Entretien / Parrainage, conflit casamançais et la magistrature : Toussaint Manga sans langue de bois...

Le libéral Toussaint Manga n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour répondre à toutes les questions d’actualité dans cet entretien. Selon lui, l’opposition doit faire un bloc pour l’application de la décision rendue par la cour de justice de la Cedeao concernant le parrainage. Entre autres questions abordées, il a également abordé le conflit casamançais et la magistrature…


Avez-vous, à travers une conférence de presse, récusé formellement le parrainage ?
 
La grande coalition Wallu Sénégal a récusé le parrainage à juste titre. Si vous vous souvenez bien, l'opposition avait rejeté de manière catégorique le principe en son temps. Le pouvoir avait forcé, l'idée pour lui de valider le parrainage et d'éliminer le maximum de candidats aux élections. Aujourd'hui plus qu'hier, nous ne l’accepterons pas.
 
Est ce qu'on peut comprendre par ce refus que vous n'irez pas aux élections avec le parrainage ?
 
Ce n'est pas ce que dit l'opposition. Ce refus veut dire que nous allons nous battre afin que l’État puisse appliquer la décision de la Cedeao qui demande la suppression de la loi qui porte atteinte aux libertés démocratiques. C'est un combat qui nécessite que l'opposition fasse un bloc et c'est dans cette dynamique que s'inscrit la coalition Wallu.
 
Donc l’opposition se limite seulement à dénoncer pour ensuite participer malgré tout aux élections ?
 
L'opposition fera une déclaration de rejet. Maintenant c'est un processus à plusieurs niveaux. Le premier pas étant le rejet. Les autres actions qui s'en suivront seront annoncées le moment venu pour des résultats positifs.
 
Autre point, les révisions répétitives du fichier électoral. Cette fois le délai pour régler les contentieux est jugé court... 
 
Le délai est court et est fait sciemment par le régime pour ne pas permettre aux primo-votants de s'inscrire massivement. Le parti au pouvoir sait pertinemment que les jeunes sont des citoyens avertis qui ne voteront jamais pour lui parce qu’aspirant au changement de leurs conditions de vie et voteront certainement pour l'opposition
 
Les maires de l'opposition ont agité l'idée d'une association des élus de l'opposition.
 
Lorsque l'opposition essaie de se démarquer, c'est simplement parce qu'elle ne trouve pas la démarche adoptée par l'autre camp juste. Ils étaient dans l'association des maires et les préoccupations de l'opposition ne sont sans doute pas prises en compte.
 
Mais est-ce quand-même raisonnable ?
 
Tant qu'on ne change pas les relations entre les maires issus de l'opposition et l'exécutif, il y aura toujours un manque. Il y a eu dans le passé des maires qui ont eu des difficultés à travailler du fait de leurs relations avec l'exécutif. C’est donc, il faut oser le dire, inutile d'intégrer une association ou nos préoccupations ne sont pas considérées. Il y a des choses à corriger.
 
Est-ce que la mairie peut se battre contre l’État ?
 
C'est le contraire qui est souvent noté. C'est plutôt l’État qui se bat contre certaines mairies. Surtout avec les maires qui sont dans l'opposition.
 
Vous êtes de la Casamance. Le conflit dans cette zone du pays refait surface comment vous vivez cela ?
 
 J'ai un souhait comme tous les casamançais, comme tous les Sénégalais et tous les citoyens de ce pays. C'est le retour de la paix définitive en Casamance et la paix s'obtient par le dialogue.
 
Comment exactement ?
 
Je ne suis pas acteur du dialogue mais tout le monde sait que seule la négociation peut aboutir à la paix. Toutes les guerres ont pris fin autour d'une table. C'est d'ailleurs ce que je demande. Que tous les acteurs se retrouvent autour d'une table afin de trouver une paix durable.
 
Est-ce que vous voulez dire par là que le régime actuel n'est pas dans le dialogue... ?
 
Écoutez, tout le monde a constaté la reprise de la violence au niveau de la Casamance. Je ne suis pas pour juger le régime ou pas. Ce que nous souhaitons c'est que la paix revienne et les acteurs qui sont impliqués doivent faire le nécessaire. Il faut ensuite qu'on puisse discuter des questions essentielles de notre pays
 
Qui doit initier le dialogue ?
 
Il y a deux camps. Le gouvernement est responsable de la sécurité et de la défense du pays, et de l'autre côté le mouvement des forces indépendantistes de la Casamance. Tout ce que les citoyens Sénégalais demandent c'est que les deux camps trouvent un accord pour une paix durable.
 
Ousmane Sonko disait détenir la solution une fois élu président… 
 
Je ne suis pas Sonko. C'est à lui de répondre à la question.
 
Vous devez avoir un point de vue sur l'assaut de l'armée pour l'élimination des factions du Mfdc en tant que fils de la Casamance ?
 
Écoutez, je ne suis pas militaire, je ne suis pas de l'armée. Je suis un citoyen sénégalais qui ne connaît rien de ce qui se passe là-bas. J'estime encore qu'il revient à tous de trouver des solutions. Les grands perdants de cette crise en Casamance sont les citoyens. Ce n'est ni l'armée ni le Mfdc. Ce sont les casamançais qui sont dans ces zones de conflit.
 
Vous pouvez sans doute en tant que fils de la Casamance lancer un appel à Salif Sadio et Cie ... 
 
Je suis qui pour faire cet appel ? Nous sommes tous des fils du pays, de la Casamance et je crois que tout le monde doit aspirer à la paix.


Vous avez participé à ce débat par presse interposée entre l'UMS, Ousmane Sonko et la coalition BBY en affirmant que les magistrats ne doivent pas se substituer à la cellule de communication de BBY…

 L'Ums n'avait pas à répondre à des acteurs politiques. Dans le passé, la justice a été critiquée et sur des faits réels pourtant il n'a pas fait de sortie. Il y à eu beaucoup de problèmes, de dérives, il y a eu même des magistrats victimes d'injustice et l'Ums ne s'est pas prononcée. Il ne faudrait pas déroger à cette règle. Sinon elle doit revenir sur les dossiers qui ont émaillé la justice. Il y a le dossier Karim Wade, le dossier Khalifa Sall et plein d'autres exemples qui poussent les citoyens à ne plus avoir confiance en la justice et l'Ums aurait pu avoir une position tranchée sur les violations flagrantes de la justice. Ils peuvent continuer à garder le silence ou rétablir la vérité sur ces dossiers surtout politiques. Il faut signaler qu'il y a encore des magistrats vertueux même si les populations n'ont plus confiance en la justice. Il y a même des injustices dans la justice, l'affaire Ngor Diop est patente et on n’a pas entendu la justice.
Vendredi 18 Mars 2022
Dakaractu



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