Enquête exclusive - Sénégal La vérité sur le secteur aéronautique


DAKARACTU.COM Suite à d'intenses investigations, Dakaractu vous livre une enquête menée depuis quelques temps, sur le secteur somme toute névralgique de l'aéronautique au Sénégal. Qui vit des moments de turbulence accentuée par la guerre à fleurets mouchetés que se livrent les différentes entités qui le composent, dans le but de contrôler les substantielles redevances aéronautiques.
D'abord, la tutelle est pilotée par le ministère des infrastructures et des transports, qui a à sa tête Thierno Alassane Sall. Ce dernier ingénieur en aéronautique et télécoms de son état, a fait toute sa carrière dans le secteur en gravissant tous les échelons. Représentant de l' Asecna pour le Sénégal jusqu'à 2008, son départ coïncida avec la décision de l'Etat du Sénégal de retirer la gestion commerciale et technique de l'Aéroport Léopold Sédar Senghor et des aérodromes régionaux, qui était dévolue à l'Asecna à travers les AAANS( Administration des Activités Aéronautiques du Sénégal) dirigé en son temps par M'baye N'diaye avec comme titre, celui de Délégué.
Les autorités sénégalaises avaient même menacé de quitter l' Asecna en cas de non respect de sa décision, entraînant une crise qui avait poussé le Ministre Farba Senghor, en charge des transports aériens, à exiger le départ du représentant de l' Asecna Thierno Sall. Il nous revient qu'à ses yeux, il ne défendait pas la décision prise par le gouvernement de l'époque. Faudrait-il le rappeler, il a même été convoqué en son temps à la DIC. Après ce épisode, l'actuel ministre des Transports sous nos cieux est retourné à la direction Générale de l Asecna comme chargé de mission. La suite est connue : Thierno Sall sera "récompensé" par Macky Sall, qui le nomme Directeur Général de l'Artp, puis ministre des infrastructures et des transports.
Décrit comme "une forte tête", Dakaractu a appris de bonnes sources que Thierno Sall "a toujours eu des relations difficiles et heurtées avec la plupart des cadres du secteur aéronautique sans que ses compétences ne soient mises en cause". L'on se rappelle sa fameuse visite des structures dépendant de sa tutelle, au niveau des Ads au cours de laquelle, il avait déclaré que "la pléthore d'agents n'est pas pour arranger les choses". Une déclaration qui serait restée autravers la gorge des travailleurs et syndicalistes des Ads. Ce qui revient à faire penser à nombre d'acteurs du secteur "qu'il n'est pas judicieux de mettre un homme du sérail à la tête du ministère car cela entraîne souvent des conflits de personnes, mais aussi et surtout d intérêts".

A l'origine de l'Agence des Aéroports du Sénégal (ADS)

Cela dit, il ressort de nos investigations que l'Agence des Aéroports du Sénégal (ADS) a été créée par décret le
09 MAI 2008. L'agence est chargée de la gestion technique et commerciale des Aéroports du Sénégal, de promouvoir et de mettre en oeuvre la politique gouvernementale en matière de développement et d'exploitation des aérodromes civils nationaux et internationaux. Elle est présentement dirigée par Pape Maël Diop qui a remplacé à ce poste M'baye N'diaye.
De l'actuel patron des ADS, certains lui reprocheraient d'être "bleu" dans le secteur (eh oui!), pour ainsi dire qu'il n'a jamais évolué dans le secteur. Sa nomination a été accueillie avec perplexité par les acteurs sans préjugé défavorable. Décrit par nombre de professionnels du secteur, comme un "rigoureux, à cheval sur les textes", sa gestion sera jugée par sa capacité à manager et combattre le népotisme, la gabegie et la corruption qui ont toujours régné au niveau de cette agence.
Avec un budget de plus 25 Milliards collectés sur la base des redevances aéronautiques et facturées aux compagnies aériennes, ces redevances sont collectées par les Ads qui en font bénéficier aux structures de la plateforme comme l'Asecna, l' Anacim(Agence Nationale de l' Aviation Civile et de la Météorologie) la Haalss( Haute autorité de l Aéroport Léopold Sédar Senghor), sur la base d'une clé de répartition décidée par la tutelle, selon les missions de chaque structure.
Dakaractu est en mesure de révéler que c'est cette manne qui suscite, toutes les convoitises et guerres de tranchées entre les différents acteurs, justifiant les remous et autres grincements de dents notés depuis quelques temps.
Il nous revient que les ADS, gestionnaire des aéroports et aérodromes sont perçus à tort comme les enfants gâtés du secteur, ce qui est loin d être avéré, si l'on se réfère aux missions qui lui sont dévolues et ses besoins en investissement.
Le débat suscité ces temps ci et cristallisé par les syndicats pour la préservation des redevances de sûreté et le recouvrement des 5 milliards que lui doit Senegal Airlines, est plutôt sous-tendu par cette guerre à fleurets mouchetés dont nous parlions tantôt.

Quid de la Haute Autorité de l'Aéroport?

Créée par décret 2001-743 du 1 octobre 2001, la Haute Autorité de l'Aéroport Léopold Sédar Senghor(HAALSS) a pour mission d'assurer la sûreté des personnes, des biens et des aéronefs dans l'ensemble de la zone aéroportuaire. A travers sa création quelques jours seulement après les attentats du 11 Septembre 2001 aux Etats Unis, le Sénégal se conforme à la norme 3.2.2 de l'annexe 17 à la convention relative à l'aviation civile qui exige que de chaque état membre de l'Oaci, la mise en oeuvre des contrôles de sûreté dans chaque aéroport. La Haalss est administrativement rattachée à la primature et placée sous la tutelle technique du ministre chargé des transports aériens. Sur la base de la clé de répartition de la redevance sûreté, une partie lui est versée pour son fonctionnement et la mise en oeuvre de ses missions. Le Gestionnaire en l'occurrence les Ads ont en charge l acquisition et la maintenance des équipements de sûreté. Dans sa volonté d' autonomie la Haalss demande à s'approprier 60% des redevances sûreté, ce qui est actuellement un point d'achoppement entre ces deux entités, chacune défendant ses intérêts avec comme arbitre le ministère qui ne joue pas pleinement son rôle. Nous retrouvons à la tête de la présidence du conseil de surveillance de la Haalss, un pur produit des ADS, en l'occurrence Mame M'baye Niang contrôleur aérien dépeint comme un " homme du sérail, rompu à la tâche", formé au Maroc, avec à la clef des stages de perfectionnement un peu partout en Hexagone.
Dakaractu vous promet d'autres dossiers dans divers secteurs tout aussi stratégiques!
Mardi 21 Mai 2013
Daddy Diop