Empreinte 100 à Dakar : l’art et la culture au service de la paix et de la protection de l’environnement


Le Musée des Civilisations noires de Dakar accueille l’exposition « Empreinte 100 », placée sous le thème « La paix par le sport, l’art et la culture ». Réunissant des artistes sénégalais et chinois, cette initiative entend promouvoir le dialogue entre les peuples à travers la création artistique, tout en mettant en lumière les défis environnementaux et les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes artistes.

À travers cette exposition, le Sénégal confirme sa volonté de faire de la culture un levier de rapprochement entre les peuples. Au Musée des Civilisations noires, les œuvres présentées témoignent de la diversité des expressions artistiques et de la capacité de la création à porter des messages de paix, de solidarité et de préservation de l’environnement.

Prenant la parole lors de la cérémonie, le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme a salué le talent des artistes réunis pour cette initiative. Selon lui, les 18 artistes mobilisés ont démontré la puissance créative du Sénégal et la capacité du pays à organiser des événements culturels d’envergure dans des délais courts.

Le ministre a également souligné l’importance de mieux accompagner les créateurs afin de leur offrir davantage de visibilité. Dans cette perspective, il a rappelé que les grands rendez-vous internationaux, notamment les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, constituent des occasions de promouvoir le savoir-faire sénégalais et de renforcer l’attractivité du pays. Il a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de faire vivre la culture tout au long de l’année, avec une programmation régulière au Musée des Civilisations noires.

Au-delà de la promotion culturelle, l’exposition porte également un message de transmission et de reconnaissance du patrimoine artistique. Pour Kalidou Kassé, parrain artistique et commissaire associé du volet sénégalais, la question essentielle reste celle des conditions permettant aux artistes de faire connaître leurs créations et d’assurer leur transmission aux générations futures.

Revenant sur l’histoire artistique du continent, il a évoqué le premier Festival mondial des arts nègres, organisé à Dakar en 1966, qui avait rassemblé de grandes figures de la création africaine et internationale. Soixante ans plus tard, cette nouvelle rencontre artistique s’inscrit, selon lui, dans la continuité de cette ambition : favoriser les échanges culturels et permettre aux artistes de différentes origines de confronter leurs expériences. Il a notamment insisté sur la responsabilité des institutions culturelles dans la conservation des œuvres, leur contextualisation et leur accessibilité au public.

Cette dimension internationale est également au cœur du projet porté par Jingshi Feng, président du comité Empreinte 100 ans. À ses yeux, l’initiative vise à faire dialoguer le sport, l’art et l’éducation autour des valeurs olympiques de respect, d’amitié et de coopération. Après une première étape à Paris en 2024, avec la participation de 33 artistes chinois, le projet se poursuit à Dakar avec des artistes sénégalais et chinois.

Le volet sénégalais met en avant 14 artistes, en référence aux 14 régions du pays, dans une démarche qui entend valoriser la diversité des territoires et favoriser les échanges entre les cultures. Jingshi Feng a salué la mobilisation des institutions, des partenaires et des artistes ayant contribué à la réalisation de l’exposition. Il a également annoncé que les activités se poursuivront jusqu’au 15 novembre, avec l’ambition de créer une plateforme de rencontres entre artistes, sportifs, jeunes, institutions et entreprises. Le projet entend ainsi prolonger les échanges au-delà des JOJ Dakar 2026, notamment dans la perspective des Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.

Mais derrière cette ambition culturelle et diplomatique, les artistes souhaitent également attirer l’attention sur des préoccupations concrètes. C’est notamment le cas d’Ismaïla Weber, plasticien et professeur d’arts plastiques, dont l’œuvre constitue un cri du cœur face à la dégradation de l’environnement et aux effets du changement climatique.

Pour l’artiste, l’exposition représente une occasion de sensibiliser particulièrement les jeunes aux conséquences des atteintes à l’environnement. Il estime que l’art peut compléter le discours sportif en offrant un autre moyen de faire passer des messages de sensibilisation. Il a également lancé un appel aux autorités pour la mise à disposition d’espaces culturels polyvalents où les jeunes formés aux arts plastiques pourraient travailler, exposer leurs œuvres et développer leur créativité.

Dans le même esprit, le graffeur et designer Ibra propose une réflexion sur le rapport entre l’individu et son environnement à travers une œuvre inspirée notamment de son expérience personnelle. Il explique que ses créations interrogent les transformations du cadre de vie et les conséquences du changement de milieu sur les individus. Son travail traduit également son regard sur l’urbanisation et les aspirations sociales.

L’artiste a par ailleurs évoqué les difficultés rencontrées par les jeunes créateurs dans la conservation et la valorisation de leurs œuvres. Il déplore notamment le manque de suivi de certaines créations après les expositions et plaide pour un meilleur accompagnement institutionnel. Il a également dénoncé les obstacles rencontrés par les artistes africains dans leurs déplacements à l’étranger, notamment les difficultés d’obtention de visas, qui limitent selon lui la circulation internationale de leurs œuvres.

Ainsi, Empreinte 100 ne se limite pas à une rencontre entre artistes de différentes nationalités. À travers les valeurs de paix, de dialogue et de coopération qu’elle défend, l’exposition met également en lumière les enjeux de la transmission du patrimoine, de la protection de l’environnement et du soutien aux jeunes créateurs. Autant de défis qui rappellent que la promotion de la culture passe aussi par des conditions concrètes permettant aux artistes de créer, d’exposer et de faire rayonner leurs œuvres au Sénégal comme à l’international.



Samedi 17 Octobre 2026
Idy Sow