Entretien avec S.E.M. Won Sok CHOI, Ambassadeur de Corée du Sud : « Ce qui m’a impressionné au Sénégal… Le rôle du Sénégal dans le rapprochement entre les deux Corées »

Son Excellence, Monsieur l’Ambassadeur de la République de Corée du Sud au Sénégal, Won Sok CHOI, au Sénégal depuis bientôt cinq mois, semble ravi de travailler au Sénégal et ceci pour plusieurs raisons. Le diplomate qui parle plusieurs langues avec aisance, s’est dit cependant impressionné par les différentes infrastructures à Diamniadio, qu’il a visitées. Son excellence qui soutient que beaucoup de choses restent à faire sur le plan économique entre les deux pays, s’est cependant félicité de la coopération excellente entre le Sénégal et la Corée « et qui n’a cessé de se renforcer au fil du temps, depuis l’établissement de nos relations diplomatiques en 1962 » dira t’il. Il a remercié les autorités sénégalaises pour leur soutien à la politique de son Gouvernement « pour le rapprochement entre les deux Corées, et pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne ».


Entretien avec S.E.M. Won Sok CHOI, Ambassadeur de Corée du Sud : « Ce qui m’a impressionné au Sénégal… Le rôle du Sénégal dans le rapprochement entre les deux Corées »
1-Vous êtes au Sénégal depuis 5 mois, mais vous n’avez pu présenter vos lettres de créances que le 2 novembre passé. Comment avez-vous trouvé notre pays ?
 
C’est la première fois que je travaille dans un pays africain. Je suis très heureux de travailler ici au Sénégal, pays stable, démocratique et doté d’un fort potentiel économique, pays de la Téranga. Si le Sénégal est géographiquement loin de la Corée, il en reste néanmoins proche à bien des égards. Les deux pays partagent en effet des valeurs démocratiques, qu’ils ont su mettre rapidement en place au cours de leur histoire.
Par ailleurs, pour les coréens, le poisson qui vient du Sénégal est très réputé, en particulier le poisson-ceinture que l’on retrouve sur de nombreuses tables coréennes.
Enfin, le Sénégal est connu comme le pays du football. Les footballeurs sénégalais ont démontré leur talent en allant jusqu’aux quarts de finale lors de la Coupe du monde de 2002, co-organisée par la Corée et le Japon, et tous les coréens se souviennent encore de leur victoire contre la France.

2-Sur le plan des infrastructures, qu’est-ce qui vous a impressionné, par rapport aux autres pays africains que vous auriez visités ?
 
Il m’est difficile de faire des comparaisons car, comme je l’ai dit, le Sénégal est le premier pays africain que je visite.
J’ai cependant pu constater que beaucoup d’infrastructures avaient récemment vu le jour, telles que l’aéroport Aibd, le centre de conférence Cicad à Diamniadio ou le Palais des sports Dakar Arena, et que d’autres seraient achevées très prochainement, comme le Ter et l’autoroute Ila Touba.
 
J’ai également visité Diamniadio il n’y pas très longtemps, et j’ai été impressionné par les différentes infrastructures que j’y ai vues.
 
Je me souviens d’un débat en Corée, dans les années soixante, sur la construction d’une autoroute. Le projet était au centre de vives discussions entre ceux qui trouvaient que construire une telle infrastructure était cher et inutile et ceux qui pensaient que cela était nécessaire pour le développement économique de la Corée. En réalité, la Corée a du construire beaucoup d’autoroutes pour faciliter et soutenir le développement économique.
Je pense que les infrastructures ne font pas tout, mais elles demeurent essentielles pour le développement économique efficace d’un pays.

3- Dans quel état avez-vous trouvé les relations diplomatiques entre les deux pays ?
 
La coopération entre le Sénégal et la Corée est excellente et n’a cessé de se renforcer au fil du temps, depuis l’établissement de nos relations diplomatiques en 1962.
Des rencontres de haut niveau entre les représentants de nos deux pays ont lieu régulièrement depuis plusieurs années. En 2015, le Président Macky Sall a visité la Corée. En 2017, les présidents de nos deux pays se sont rencontrés à New York, lors de l’assemblée générale des Nations unies. Tous ces échanges de très haut niveau témoignent de la qualité des liens qui unissent nos deux pays.
En outre, le Sénégal a été désigné comme pays prioritaire par la Corée pour la coopération en 2016.

4- Que faire pour améliorer le volume des échanges entre le Sénégal et la Corée du Sud ?
 
Il est vrai qu’il reste beaucoup à faire sur le plan économique. Je souhaite voir une amélioration et une augmentation des volumes des échanges et des investissements au Sénégal.
Il n’existe cependant pas de potion magique, et il va donc falloir travailler au renforcement des ces relations.
 
Avant mon arrivée au Sénégal pour prendre mes fonctions, j’ai rencontré l’Ambassadeur sénégalais en Corée, S.E.M. Mamadou Ndiaye, et nous nous sommes mis d’accord pour essayer de renforcer la coopération économique entre nos deux pays.
Comme premier pas dans cette direction, mon Ambassade, en partenariat avec KOTRA, va organiser une rencontre économique au début du mois de décembre.

5 -Le Sénégal a engagé un nouvel cycle de développement, visant l’émergence projetée à l’horizon 2035 avec la mise en place du PSE. Les gouvernements du Sénégal et de la Corée du Sud ont même signé dernièrement un accord de financement de 48 milliards F Cfa. Cet argent porte également sur le financement d’un projet de construction et d’équipement d’un centre national d’oncologie à Dakar. Comment appréciez-vous ce plan ?
 
Le projet de construction du centre national d’oncologie sera financé par l’Exim Banque de la Corée, qui a déjà financé plusieurs projets d’infrastructures maritimes au Sénégal.
 
Sur le plan de la coopération, je voudrais également souligner la détermination du gouvernement coréen à poursuivre son engagement en faveur du développement du Sénégal, dans le cadre de son ambitieux Plan Sénégal Émergent.
 
Nous avons plusieurs projets de Koica, Agence de coopération internationale de la Corée, actuellement en cours, dans les domaines du développement rural, de l’éducation et de la santé. Parmi ces projets, je peux citer : le projet de développement inclusif et durable de la chaine de valeur du riz à Podor, le projet de construction de l’ISEP à Diamniadio, la construction de forages dans le centre du pays. De nouveaux projets dans les domaines de la petite enfance et la santé maternelle vont également démarrer cette année.
 
Nous avons aussi au Sénégal le bureau de KOPIA, Agence de coopération du Ministère de l’Agriculture de Corée, qui, en partenariat avec ISRA, travaille pour augmenter la productivité de la culture du riz, de l’oignon et de l’arachide.
 
A travers toutes les réalisations déjà accomplies sur le terrain et les projets à venir, la Corée montre sa détermination à accompagner le Sénégal sur la voie de l’émergence, et sa volonté de contribuer à la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent.
 
 
 

6-Lors du concours « parlons Coréen » que votre Ambassade organise avec des écoles de formation sénégalaises, vous avez regretté le fait que les Sénégalais ne connaissent pas trop la Corée. Est-ce que vous avez un programme particulier pour rectifier le tir ?
 
Comme je l’ai déjà évoqué, il reste beaucoup à faire dans le domaine économique, mais je peux dire la même chose concernant le domaine de la culture.
 
Il est vrai que Samsung, LG et Hyundai sont des enseignes connues au Sénégal, mais peu de sénégalais connaissent la gastronomie, la musique ou la culture coréenne.
La Corée est pourtant un pays où la culture, la musique et les arts en général ont une place importante et méritent d’être plus largement connus.
 
Cette année, des artistes coréens ont participé à la Biennale de Dakar 2018, sous le thème « les autres langues ». Je souhaite que ce type de rencontre se multiplie et que plus d’artistes coréens participent aux divers événements culturels organisés au Sénégal.
 
L’Ambassade s’intéresse aussi à la pratique du Taekwondo au Sénégal. 21 000 personnes pratiquent le Taekwondo à travers le pays, dans 300 salles d’entrainement. Tous les termes techniques employés dans la pratique de cet art martial sont des mots coréens. Mon souhait est de reprendre l’organisation de la Coupe de l’Ambassadeur de Taekwondo, afin de promouvoir ce sport originaire de Corée au Sénégal, et développer les échanges sportifs.

7- Est-ce que ce sera le cas dans le domaine de la paix et de la sécurité aussi, d’autant  plus qu’il vient de se tenir à Dakar un forum international dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ?
 
Le terrorisme est un sujet qui ne se confine pas à un seul pays ou une seule région. Le terrorisme concerne tout le monde, et, à cet égard, le Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, qui s’est récemment tenu à Dakar, prend tout son sens.
 
Cela dit, la Corée a aussi son propre défit à relever, à savoir l’installation de la paix et de la sécurité dans la péninsule coréenne. Cette année est une année très importante pour la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne. Trois sommets intercoréens ont eu lieu au mois d’avril, mai et septembre, et les deux leaders se sont mis d’accord sur plusieurs mesures, visant à réduire la tension militaire, renforcer la coopération économique et résoudre le problème des familles séparées. Les deux leaders ont aussi exprimé la volonté de faire de la péninsule coréenne une terre de paix, sans armes nucléaires et sans menace nucléaire.
Je voudrais donc profiter de cette occasion pour exprimer mes sincères remerciements au gouvernement sénégalais pour son soutien à la politique de mon gouvernement pour le rapprochement entre les deux Corées, et pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

8-  Vous célébrez la fête nationale de votre pays mercredi prochain (14 novembre). On dit ici que le Sénégal et la Corée du Sud étaient au même niveau de développement en 1960. Qu’avez-vous fait pour connaitre le progrès que nous aurions dû faire ?
 
Je suis certain que le développement économique du Sénégal sera aussi très rapide, dans le cadre du PSE. En tant que coréen qui a vécu le processus de développement économique de mon pays, je pense que le facteur essentiel est l’éducation. La Corée est un pays sans ressources naturelles, où l’on ne peut compter que sur le capital humain. La passion et l’obsession des parents coréens pour bien éduquer leurs enfants ont été des facteurs déterminants.
Mardi 13 Novembre 2018
Dakaractu




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