ENTRETIEN AVEC… Pape Lamine Sène, Conseiller spécial du chef de l'Etat, Ingénieur aéronautique «On ne peut plus tout donner à la Sones et à la Sde, le marché sera ouvert» «Ce qu’il faut faire pour relancer Sénégal Airlines»

Le Président Macky Sall est entouré de beaucoup de conseillers, mais qui ne parlent pas assez. Pape Lamine Sène en est un, mais il décide de briser le silence pour rassurer les Sénégalais sur ce qui se fait dans le secret du Cabinet présidentiel.


Vous êtes conseiller du chef de l’Etat parmi tant d’autres. Au rythme où vont les choses, on a à se demander si le Président vous consulte ?


Le chef de l’Etat a beaucoup de personnes autour de lui, mais c’est un homme qui est disponible. Chaque fois que quelqu’un de son entourage lui propose quelque chose, il l’écoute. Toutefois, le dernier mot lui revient. Mais c’est un homme qui écoute ses collaborateurs et qui partage, je suis conscient qu’il y a des hommes compétents à ses côtés et il les écoute. S’il a besoin de conseils dans un domaine précis, il appelle ceux qui ont l’expérience et discute avec eux.


Le Président est ouvert, il a beaucoup de conseillers et pourtant les gens constatent que le pays ne marche pas comme il se devrait. Est-ce que ce n’est pas parce que vous ne jouez pas votre rôle ou que vous ne lui donnez pas les bons conseils ?


Non, je ne pense pas. Je sais qu’avant le Président Macky Sall ne prenne quelqu’un à ses côtés, il sait qui est qui. Il ne prend pas de conseiller qui ne peut pas lui apporter quelque chose ou qui n’apporte rien aux populations. Il fait bien ses choix en ce qui concerne ce qui est bon pour le Sénégal.

Mais est-ce que les conseils que vous lui donnez sont opérants ?


En ce qui me concerne, à chaque fois que l’occasion se présente ou quand je suis en tête-à-tête avec le Président, je lui apporte mon expérience pour le développement du pays. Macky Sall est en train de faire beaucoup de choses pour le pays, mais on ne peut pas tout dévoiler. Nous discutons dans l’intimité de son Cabinet, et ensuite c’est à lui ou bien aux ministres d’en parler.


Dans votre domaine qui est l’aéronautique, est-ce qu’il y a des projets qui se préparent ou qui sont en train d’être réalisés ?


L’aéronautique est certes mon domaine, mais je ne peux pas trop m’avancer sur certaines questions parce qu’il y a un ministre en charge des Transports aériens. Le Sénégal est bien doté géographiquement. Actuellement, nous avons un problème avec Sénégal Airlines, et si l’on me
sollicite, je serai ravi d’apporter ma participation.


Mais pourquoi ne pas faire l’offre vous-même au Président puisque vous êtes son conseiller spécial ?


Il y a bien sûr des offres que je mets sur la table du Président compte tenu de mon expérience. Mais sur le plan de l’aéronautique, je ne peux pas trop en parler parce que comme je l’ai dit, il y a un ministre qui s’occupe de la question. C’est à lui de faire ce qu’il y a à faire afin que Sénégal Airlines soit une très grande compagnie. Et on peut le faire.

 

Oui, mais comment s’y prendre ?


Je sais en tous cas une chose, le régime précédent a dit avoir fait une alliance avec Emirates Airlines qui est une très grande compagnie. A mon avis, Sénégal Airlines ne devait pas avoir seulement trois flottes dans ce cas. Parce que Emirates se fait beaucoup d’argent au Sénégal et Sénégal Airlines ne décolle pas. Si l’on est en alliance avec Emirates, on devrait en profiter, faire un partage et Sénégal Airlines pouvait avoir au moins cinq flottes, faire des vols longs courriers. Parce qu’il y a beaucoup de Sénégalais qui sont aux Etats-Unis, en Europe, mais pour venir au Sénégal, ils n’ont que Delta Airlines et South African Airline. Pourquoi Sénégal Airlines ne pourrait pas concurrencer ces compagnies ? On peut le faire, il faut oser, et il faut aussi revoir le partenariat que nous avons avec certaines grandes compagnies.


Mais est-ce que les moyens suivent pour cela ?


Mais bien sûr. Pour faire un partenariat, il faut que ça soit solide, ces pays ont besoin du Sénégal. S’il y a des discussions entre les deux parties, on pourrait avoir mieux.


Est-ce que vous pensez que l’Etat peut mettre en place une compagnie nationale qu’il va gérer. Est-ce que vous travaillez à cela ?


Je pense que le Président a cette idée, parce que je le connais très bien, c’est un homme enthousiaste. Nous n’en avons pas discuté, mais j’aimerais bien que l’occasion se présente pour qu’on en parle. Et le cas échéant, je peux vous assurer que le Sénégal va faire dans la concurrence.


Avez-vous eu à travailler sur le sujet ?


Oui, j’y ai travaillé.


Et vous allez soumettre vos travaux au chef de l’Etat ?


C’est ce que je vais faire.


Pour parler de l’actualité, on constate que le Sénégal n’attire plus les investisseurs, est-ce que vous travaillez à inverser cette tendance ?


Il y a toujours des investisseurs qui viennent taper à la porte du Sénégal, ils savent qu’il y a eu un grand changement avec l’élection démocratique de Macky Sall. Le Sénégal n’a certes pas beaucoup de ressources, mais Dubaï n’en a pas non plus. Mais ce qui intéresse le plus les investisseurs, c’est la stabilité du pays, le potentiel et la démocratie, les investisseurs sont toujours prêts à venir investir au Sénégal.


Dans quels domaines par exemple ?


Dans tous les domaines, dans l’agriculture, l’électricité, l’eau, le textile…


Mais pour le moment, ce ne sont que des intentions, on ne voit rien concrètement…


Lorsqu’on négocie avec des investisseurs, il y a un circuit et cela prend du temps. On ne peut pas tout dévoiler. Il y a des choses qui sont en train d’être établies.


Concrètement, sur quoi avez-vous travaillé avec le Président ?


Nous avons travaillé sur l’agriculture et surtout sur l’énergie. C’est encore à l’état de projets. D’ici peu de temps, çà va venir. Je ne suis pas un homme politique. Je suis un technocrate, un ingénieur. Macky Sall voit le futur, et il est en train de faire des choses. C’est un travailleur et l’avenir le démontrera.


Est-ce que le peuple sera patient pour attendre l’avenir ?


On travaille pour le peuple. On est là pour accompagner les populations, pour les aider et développer notre cher pays. Quand je vois certains pays qui avancent, j’ai envie que le Sénégal soit comme eux et qu’il dispose de technologies. Çà commence déjà.


Dans quel domaine…


Dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture. Heureusement qu’on est en train de faire un bon partenariat avec les pays du Sud-Sud.


Vous parlez d’énergie, mais les coupures ont repris de plus belle…


Mais il y a le long terme, tout ce qu’on est en train de faire, c’est des montages, mais çà va venir. Pas à pas. Et après avec le temps, on va voir que çà va diminuer.


 Pour la crise de l’eau que préconisez-vous concrètement ?


J’en ai discuté avec le Président pour que cela ne se reproduise plus. Il y a aussi des investisseurs qui veulent bien venir au Sénégal pour s’y installer. Donc on ne va pas tout donner à la Sde ou à la Sones. Si l’on ouvre le marché et qu’il y a d’autres étrangers qui viennent investir, cela va réduire les factures et au moins s’il y a une compagnie qui a un accident, il y aura d’autres pour le remplacer. On ne peut pas tout miser sur une seule compagnie.


L'Observateur

Jeudi 3 Octobre 2013
Daddy Diop