(ENQUÊTE) Polémique autour d'une pénurie d'insuline au Sénégal : Ce qui s'est réellement passé


Lundi 24 septembre, la parution d'un article faisant état d'une rupture de stock d'insuline dans les pharmacies privées a installé la peur-panique chez les insulino-dépendants, à savoir les diabétiques qui doivent s'injecter d'insuline pour palier la non sécrétion de cette hormone qui régule le taux de sucre dans le sang. Dakaractu a enquêté pour démêler le vrai du faux.
Première étape de cette enquête, des pharmacies auprès desquelles s'approvisionnent les insulino-dépendants. Sur place, nos interlocuteurs affirment n'avoir pas vendu d'insuline depuis un bon bout de temps. 
Nous avons joint au téléphone un grossiste répartiteur. Au bout du fil, notre interlocuteur assure que la structure au nom de laquelle il parle dispose d'un stock suffisant d'insuline avant de nous conseiller de nous rapprocher de la PNA.
Après Laborex, nous avons tenté de joindre la Pharmacie nationale d'approvisionnement, habilitée à importer l'insuline au Sénégal, mais la standardiste nous renvoya vers...l'hôpital principal. 
Peut-être le centre Mark Sankalé, spécialisé dans le traitement du diabète peut répondre à nos préoccupations. Mais une fois sur les lieux, nous avons réalisé que nous nous sommes trompés de cible. Ici, on préfère se cacher derrière un protocole pour éviter les questions gênantes d'un journaliste qui débarque à l'improviste. Le chef de service ne reçoit que sur rendez-vous.
Finalement, nous nous sommes procuré l'adresse mail du chef de la division planification et prévision des Achats de la PNA pour voir nos interrogations connaitre un début de réponse même si c'est millimétré. Le Dr Talla Diop dément l'information selon laquelle il y a rupture de stock d'insuline. 
Président du syndicat des pharmaciens privés du Sénégal, Dr Assane Diop prend son contrepied. La PNA revient à la charge.
Sauf qu'au sein de la PNA, on ne tient pas le même langage au sujet des perturbations connues dans l'approvisionnement des officines privées en insuline. Le Dr Lamotor Mamadou Seck admet qu'une rupture est indissociable d'une chaine d'approvisionnement. 
Mieux, le pharmacien logisticien qui officie au service distribution de la PNA reconnait qu'il y a bel et bien eu dysfonctionnement et en fournit les raisons. 
Diabétique depuis quatre ans, une femme, dont nous ne révélerons pas l'identité, tranche en confirmant la rareté du Mixtard pendant la période de la Tabaski. 
Pour sa part, Dr Assane Diop fait savoir que du 06 au 26 septembre, le Mixtard, l'insuline la plus prescrite par les spécialistes n'a pas été vendue dans son officine. 
Pour autant, la Pharmacie nationale ne reconnait pas qu'il y a faille dans le système d'approvisionnement. 
Convaincu du contraire, le président du Syndicat des pharmaciens du privé attribue cet impair à la subvention de l'insuline mais aussi à un présumé marché parallèle. 
La PNA dit ignorer l'existence de ce supposé marché noir tout en rappelant le circuit emprunté par l'insuline avant d'être fourni aux pharmacies privées. 
Le porte voix des pharmaciens du privé préconise plus de vigilance pour parer dans le futur à toute éventualité.
En tout état de cause, les diabétiques dont la survie ne dépendent que de l'injection d'insuline ne demandent qu'une chose : avoir en permanence leurs ampoules. 
Selon des chiffres donnés par l'enquête STEPS, une étude transversale descriptive au niveau national réalisé en 2015, le taux de prévalence du diabète au Sénégal se situe à 3,4%. Aux dernières nouvelles, Il aurait atteint 8%. Les insulino-dépendants, quant à eux, représentent 20% des diabétiques.
 
Mardi 2 Octobre 2018
Dakaractu



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