EDITO / Monsieur le Président, votre Peuple est en colère ! Par Mamadou Mouth BANE


Une fois ne saurait être coutume. Aujourd’hui, je vais porter les habits étroits de Conseiller spécial et personnel du Chef de l’Etat pour lui rapporter avec égard, ce que l’écrasante majorité de ses compatriotes dit de sa gouvernance judiciaire. Mon indépendance forge ma liberté à pouvoir transmettre fidèlement au Chef, la frustration sociale qui suinte de ses 6 ans de gestion. Ainsi, je le ferai mieux que ses conseillers qu’il a nommés et qui n’osent pas lui dire la vérité, en lui transmettant fidèlement la colère sociale, de peur de perdre leurs privilèges, leurs strapontins puisés de notre sueur. 
La  majeure partie des sénégalais dénonce la condamnation de Khalifa Sall, non pas parce qu’ils le soutiennent, non pas parce qu’ils sont ses militants, ou bien parce qu’ils sont convaincus de son innocence, c’est plutôt parce qu’ils ont remarqué dans le camp présidentiel des gens comme Cheikh Kanté ancien Directeur Général du Port de Dakar, qui ont fait pire, et pourtant jamais la Justice n’a pas été actionnée pour qu’ils rendent compte. Plus grave encore, au prédateur Cheikh Kanté, vous en avez fait un piètre Ministre chargé du PSE, le programme phare de votre gouvernance. Un coup virulent contre l’image du PSE…
Monsieur le Président, votre frère Alioune Sall, pour des raisons strictement familiales, vous en avez fait le Directeur de la Caisse de Dépôt et de Consignation (CDC) extirpée du Code des marchés publics, pour lui donner plus des marges de manœuvre dans la gestion de cette «banque publique». Pourquoi ? Vous n’avez rien appris des erreurs de Wade et de son fils, il nous semble. 
Monsieur le Président, les sénégalais soutiennent la reddition des comptes. Nous sommes pour la gestion transparente des deniers publics et contre la corruption quel que soit son auteur, mais aussi nous sommes des militants de l’équité, de la justice sociale et de l’Etat de droit. Les citoyens honnêtes accepteront avec nous que l’Etat de Droit s’est littéralement effondré au Sénégal. 
Monsieur le président, nous pouvons accuser le président Me Abdoulaye Wade de tous les noms, mais soyons juste avec lui, en reconnaissant les actes de bonne gouvernance qu’il a posés sous son magistère. Au-delà des organes de contrôle qu’il a créés et renforcés leur pouvoir, il ne s’était pas opposé à la Justice. D’ailleurs, c’est sous Wade que des libéraux comme Bayla Wone, Idrissa Seck, Salif Bâ, Modibo Diop etc… ont été poursuivis à tort ou à raison. Ils étaient tous de grands responsables du Pds dans leur fief respectif. Wade avait des raisons politiques de s’opposer à leur arrestation.
Aujourd’hui, Monsieur le Président c’est tout le contraire que nous voyons depuis votre élection. Vous protégez vos voleurs dont la mauvaise gestion est prouvée par des organes de contrôle de l’Etat. Votre Ministre chargé du PSE Cheikh Kanté a coulé le Port de Dakar qui traverse des difficultés financières que vous avez-vous-même reconnues. Voilà les faits qui heurtent la conscience de vos compatriotes après l’annonce du verdict de Khalifa Sall. Les Sénégalais sont abasourdis et déçus face à cette justice à sens unique et injustement sélective.
Chaque année, le Sénégal reçoit plus de 600 milliards de FCFA d’Aide Publique au Développement (APD). Ces fonds jamais audités depuis 1960, disparaissent une fois introduits dans les comptes publics et deviennent des fonds de promotion de la pauvreté.
La précarité sociale rythme notre quotidien. La santé souffre de maladie chronique, les enseignants démotivés, notre système judiciaire désarticulé de l’intérieur par ses principaux acteurs, les paysans perdent espoir dans une démocratie sénégalaise déjà enveloppée dans son  linceul attendant son jour d’inhumation. 
Toutefois Monsieur le président, il n’est pas trop tard pour reprendre les choses en main. Il faut juste montrer à vos compatriotes que vous êtes «le Président de tous les Sénégalais» comme vous l’aviez dit le 03 Avril 2012 lors de votre première adresse à la Nation. 
Par ailleurs, le président Sall déroule son plan après l’élimination de Karim Wade et Khalifa Sall, les projets de loi sur le parrainage est sur la table de Moustapha Niass sous le regard impuissant d’une opposition sans position parce que désunie, paresseuse, pusillanime et avachie. Aujourd’hui, ils dénoncent tous la condamnation du Maire de Dakar et appellent à la mobilisation dans les médias, alors qu’il suffit que l’arbitre siffle le coup d’envoi de la confrontation  Gris/Balla pour qu’ils oublient Khalifa dans sa cellule en cette veille de fête de Pâques. C’est cela la particularité de l’opposition sénégalaise. Et le président Macky tire toutes ses forces des faiblesses de cette opposition événementielle et administratrice des réseaux sociaux. Vu tous ces faits, face à «une opposition de constat», qu’est-ce qui empêchera au président Sall de passer au 1er tour en Février 2019 ? Je dis bien «passer au 1er tour» et non «réélu au 1er tour». La nuance est énorme. 
Monsieur le Président, tous ceux qui ont géré les affaires publiques doivent rendre compte. Faites preuve d’indépendance, de justice et d’intégrité.  Les Sénégalais ont raison de dénoncer la condamnation injuste et cette prise d’otage arbitraire contre Khalifa Sall qui n’a pas fait plus que tous ces «Madoff» de l’Apr. Nous disons «justice pour tous» pour un «Sénégal nouveau», «un Etat de droit debout» et «une démocratie vivante et exemplaire»…
Samedi 31 Mars 2018
Dakaractu




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