ECHO SUR L’ECO : Paris trouve un « FAUX VACCIN CONTRE LE CFA » en pleine pandémie.


ECHO SUR L’ECO : Paris trouve un « FAUX VACCIN CONTRE LE CFA » en pleine pandémie.
Pendant que les pays de l’UEMOA se confinent à cause du COVID-19, c’est le moment choisi par Paris pour déconfiner un faux Eco. Pour rappel l’idée d’une intégration monétaire est entretenue dans les débats depuis les indépendances des pays de l’Afrique subsaharienne. Au sein de la CEDEAO, depuis plus de trente (30) ans, on se penche sur la création d’une monnaie unique dans l’espace régional. Les discussions ont beaucoup avancé ces dernières années ; un schéma clair avait même été établi. Malheureusement, depuis la fameuse rencontre entre le Président Emmanuel MACRON et le Président Alassane OUATTARA, en décembre 2019, à Abidjan, un cheval de Troie serait glissé dans le projet de création de l’Eco. Serions-nous en train d’assister à une opération de « falsification de la monnaie Eco » ?

Bizarrement, sur une question aussi stratégique que la création d’une nouvelle monnaie, la cadence dans la communication est dictée par Paris. Abidjan assure la caisse de résonnance. Même si Alassane OUATTARA est le Président en exercice de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), il me semble qu’il n’a pas l’attribut d’« omnipotence ». Où sont les autres Chefs d’Etats ? Quelle est la place de l’élite dans les différents pays et l’avis des peuples dans le débat, pendant qu’on décide de leur avenir politique et économique ? La France ne devrait-elle pas se cantonner aux négociations de sortie du CFA ? Pourquoi a-t-elle autant de place et de rôle dans la création de l’Eco ? 
L’absence de débat sérieux officiel dans les pays de l’UEMOA est tout aussi douteux. Cela risque d’engendrer de nombreuses surprises plus dramatiques que la situation du CFA. 

La France va réussir, avec l’aide de OUATTARA, à court-circuiter la dynamique qui avait été enclenchée au sein de la CEDEAO pour la création de l’Eco, en 2020. Sentant le risque d’absence d’influence dans une union monétaire où s’assoient confortablement le Nigéria et le Ghana, la France tenterait de mettre en œuvre une véritable opération de torpillage, qui aboutirait à la mise à l’écart subtile des pays qui n’utilisent pas le CFA au sein de la CEDEAO.
La France lâche le franc CFA, mais elle s’aménage un strapontin dans l’Eco. Alors, qu’est-ce qui va changer ? Rien !  Le projet de loi sur la ratification de l'accord signé en décembre 2019, par la France et les pays membres de l'Union monétaire Ouest-africaine (UEMOA), porte sur une réforme de la coopération monétaire (Agence Ecofin, 2020) et non sur la rupture du cordon ombilical entre Paris et ses anciennes colonies. Alors, quelle est la contrepartie attendue par la France sur la garantie de l’Eco ? La nouvelle monnaie sera imprimée où ? Sur la signature d’un accord en décembre 2019, par les pays de l’UEMOA, il y’a des doutes sur le respect de la transparence et des règles. Peut-être, c’est un seul Chef d’Etat qui aurait signé pour les huit (8) pays de l’UEMOA ?  Le sujet est si sérieux qu’il faut un peu de respect aux peuples et aux panafricanistes qui luttent depuis les indépendances.  
Il est nécessaire de rappeler qu’il existait un scénario bien défini pour arriver à la monnaie unique Eco dans le cadre de la CEDEAO, de manière intelligente et graduelle. Les pays de la CEDEAO peuvent être scindés en deux catégories ou deux groupes : 
- les sept pays de la CEDEAO qui ne sont pas dans la zone CFA (Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone, Cap vert). Ils ont la particularité de ne pas être soumis sous tutelle de la France, à l’exception de la Guinée. Ils sont essentiellement des anglophobes, à l’exception de la Guinée, francophone, et du Cap Vert, lusophone ; 
- les pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte D’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) partageant une monnaie commune, le CFA. Ils ont une longue expérience sur l’harmonisation de leurs politiques économiques et monétaires. A l’exception de la Guinée Bissau, pays lusophone, tout le reste était colonisé par la France. 

Le Cap Vert et la Guinée Bissau mis à part, on peut dire que nous avons au sein de la CEDEAO deux systèmes qui s’opposent :
- les francophones, toujours soumis à la domination française, sur le plan politique et économique ; 
- les anglophones, qui sont plus autonomes.  

Devant une configuration pareille, il fallait trouver une approche progressive sûre pouvant réduire les différences afin de bâtir une zone économique et monétaire régionale solide. C’est ainsi que, le 20 avril 2000, à Accra au Ghana, six pays ouest-africains (Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone) ont annoncé leur volonté de créer une
Union monétaire, appelée Zone Monétaire Ouest africaine (ZMOA) à côté de l'UEMOA. C’est dans cette dynamique qu’un projet de monnaie unique au sein de la CEDEAO appelée Eco avait été porté par tous les pays de la région Ouest africaine. Les pays de la zone UEMEOA devaient par la suite sortir du CFA pour rejoindre la ZMAO, afin d’avoir une union monétaire unique dans l’espace de la CEDEAO (CACID, 2015). Voilà l’élan que le France tenterait de briser pour confiner la zone UEMOA dans l’Eco d’Abidjan, différent du projet initial que nous appelons l’Eco d’Abuja. 
Nous assistons à une véritable opération de « blanchissement de l’Eco » savamment planifiée, sous le regard complice de nos dirigeants. Quant aux pays de la ZMOA, ils assistent avec stupéfaction au spectacle qui se joue entre Paris et Abidjan. 

Au-delà des conséquences de la création d’une « fausse monnaie » sous tutelle de la France, puisque cette dernière va continuer à en assurer la garantie et la parité fixe avec l’Euro, c’est le travail d’une trentaine d’années, voire plus, qui va être sapé. Est-ce que la CEDEAO surmontera cette épreuve ? Déjà, le 16 janvier 2020, le groupe de la ZMOA, à travers une réunion extraordinaire tenue à Abuja, a sorti un communiqué pour fustiger la déclaration faite par OUATTARA, le 21 décembre 2019, à Abidjan, et dénoncer une sorte de manœuvre visant à remplacer le CFA par l’Eco de manière unilatérale (Cf. communiqué ZMAO du 16 janvier 2020). L’accusé avait fait une sortie à l’époque pour jeter le discrédit sur le groupe signataire de ce communiqué d’Abuja.

Si après 60 ans d’indépendance et 58 ans d’existence de l’Union monétaire Ouest-africaine (UMOA) (créée en 1962), les pays francophones ouest-africains ne sont pas toujours capables de bâtir leur propre système monétaire sans l’immixtion de la France, alors, la plaie est réellement profonde qu’il faudra une ablation. Au-delà des enjeux économiques, la monnaie est un symbole de souveraineté, une marque d’identité pour une nation. Laisser la France introduire son « faux vaccin dans l’Eco », c’est souffrir encore de longues années des mêmes symptômes que « le virus CFA ».
 
 
Momath Talla NDAO
Vendredi 22 Mai 2020
Dakaractu



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