« En ouvrant les écoles à cette période de début de l’hivernage, l’Etat bafoue le principe de l’égalité des chances » (par EL hadji MAR LEYE)


En réunion du Conseil des ministres ce mercredi 17 juin 2020, le ministre de l'Education nationale a fait une communication dans laquelle il a proposé la reprise des cours pour les classes d'examen, le 25 juin 2020.

 

Cette décision va à l’encontre du principe fondamental de l’égalité des chances que l’Etat du Sénégal a, souvent, oublié dans ses décisions. En effet, selon Patrick Savidan, philosophe et Président de l’observatoire des inégalités, l'égalité des chances suppose que des moyens importants (santé, logement, éducation, formation, ...) soient socialement mobilisés pour que chaque nouvelle génération et chaque individu au sein de cette génération ait une chance égale.

 

Or, d’abord, ce qu’on constate c’est que, depuis toujours une partie des sénégalais étudient dans de très bonnes conditions avec des infrastructures modernes et encadrée, pour cela, par des enseignants très expérimentés. C’est le cas des élèves des grandes villes. 

 

A côté, il y’a l’autre partie du Sénégal où les élèves étudient dans plus de 6600 abris provisoires avec un manque criard de moyens de travail (absences de table banc, de toilettes, d’électricité…). Il relève donc de lapalissade de dire que les élèves qui ont des abris provisoires comme moyen pour étudier, n’ont pas les mêmes chances que les autres.

Ensuite, cette période de début de l’hivernage, n’est pas très appropriée pour étudier dans des abris provisoires en raison des désagréments que causent les pluies avec la destruction des toits des abris. 

 

Cela nous rappelle, l’école de Bambaya, école située dans la région de Tambacounda, où le Directeur avait confié que l’école est un réceptacle de toute la poussière que les véhicules soulèvent sur la route qu’elle jouxte. D’après lui, ses classes en « crétin » sont exposées aux violents vents qui soufflent au bas des montagnes et aux serpents. A cela, il faut ajouter le nombre important d’élèves qui vont abandonner pour aller aider leurs parents dans les travaux champêtres, seules activités qui permettent à ces familles d’avoir des revenus.   

 

Ainsi, donc, ce début de l’hivernage, est loin d’être favorable pour l’ouverture des écoles

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

Le slogan « Education pour tous », lancé vers la fin des années 1990, avait une exigence de satisfaire l’obligation scolaire de 10 ans. Et ceci a entrainé une demande croissante en matière d’infrastructures scolaires qui a poussé l’Etat à recourir massivement aux abris provisoires. Ce n’était pas une mauvaise idée. 

 

Seulement, l’Etat devait très vite mettre en place un plan pour remplacer ces abris provisoires. Ce qui n’a pas était fait.

Pire, selon une étude faite par Baidy Mar, enseignant à la retraite, consultant à la Cosydep (coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique), de 2006 à 2016, les abris provisoires ont connu une hausse importante.

Par ailleurs, il y a les classes de type FAC (Fonds d’aide et de coopération) construites en 1952 déjà très vétustes ainsi que les classes de type FED (Fonds européens de développement). Toutes ces classes nécessitent une réfection.

 

Quelles solutions ?

 

L’Etat doit suivre la proposition des enseignants qui consiste à préparer la reprise des cours au mois de septembre. Une nouvelle année scolaire pourra ainsi démarrer au mois de janvier.

 

Ensuite, l’Etat doit mettre, en urgence, un programme qui consiste à créer de nouvelles écoles, de nouvelles salles de classes, de réhabiliter les bâtiments vétustes, remplacer les abris provisoires par de construction en dur.

 

Enfin, l’Etat doit se doter d’une agence chargée d’entretenir les infrastructures scolaires pour qu’elles soient en bon état tout le temps et qu’elles aient une durée de vie plus longue.

 

EL hadji Mar LEYE

Membre de la plateforme « les jeunes d’abord »

Jeudi 18 Juin 2020
Dakaractu




Dans la même rubrique :