Empoignades et bagarre au Conseil constitutionnel : Quand l'article L.57 hante le sommeil des candidats à la présidentielle


Lundi 10 décembre, les acteurs politiques se sont donnés en spectacle au Conseil Constitutionnel. Entre empoignades, bousculade et querelles de borne fontaine rien n'a été laissé en rade par des hommes et femmes politiques visiblement prêts à tout pour être le premier à déposer le dossier de son candidat au greffe du Conseil constitutionnel. Mais nombreux sont les Sénégalais qui n'ont rien compris de ce tohu-bohu, ou plutôt des raisons qui sous-tendent de telles agitations.
Interpellés par nos services sur les motifs de cet empressement que peu d'avertis comprennent, les intéressés ont préféré évacuer la question en voulant faire croire que les dernières modifications de la loi électorale n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé lundi dernier au siège des 7 sages. Or, il suffit de faire un petit aller-retour sur la Loi N° 2018-22 du 04 juillet 2018 portant révision du Code électoral pour découvrir les soubassements de la bagarre dont le Conseil constitutionnel a, malheureusement, été le théâtre.
En son article L.57, le nouveau code électoral renseigne que “dans une élection, un électeur ne peut parrainer qu'un (01) candidat ou une liste de candidats et qu'une seule fois”. Le paragraphe suivant précise : “Dans le cas d'une présence sur plus d'une liste, le parrainage sur la première liste contrôlée, selon l'ordre de dépôt, est validé et est invalidé sur les autres...”. C'est dit !
Si les mandataires des différents candidats en sont venus aux mains pour occuper le haut de la page, c'est pour éviter ce qu'on appelle les “doublons” encore appelés “doubles emplois” étant entendu que “le parrainage sur la première liste contrôlée, selon l'ordre de dépôt, est validé et est invalidé sur les autres”.
A ce sujet, Malick Gakou soupçonne Macky Sall de vouloir écarter des candidatures en jouant sur les “doubles emplois”. Selon le candidat du Grand Parti, c'est pour cette raison que Aminata Touré tenait coûte que coûte à déposer en premier les parrainages du candidat Macky Sall. Ce qu'elle a, du reste, réussi à faire puisque du côté des Almadies, on nous signale que l'ancien Premier ministre qui a été mandaté par la Coalition Benno Bokk Yakaar pour déposer la candidature de Macky Sall, a retrouvé sa première place dans l'ordre des arrivées suivi par l'émissaire de Rewmi. Une accusation balayée du revers de la main par "l'incriminée". “Faire la queue et le parrainage, ça n'a rien à voir. Il s'agit d'organiser l'ordre d'arrivée (...) Ce qui se passe, c'est que y'en a qui veulent créer une tension inutile. L'opposition essaye de le faire depuis des mois, ceci est leur dernier coup d'éclat mais ça n'a aucune importance”, s'est défendue l'envoyée spéciale du président Sall.
Au regard de ce qui précède, il est donc évident que les doublons hantent le sommeil des candidats qui ne veulent surtout pas être recalés. Mais le même article L.57 donne une seconde chance à ceux dont les signatures auront été annulés en leur accordant la possibilité de “procéder à la régularisation par le remplacement jusqu'à concurrence du nombre de parrainages invalidés pour ce fait dans les quarante-huit (48) heures.” C'est peut être ce qui explique la poursuite chez certains candidats de la campagne de récolte de parrainages.
Quid maintenant du sort de l'auteur du doublon ? Selon l'article L.88 du code électoral, il risque une peine d'emprisonnement d'un mois à un an ferme et une amende allant de 10 000 à 100 000 francs CFA. “Quiconque aura organisé ou planifié des actes qualifiés de fraude ou de tentative de fraude sur le parrainage sera puni des mêmes peines”, prévoit le même article.
Mercredi 12 Décembre 2018
Dakaractu




Dans la même rubrique :