Enlèvements au Mali: l'expert onusien appelle les autorités à enquêter en respectant le droit


Au Mali, plusieurs personnalités comme l’avocat Mountaga Tall ont été enlevées depuis le 25 avril, dans la foulée des attaques coordonnées des jihadistes du Jnim et des rebelles du FLA. Des enlèvements par des hommes armés et cagoulés, en dehors de toute procédure légale. L'expert indépendant sur les droits humains au Mali mandaté par l’ONU appelle les autorités de transition à cesser ces pratiques : « Si une personne soupçonnée est arrêtée et détenue, elle doit être respectée dans ses droits. » 

Au Mali, cela fait plus d'une semaine qu'on est sans nouvelles de Maitre Mountaga Tall , enlevé à son domicile de Bamako dans la nuit du 2 au 3 mai par des hommes armés et cagoulés. Un mode opératoire classique de la sécurité d'État. Comme lui, une dizaine d'autres personnalités politiques et militaires ont été enlevées ces derniers jours dans les mêmes conditions, en-dehors de toute procédure judiciaire légale. Le 1er mai, le procureur militaire de Bamako avait annoncé l'ouverture d'une enquête concernant des personnes soupçonnées de complicité dans les attaques du 25 avril, menées par les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA.

Mais depuis cette annonce, aucune précision n'a été apportée et on ignore où sont les personnes enlevées et ce qui leur est éventuellement reproché. Ce qui suscite l'indignation de l'expert indépendant mandaté par les Nations unies sur les droits humains au Mali, Eduardo Gonzalez : « Personne ne doute du fait que les événements du 25 avril nécessitent une enquête, une enquête approfondie, sérieuse, professionnelle. Les responsabilités doivent être établies, mais elles doivent en premier lieu être établies au sein même des autorités. Si les enquêtes nécessitent la présence de Maître Tall ou d'autres personnes, les autorités peuvent facilement disposer d'une citation à comparaître ou, le cas échéant, d'un mandat d'arrêt autorisé par un juge. Et si une personne soupçonnée est arrêtée et détenue, elle doit être respectée dans ses droits : le droit d'avoir une défense professionnelle, le droit d'être en contact avec ses proches, etc. »
Droits « pas respectés »

« Ce qui est inacceptable, poursuit l'expert sur les droits humains au Mali, c'est qu'un avocat de 69 ans soit enlevé de son domicile au milieu de la nuit par des inconnus cagoulés qui maltraitent sa famille. Et il est inacceptable qu'aucune information ne soit donnée sur la situation juridique de M. Tall. Clairement, ses droits ne sont pas respectés ».

 

La semaine précédente, Youssouf Daba Diawara, proche de l'imam Mahmoud Dicko, et Moussa Djiré, homme politique engagé pour la défense de la démocratie, ont également été enlevés par la sécurité d'État, ainsi que quatre proches de l'opposant en exil Oumar Mariko. Des « interpellations » qui s'ajoutent à celles de militaires et anciens militaires, sans aucune précision officielle sur leur nombre, le lieu de leur détention et leur statut judiciaire.

Lundi 11 Mai 2026
RFI