1. Le récépissé officiel obtenu le 21 août 2026 change quoi concrètement, après deux ans de fonctionnement en coalition ?
L’obtention de ce récépissé constitue une étape politique et juridique majeure. Pendant près de deux ans, AKS a fonctionné sous la forme d’une coalition. Nous disposons désormais d’une personnalité juridique, d’une organisation permanente et de la capacité d’agir officiellement comme parti politique sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora.
Cette reconnaissance nous permet de franchir une nouvelle étape : structurer nos instances, accueillir directement de nouveaux adhérents, élaborer notre programme et préparer les prochaines échéances électorales sous notre propre identité. Elle ne change pas nos valeurs, mais elle renforce considérablement nos moyens d’action.
2. Quel calendrier et quels moyens pour la phase de massification et d’implantation nationale ?
Pour nous c'est très clair, nous allons procéder de manière méthodique. La première phase consiste donc à installer les structures communales et départementales, à mettre en place nos coordinations régionales et à structurer notre présence dans la diaspora.
La deuxième phase sera consacrée aux adhésions, à la formation des responsables et à l’organisation de rencontres de proximité. Nous utiliserons à la fois les méthodes traditionnelles de mobilisation et les outils numériques et le site du parti est en cours de mise en œuvre par un prestataire après lui avoir remis un cahier des charges très précis.
Nos moyens ne seront peut-être pas comparables à ceux des grandes formations politiques, mais nous disposons d’un capital essentiel : des militants engagés, une expérience de l’État et des collectivités territoriales, ainsi qu’un projet politique crédible. Notre implantation se fera progressivement, avec sérieux, transparence et discipline car nous ne chercherons pas à battre des records d'adhésion journalier comme les autres.
3. Comment définissez-vous aujourd’hui la ligne d’AKS : opposition constructive ou passerelle vers une recomposition ?
AKS est un parti autonome, appartenant clairement à l’opposition démocratique. Mais nous ne sommes ni dans l’opposition systématique ni dans la politique du refus permanent.
Nous soutiendrons toute initiative conforme à l’intérêt national et nous nous opposerons fermement à toute décision que nous jugerons contraire aux intérêts du Sénégal et des Sénégalais.
Nous restons également ouverts au dialogue avec toutes les forces politiques et sociales qui partagent nos valeurs. S’il doit y avoir une recomposition politique, elle devra se construire autour d’un projet, d’une vision et de principes clairement définis, et non autour d’intérêts individuels.
4. Comment comptez-vous élargir votre base électorale, après les 0,59 % obtenus en 2024 ?
A oui! Nous regardons ce résultat avec lucidité, mais sans complexe. En 2024, AKS était une jeune coalition, disposant de moyens limités et d’une implantation encore insuffisante. Cette participation nous a néanmoins permis de mesurer nos forces, nos faiblesses et notre potentiel.
Notre objectif est maintenant de transformer notre sympathie politique en une organisation électorale structurée. Cela suppose une présence permanente sur le terrain, un discours sans aucune démagogie et répondant aux préoccupations quotidiennes des citoyens, une place importante accordée aux jeunes et aux femmes, ainsi qu’un dispositif électoral capable de couvrir le territoire national.
Nous ne cherchons pas seulement à augmenter un pourcentage. Nous voulons gagner progressivement la confiance des Sénégalais par la constance, la proximité et la crédibilité de nos propositions.
5. Où en est la cohésion interne de la coalition, notamment face aux tensions et aux ralliements ?
Comme toute organisation politique en construction, AKS a connu des évolutions, des départs et de nouvelles adhésions. Cela fait partie de la vie normale d’un mouvement on ne peut pas y échapper.
L’essentiel est que le socle du parti reste solide et que notre projet dépasse les trajectoires individuelles. Nous travaillons à renforcer la discipline, la démocratie interne et la clarification des responsabilités.
Je l'ai dit dans mes déclarations en français, wolof et pulaar sur ma page Facebook, AKS reste ouvert à tous ceux qui adhèrent sincèrement à ses valeurs. Mais notre parti ne sera ni une gare de passage ni un instrument au service d’ambitions personnelles. La loyauté envers le projet collectif est indispensable.
6. Comment conciliez-vous votre agenda parlementaire national et la gestion quotidienne de Mbao ? Quels sont les dossiers locaux prioritaires ?
Ces deux responsabilités sont complémentaires. Mon mandat de député me permet de porter les préoccupations des populations au niveau national, tandis que ma fonction de maire me maintient quotidiennement au contact des réalités vécues par les citoyens et vous pouvez vous en rendre compte à travers mes interventions à l'assemblée nationale et à travers mes actions à mbao.
À Mbao, nos priorités concernent notamment la lutte contre les inondations, l’assainissement, la protection du littoral et des zones naturelles, l’amélioration du cadre de vie, l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes et l’accompagnement des femmes.
Nous accordons également une attention particulière aux infrastructures, à la mobilité, à la sécurité des populations et à la préparation des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Je m’appuie sur une équipe municipale et une administration qui assurent la continuité du service public.
7. Quels sont les résultats concrets obtenus depuis la mobilisation des bases locales lancée en avril 2026 ?
La rencontre d’avril 2026 a permis de relancer la dynamique militante, de remobiliser nos responsables locaux et de réorganiser progressivement nos structures de proximité.
Depuis lors, nous avons renforcé notre présence dans les quartiers, amélioré la coordination entre les responsables et développé notre communication numérique. Nous avons également mobilisé nos militants autour des préoccupations concrètes de Mbao, notamment les inondations, le reboisement, l’environnement et les initiatives citoyennes.
Le premier résultat est donc organisationnel et qualitatif. La prochaine étape sera de consolider cette mobilisation par des adhésions formalisées, des structures territoriales fonctionnelles et une présence régulière auprès des populations.
8. Comment le flou sur le calendrier des élections territoriales affecte-t-il votre stratégie à Mbao ?
Le recours visant à contraindre les autorités à fixer la date des élections territoriales a été rejeté par la Cour suprême le 27 août 2026. Le flou politique demeure cependant tant qu’un calendrier officiel, précis et suffisamment anticipé n’est pas publié.
Cette situation ne change pas notre manière de travailler, nous nous préparons pour éviter la surprise des dernières élections législatives. Il s'ajoute qu'un maire ne doit pas attendre une élection pour servir sa commune. Nous poursuivons donc l’exécution de nos projets et notre présence quotidienne auprès des populations.
Sur le plan politique, nous nous préparons à toutes les hypothèses. Nous demandons surtout que les règles et le calendrier soient clarifiés rapidement, car la prévisibilité électorale est une exigence démocratique.
9. Quelle est votre appréciation générale de la Déclaration de politique générale ?
La Déclaration de politique générale comporte des orientations pertinentes, notamment sur le redressement des finances publiques, l’emploi, la souveraineté économique et alimentaire, ainsi que l’équité territoriale. Ces priorités correspondent aux préoccupations du pays.
Cependant, une DPG ne doit pas être uniquement un catalogue d’intentions. Elle doit préciser les moyens financiers, les responsabilités, les délais et les indicateurs permettant d’évaluer les résultats.
Je prends acte des engagements annoncés, mais je resterai vigilant sur leur traduction concrète. Le peuple sénégalais attend désormais des résultats mesurables, et non de nouvelles promesses.
10. Sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation, la santé et la rigueur budgétaire, quels engagements sont précis et lesquels restent flous ?
Sur la rigueur budgétaire, le Gouvernement a clairement identifié la nécessité de redresser les comptes publics, d’apurer les arriérés et de traiter la question de la dette. Le diagnostic paraît relativement précis.
En revanche, sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation et la santé, plusieurs orientations restent générales. Nous avons besoin de connaître le nombre d’emplois visés, les secteurs concernés, le calendrier de recrutement ou de création d’activités, les ressources affectées à l’école et à la santé, ainsi que les mesures concrètes de protection du pouvoir d’achat.
La volonté de mieux cibler les subventions peut être entendue, mais elle ne doit pas se traduire par une hausse brutale des prix supportée par les ménages modestes et les classes moyennes.
11. Comment analysez-vous le climat entre l’exécutif et sa propre majorité, alors qu’une motion de censure avait été évoquée par des cadres de Pastef ?
Cette situation révèle une crise politique profonde au sommet de l’État. Une majorité parlementaire est normalement chargée de soutenir l’action du Gouvernement. Lorsqu’elle envisage de censurer un gouvernement nommé par le Président issu de son propre camp, cela montre que le contrat politique initial est sérieusement fragilisé.
Les institutions ne doivent pas devenir le terrain d’un règlement de comptes entre anciens alliés. Cette instabilité risque de retarder les réformes, d’affaiblir la confiance des citoyens et d’envoyer un signal négatif aux partenaires économiques.
Le Président de la République doit exercer pleinement son autorité constitutionnelle et clarifier la ligne politique du pays.
12. Le Premier ministre parle d’un changement de méthode plutôt que d’un changement de cap depuis le limogeage d’Ousmane Sonko. Partagez-vous cette lecture ?
Le référentiel Sénégal 2050 demeure officiellement le cap du Gouvernement. On peut donc comprendre l’affirmation selon laquelle il s’agit d’abord d’un changement de méthode.
Mais une méthode n’est crédible que si elle produit des résultats différents. Si les priorités, les arbitrages budgétaires, l’organisation gouvernementale et les rapports avec la majorité évoluent, nous serons nécessairement confrontés à une inflexion politique, même si elle n’est pas présentée comme un changement de cap.
Il faut donc juger sur les actes : la capacité à rétablir la confiance, à améliorer les conditions de vie et à assurer la stabilité des institutions.
13. Un gouvernement sans représentation formelle de Pastef depuis juin est-il tenable dans la durée ?
Juridiquement, le Gouvernement peut exercer ses fonctions tant qu’il bénéficie de la confiance du Président de la République et qu’il n’est pas renversé par l’Assemblée nationale.
Politiquement, la situation est beaucoup plus délicate. Pastef demeure une force parlementaire déterminante. Un décalage durable entre l’exécutif et la majorité expose le pays à des blocages, à des tensions répétées et à une instabilité institutionnelle même Sonko nie toute instabilité institutionnelle.
La responsabilité incombe au Président de la République. Il doit clarifier sa majorité, son orientation et les conditions dans lesquelles le Gouvernement pourra mettre en œuvre sa politique.
14. Quelle lecture faites-vous des décisions du Conseil constitutionnel sur la loi no 18 de 2026 et les crédits spéciaux ?
Ces décisions rappellent un principe essentiel : aucune majorité, aussi importante soit-elle, n’est au-dessus de la Constitution.
L’invalidation de la loi no 18 de 2026 repose notamment sur le non-respect de règles constitutionnelles relatives à la création de charges publiques et à la procédure du vote bloqué. Concernant les crédits spéciaux, le Conseil a déclaré la proposition irrecevable en considérant que le législateur empiétait sur un domaine relevant d’une autre catégorie de normes.
Sur le fond, la transparence dans la gestion des ressources publiques reste indispensable. Mais cette transparence doit être recherchée dans le strict respect de la Constitution, de la séparation des pouvoirs et des procédures législatives.
15. Comment appréciez-vous la gestion du bras de fer entre le Front syndical et l’État sur les réformes sociales ?
Je regrette que nous soyons arrivés à une menace de grève générale de 72 heures. Les réformes du Code du travail et de la sécurité sociale touchent directement aux droits des travailleurs et à l’équilibre entre l’État, les employeurs et les syndicats.
Elles ne peuvent pas être conduites sans une concertation approfondie et sincère avec les partenaires sociaux. Le dialogue ne doit pas être une formalité organisée après les décisions.
J’appelle le Gouvernement à suspendre toute logique de confrontation, à rouvrir les discussions et à rechercher un compromis garantissant les droits des travailleurs, la compétitivité des entreprises et la stabilité sociale.
16. Quel sera l’impact du maintien des taux de la BCEAO sur le pouvoir d’achat dans un contexte de tensions au Moyen-Orient ?
La BCEAO a maintenu son principal taux directeur à 3 % et son taux de prêt marginal à 5 %. Cette stabilité monétaire peut contribuer à éviter un renchérissement supplémentaire du crédit.
Mais elle ne suffira pas à protéger le pouvoir d’achat. Les tensions au Moyen-Orient exercent une pression sur les prix des produits pétroliers, du transport et de certains produits alimentaires. La BCEAO souligne elle-même l’existence de risques de hausse des prix dans les prochains mois si on se réfère au communiqué de la BCEAO du 9 septembre 2026.
Le Gouvernement doit donc agir sur les circuits de distribution, la concurrence, les coûts de transport, la production locale et le ciblage des aides. La politique monétaire ne peut pas remplacer une véritable politique de protection du pouvoir d’achat.
17. Quel est l’état de la confiance des partenaires financiers envers le Sénégal ?
La confiance est fragilisée, mais elle peut être restaurée. L’accord technique annoncé avec le FMI constitue un signal encourageant, mais à mon avis il ne règle pas toutes les difficultés.
Le niveau de la dette, les arriérés de paiement, les interrogations sur son traitement et les dégradations de la notation souveraine montrent que les partenaires et les marchés restent prudents. Le Gouvernement doit publier une information fiable, cohérente et transparente, puis présenter une stratégie crédible de redressement.
Il faut toutefois éviter que l’ajustement repose exclusivement sur les ménages, les travailleurs et les entreprises nationales. Le redressement budgétaire doit protéger l’investissement, l’emploi et les services sociaux essentiels.
18. Quel rôle AKS entend-il jouer aux prochaines élections locales : force d’appoint, pôle autonome ou partenaire de dialogue ?
AKS se prépare d’abord comme je l'ai dit plus haut comme un pôle politique autonome. Nous voulons présenter notre vision, défendre notre identité et proposer des candidats capables de répondre aux attentes des populations.
Cette autonomie n’exclut pas le dialogue. Des alliances peuvent être envisagées lorsqu’elles reposent sur un programme local clair, des valeurs communes et des engagements précis.
AKS ne sera pas une simple force d’appoint. Nous voulons être une force de proposition, de rassemblement et, partout où les populations nous feront confiance, une force de gestion et de transformation.
19. Quelles sont vos priorités pour les prochains mois à l’Assemblée nationale et à la mairie de Mbao ?
À l’Assemblée nationale, mes priorités seront la défense du pouvoir d’achat, le contrôle de l’action gouvernementale, la transparence des finances publiques, l’emploi des jeunes, la protection des travailleurs et le renforcement de la décentralisation.
Je serai également attentif aux réformes institutionnelles et aux textes touchant aux libertés publiques. Je défendrai l’intérêt national sans céder à la confrontation politicienne.
À Mbao, nous allons poursuivre nos actions contre les inondations, améliorer l’assainissement et le cadre de vie, soutenir l’éducation, la santé, les jeunes et les femmes, protéger notre environnement et renforcer la proximité avec les populations.
Mon principe reste simple : exercer chaque responsabilité avec sérieux, rendre compte aux citoyens et produire des résultats concrets.