, Pierre Marcel Ndione, Mouhamadou Dansokho, Moustapha Diagne, Oulimata Ndoye, Souleymane Ndiaye, Ndèye Aïta Mbaye, Martine Boissy, Fa Guèye Ndiaye et Fallou Ndiaye qui se sont succédés à la barre de la chambre correctionnelle se sont tous plaints de manquements sur des parcelles que le mis en cause leur auraient cédé à des prix compris entre 300 000 Fcfa et 3 millions Fcfa depuis 2011. Chacun en ce qui le concerne a expliqué les raisons de sa plainte contre le mis en cause. 

Pour Pascal Diouf, une parcelle lui a été vendu par le prévenu en 2016 à 1 250 000 FCfa.
« J’ai cherché après paiement à le joindre mais il ne répondait jamais car j’avais constaté que la parcelle en question était au nom d’une autre personne », a-t-il déclaré avant de réclamer 4 millions FCfa. 

Pierre marcel Ndione a pour sa part soutenu que 2 parcelles lui ont été proposées par le sieur Abass Cissé à Tivaouane Peulh.

« Il m'a demandé 100.000 FCfa pour les actes de cession, ce que je lui avais donné. J’ai constaté par la suite que les poteaux que j’avais mis ont été enlevés et une fondation faite sur les lieux. Je l'ai saisi et il m’a donné une autre parcelle mais jusqu’ici, il m’est difficile de recevoir les documents afférents », dira-t-il.

Interrogé, Souleymane Ndiaye a confié avoir acquis du sieur Cissé un terrain à 600.000 FCfa. « Je lui ai fais une avance de 300.000 F Cfa et il a promis de me délivrer les papiers mais depuis le ramadan, je peine à en disposer des documents. »

Moustapha Diagne qui est venu de Rufisque, a également chargé le prévenu. « Il m’a donné rendez-vous à Diamniadio pour me céder un terrain à 2,2 millions Fcfa pour le compte de mon petit frère. Depuis lors, je n’ai reçu aucun papier alors qu’une autre s’est présentée pour dire que le terrain lui appartenait », a-t-il expliqué.

Marcel Ndione a acheté 2 parcelles une pour lui et une autre pour un de ses proches.

Pour le cas de Dieng, il a acheté un terrain à Diamniadio, d’une valeur de 3 millions Fcfa, mais jusqu'à présent, il n'a reçu aucun acte administratif matérialisant la vente.

Oulimata Ndoye a acquis 2 terrains de l’accusé depuis 2010 pour un coût global de 700.000 Fcfa. Elle court derrière Abass Cissé depuis 11 ans pour disposer des papiers administratifs.
« En plus de la somme que j’ai versée, je lui ai donné 100.000 fcfa pour les frais de mission pour l'obtention des documents. Et le jour où j’ai voulu construire sur la parcelle, des agents de la mairie  sont intervenus me réclamer des papiers que Abass devait me remettre depuis lors », s’est-elle offusquée.

Pour la dame Khady Ndiaye qui a été représentée, 700.000 FCfa ont été versés pour une parcelle mais le terrain n’a jamais été livré. Idem pour Martine Boissy qui soutient avoir déboursé la même somme alors que le terrain appartenait à une autre. Ndèye Aïta Mbaye s’est, elle aussi plainte des mêmes travers après le versement d’une avance de 150.000Fcfa pour une parcelle achetée au prix de 600. 000 FCfa.

Fa Guèye Ndiaye et Souleymane Ndiaye ont respectivement versé 800 000 FCfa et 300 000 FCfa pour des lotissements qu’ils n’auront jamais pour défaut de papiers administratifs.

Mouhamadou Dansokho qui est également du lot des victimes, a expliqué avoir soumis au prévenu 1,7 million Fcfa pour 2 parcelles qui n’ont jamais été mutées à son nom malgré plusieurs démarches qu’il a effectuées pour disposer des documents.

Document de morcellement, plan cadastral, actes de vente, propriétés de bails, frais de bornage sont dans la quasi-totalité des cas, les papiers administratifs que les acquéreurs réclamaient. D’autres ont juste demandé leur remboursement.

Interpellé sur les arguments avancés par les plaignants, l’accusé Abass Cissé s’est défendu en déclarant que le retard dans l’obtention des papiers de propriété s’explique par des contraintes administratives.

« J’ai vendu des terrains à certains qui ont acquis des papiers en bonne et due forme, pour d’autres, leurs documents sont dans le processus administratif. J’ai également vendu à des clients à qui j’ai par la suite proposé  d’autres parcelles si cela les intéressait », a soutenu le mis en cause face au juge.
Contraint de s’expliquer sur les justifications prouvant que les terrains lui appartiennent, Abass Cissé cherchera tant bien que mal à se tirer d’affaire.

« J’ai acquis ces terrains après chaque travail de terrassement. Je gagné un quota, la mairie aussi tout comme le propriétaire de l’espace. Quand je vends, je remets des actes de cession, la copie de ma pièce d’identité », a confié le prévenu.
Interrogé sur ce qu’il comptait faire avec tous ses plaignants, il dira qu’il s’engage à leur payer l’intégralité de leur dû.

« Ceux avec qui j’ai collaboré et qui réclament un remboursement je m’engage à leur restituer leur argent dans un mois », a-t-il promis devant la barre de la juridiction.

Dans son réquisitoire, le maitre des poursuites a relevé l’existence de la fausse qualité dans cette affaire. Il a requis 6 mois dont 3 mois fermes contre le prévenu, Abass Cissé.

Dans sa plaidoirie, la défense a souligné un problème de jouissance qui selon les avocats ne doit pas être un prétexte pour évoquer l’escroquerie.

« C’est un promoteur immobilier qui a besoin d’être encadré. Il a agi dans le cadre informel. Il aurait dû régulariser avant de vendre, mais il a fait preuve de bonne foi », a confié Me Senghor. Pour ses autres collègues, il n’est pas dans la déclaration des prévenus ressorti une once d’escroquerie.

« Abass Cissé n’a jamais fait usage d’un faux nom. L’affaire semble impressionnante du fait des parties qui se sont présentées et des sommes versées mais il est difficile de parler d’escroquerie. Il n’a pas fait de faux ni produit de documents frauduleux, donc dans ce cas d’espèce vous conviendrez que l’infraction n’est pas qualifiée », a martelé un des conseils du prévenu. Pour Me Aboubakry Barro qui plaidait en faveur du mis en cause, le seul problème qui se pose reste le fait qu’il n’a pas respecté ses engagements. La défense a tout bonnement plaidé la relaxe pure et simple du prévenu.

L’affaire est mise en délibéré au 29 décembre prochain…
Jeudi 23 Décembre 2021
Dakaractu




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