Entretien-Saint-Louis / Coumba Gawlo Seck s’attaque aux racines du mal : "Les politiques destinées aux femmes doivent être beaucoup plus franches. Et l'amélioration des conditions des femmes doit être beaucoup plus présente!"

Dans cet entretien exclusif accordé à Dakaractu Saint-Louis en marge d'un concert dans la capitale Nord, la diva à la voix d'or n'a pas manqué de déplorer la violence faite aux femmes qui sévit toujours dans les foyers. Selon Coumba Gawlo Seck, les politiques destinées aux femmes sénégalaises doivent être beaucoup plus présentes. Dans cet entretien également, elle a parlé de son nouvel album Terroir...


Madame Coumba Gawlo Seck, aujourd'hui à l'instar de la communauté internationale, le Sénégal célèbre la femme, quel regard portez-vous sur la femme africaine, sénégalaise particulièrement?

Écoutez, je trouve que la femme africaine, notamment celle sénégalaise est très très dynamique, courageuse extrêmement courageuse et à la fois très digne.

Courageuse parce que quand on la compare à celle européenne, les chances ne sont pas les mêmes, les façons de vivre et les moyens aussi, et malgré tout elle reste courageuse et déterminée. Et mon expérience sur le terrain en tant qu'artiste engagée et en tant qu'ambassadrice de bonne volonté d'institutions onusiennes qui me permettent de visiter le terrain, me prouve combien ces femmes sont courageuses. 

Quand  j'en vois quelques-unes porter une bassine d'eau sur la tête et son enfant sur le dos et puis marcher des kilomètres et des kilomètres avec autant de courage et de dignité, moi je trouve que ces femmes sont dynamiques. D'un autre côté, à un niveau différent, quand je vais dans certaines institutions de prise de décisions, je vois de brillantes intellectuelles. Et cela me rassure et m'encourage à dire que les femmes  vont de l'avant. Même s'il faut encore qu'elles soient en avant de la scène pour que la parité soit davantage plus respectée.

Chaque année on célèbre la femme et le lendemain elle retourne dans son calvaire quotidien, n'est-il pas temps de revoir les politiques destinées aux femmes?

Je disais tout à l'heure à un proche que je n'ai lu aucun message qui concerne le 08 Mars.

Pourquoi?

(Rire) Sur mon téléphone j'ai reçu tellement de messages, mais je n'en ai lu aucun pour la bonne et simple raison que cela rejoint tout à fait votre question. Les femmes n'ont pas besoin d'une seule journée pour s'exprimer, pour s'affirmer, pour être au-devant de la scène ou pour montrer leur féminité.

Je pense que chaque jour, la femme elle est femme. Parce que chaque jour, la femme est mère, chaque jour une femme meurt en donnant la vie, chaque jour des femmes montrent qu'elles sont de brillantes intellectuelles. Et chaque jour, nous montre combien les femmes méritent d'être promues et mises au-devant de la scène. Et pour toutes ces raisons là, je n'ai pas envie que l'on donne une seule journée à la femme. 

Bien au contraire, je pense que toute l'année, la femme est héroïne. Maintenant, il faut dire peut être que cette journée du 08 Mars est juste symbolique. Mais je pense que tous les jours, les femmes ont du mérite et le combat des femmes doit continuer tous les jours.

Quelle analyse portez-vous sur les politiques destinées à la femme sénégalaise?

Je pense qu'elles peuvent être meilleures et elles doivent être beaucoup plus franches et beaucoup plus visibles, voire fortes. Pour la bonne et simple raison qu'il y a beaucoup de problèmes que subissent les femmes. Je peux en citer quelques-uns par exemple les cas de viol.

Tous les jours les petites filles subissent des attouchements sexuels ou des cas de viol, soit dans leurs familles ou venant de personnes proches, ou tout simplement dans les écoles, sans que cela ne soit puni et sans que cela ne fasse l'objet de règlement à l'amiable. Parce que tout simplement cela concerne la famille. Je pense que ce sont des choses qui doivent être punies, sanctionnées. Tous les jours les droits des femmes sont violés dans leur maison, dans leur mariage. Tous les jours, on assiste à des femmes agressées par leurs maris, des femmes battues par leurs maris qui sont répudiées après plusieurs années de mariage et qui, du jour au lendemain partent comme ça sans rien amener avec elles. Sans des souvenirs laissant des douleurs et des souffrances de plusieurs années, sans être récompensées, ni consacrées. Et là je pense que les lois qui concernent l'amélioration des conditions des femmes ou en tout cas les sanctions sur les cas de violence à l'endroit des femmes doivent être beaucoup plus prononcées et doivent être beaucoup plus présentes.

Terminons avec la culture,  pouvez-vous nous parler un peu de votre dernier album disponible sur le marché?

L'album Terroir comme son l'indique, est un album à travers lequel, je fais la promotion du folklore national sénégalais. Puisque cet album m'a été  inspiré par les populations du Sénégal des profondeurs où j'ai été pendant deux longues années lors de mes missions à travers les institutions onusiennes, mais aussi mes tournées où j'ai pu à chaque fois me rendre compte à quel point les populations du Sénégal des profondeurs avaient cette culture riche, cette culture profonde, et cette générosité en elles, j'ai donc voulu rendre hommage à cela, à travers cet album Terroir…

Samedi 9 Mars 2019
Dakaractu




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