Un long couloir anodin. Des bureaux d’apparence banale, situés au premier et unique niveau du tribunal de Matam. Dans l’un d’eux, un secrétariat encombré par trois hommes etoù l’air peine à se rafraîchir sous la touffeur ambiante, dissimule aux regards curieux l’antre du procureur avec ses tomes de dossiers. Et un de plus depuis le 2 mars, date à laquelle il a activé la brûlante affaire «Farba Ngom». Du nom de ce député et griot autoproclamé du président de la République qui, avec ses partisans «apéristes» et ceux de son adversaire politique, Mamadou Mori Diaw, ont mis Matam sens dessus-dessous, le temps d’un meeting. La vox populi, consciente de la toute-puissance de l’ouaille du chef de l’Etat, avait vite fait de reléguer cet incident dans les dossiers sans suite. Mais c’est sans compter avec la ténacité de Cheikh Diakhoumpa. Procureur depuis 3 ans à Matam, il n’a pas voulu faire à la Justice l’affront de passer l’éponge.
Le Procureur de Matam n’est pas un homme de compromissions. C’est ce qu’assurent ceux qui l’ont pratiqué. Impossible néanmoins de le constater de visu : Cheikh Diakhoumpa, 40 ans et une dizaine d’années de carrière dans la magistrature, ne répond plus aux sollicitations des journalistes. Il pousse même la prudence jusqu’à fuir toute photographie, ne laissant en pâture rien sur sa personne, excepté quelques images de… Farba Ngom qui apparaissent lorsqu’on tape son nom sur Internet. «Il faut le comprendre. Il ne s’attendait pas à tout ce qui lui tombe sur la tête dans cette affaire Farba Ngom. Lui a simplement agi comme un magistrat soucieux de l’Etat de droit», résume un juge d’instruction qui a travaillé avec lui dans nombre de dossiers et qui exige l’anonymat. Tous ceux interrogés sur le procureur de Matam, même s’ils ne rechignent pas à apporter un témoignage, évoqueront le droit à ne pas être cité dans ce dossier, qui prend des allures d’«affaire d’Etat».
Sous pression. Avec l’affaire dite «l’incident de Matam», Cheikh Diakhoumpa est passé de l’ombre à la lumière en un rien de temps qu’il ne faut pour le dire. Aperçu au détour des Assises de Matam, le jeune quadra à l’écorce d’ébène uniforme et à la posture raide comme la Justice, a posé un acte que l’opinion publique a qualifié de courageux. Non qu’il faille être courageux pour convoquer un justiciable, mais il faut assurément une bonne dose de cran pour oser défier un parlementaire de surcroit très proche du Président de la République. C’est du moins ce que laissent entendre les dernières évolutions de l’incident. Cheikh Diakhoumpa aurait reçu une lettre de son supérieur hiérarchique le sommant de s’expliquer. Dire pourquoi il a osé convoquer un député sans en référer à son autorité. Même si ce même député s’est rendu coupable d’avoir dégainé son arme à feu lors d’une manifestation politique. «Il s’agit de flagrant délit ici et le mis en cause a avoué avoir tiré des coups de feu. Je ne vois pas alors pourquoi on en fait tout un foin. A moins que la Justice soit aux ordres», s’étrangle un juge.
La partie adverse a voulu lever l’équivoque en répondant prématurément à la convocation, histoire de faire voir à la populace la rupture tant prônée. Mais, loin des médias, Farba Ngom aurait bel et bien essayé d’éteindre le feu en appelant Cheikh Diakhoumpa. Les collègues du magistrat l’assurent: «Il l’a eu au téléphone une première fois, mais n’a pas réussi à le dissuader d’annuler l’enquête. Par la suite, il a pris le soin de ne plus répondre à ses coups de fil». Ses détracteurs jugent ses procédés quelque peu borderline. «La magistrature, c’est la hiérarchie quand même», s’offusque un magistrat. Droit dans ses bottes, l’intéressé lui, n’a pas hésité à convoquer une conférence de presse pour faire état des menaces et pressions qui pèsent sur sa personne et sa famille. Le juriste, dit-on, est un gros bosseur, qui reste au travail jusqu’à des heures tardives pour instaurer l’Etat de droit à Matam et consolider le signal fort qu’il vient d’adresser à la horde de «non justiciables» qui tapissent le décor politique sénégalais. «Faux», rétorque un substitut du procureur à Dakar. «Cheikh Diakhoumpa s’agite juste pour quitter Matam et obtenir une affectation à Dakar. Il a utilisé le même procédé lorsqu’il était Procureur général à Kaolack», continue-t-il, en citant les propensions du magistrat à être hargneux sur ses grands chevaux de justicier. Quitte à se retrouver les quatre fers en l’air !
Opiniâtre. Sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut. «Il est trop têtu», disent ceux qui l’ont côtoyé à l’Ecole nationale de magistrature, promotion 2002. Lui l’a démontré lors de sa conférence de presse où il a dit être prêt à aller jusqu’au bout de l’incident de Matam, quitte à rendre sa démission. Vrai ? Faux ? A Thiès où il a exercé comme substitut, ses confrères gardent le souvenir d’un probe, prêt à révolutionner la justice sénégalaise, à l’instar des grandes nations qui se sont développées en mettant en place des institutions fortes et solides. «Les Etats unis sont son modèle de justice, parce que là-bas, le pouvoir exécutif n’ose pas s’immiscer dans des poursuites, sous peine de forfaiture», théorisent ceux qui pensent trouver là sa soif de justice. D’autres, plus proches de sa sphère familiale, cherchent plutôt dans l’éducation que lui ont inculqué ses parents.
Fils prodige d’une famille polygamique, Cheikh Diakhoumpa, monogame et père de deux enfants, a baigné dans «la justice, la courtoisie, la rigueur et le respect». Enfant dans le quartier dakarois de Fass, son caractère solitaire le pousse à s’adonner aux arts martiaux. Il en garde un côté froid, rigide et méticuleux. L’écriteau qui orne la porte d’entrée de son bureau invite les Matamois à respecter les heures et jours de rendez-vous. Peu importe, ses administrés qui reconnaissent son travail discret, ne lui en veulent pas. «Il fait son travail et nous le soutenons dans cette affaire avec Farba Ngom. L’Etat doit rester fort à ses côtés, à défaut, on saura que l’impunité existe encore et toujours», dit un habitant rencontré non loin de la maison du marabout Thierno Samassa. D’ici là, Cheikh Diakhoumpa, dont les rumeurs disent qu’il serait dessaisi du dossier, a déjà marqué son territoire du sceau de la Justice. Y compris pour ceux qui baignent dans l’aura de l’impunité. Dura lex, Cheikh lex !
L'Observateur
Le Procureur de Matam n’est pas un homme de compromissions. C’est ce qu’assurent ceux qui l’ont pratiqué. Impossible néanmoins de le constater de visu : Cheikh Diakhoumpa, 40 ans et une dizaine d’années de carrière dans la magistrature, ne répond plus aux sollicitations des journalistes. Il pousse même la prudence jusqu’à fuir toute photographie, ne laissant en pâture rien sur sa personne, excepté quelques images de… Farba Ngom qui apparaissent lorsqu’on tape son nom sur Internet. «Il faut le comprendre. Il ne s’attendait pas à tout ce qui lui tombe sur la tête dans cette affaire Farba Ngom. Lui a simplement agi comme un magistrat soucieux de l’Etat de droit», résume un juge d’instruction qui a travaillé avec lui dans nombre de dossiers et qui exige l’anonymat. Tous ceux interrogés sur le procureur de Matam, même s’ils ne rechignent pas à apporter un témoignage, évoqueront le droit à ne pas être cité dans ce dossier, qui prend des allures d’«affaire d’Etat».
Sous pression. Avec l’affaire dite «l’incident de Matam», Cheikh Diakhoumpa est passé de l’ombre à la lumière en un rien de temps qu’il ne faut pour le dire. Aperçu au détour des Assises de Matam, le jeune quadra à l’écorce d’ébène uniforme et à la posture raide comme la Justice, a posé un acte que l’opinion publique a qualifié de courageux. Non qu’il faille être courageux pour convoquer un justiciable, mais il faut assurément une bonne dose de cran pour oser défier un parlementaire de surcroit très proche du Président de la République. C’est du moins ce que laissent entendre les dernières évolutions de l’incident. Cheikh Diakhoumpa aurait reçu une lettre de son supérieur hiérarchique le sommant de s’expliquer. Dire pourquoi il a osé convoquer un député sans en référer à son autorité. Même si ce même député s’est rendu coupable d’avoir dégainé son arme à feu lors d’une manifestation politique. «Il s’agit de flagrant délit ici et le mis en cause a avoué avoir tiré des coups de feu. Je ne vois pas alors pourquoi on en fait tout un foin. A moins que la Justice soit aux ordres», s’étrangle un juge.
La partie adverse a voulu lever l’équivoque en répondant prématurément à la convocation, histoire de faire voir à la populace la rupture tant prônée. Mais, loin des médias, Farba Ngom aurait bel et bien essayé d’éteindre le feu en appelant Cheikh Diakhoumpa. Les collègues du magistrat l’assurent: «Il l’a eu au téléphone une première fois, mais n’a pas réussi à le dissuader d’annuler l’enquête. Par la suite, il a pris le soin de ne plus répondre à ses coups de fil». Ses détracteurs jugent ses procédés quelque peu borderline. «La magistrature, c’est la hiérarchie quand même», s’offusque un magistrat. Droit dans ses bottes, l’intéressé lui, n’a pas hésité à convoquer une conférence de presse pour faire état des menaces et pressions qui pèsent sur sa personne et sa famille. Le juriste, dit-on, est un gros bosseur, qui reste au travail jusqu’à des heures tardives pour instaurer l’Etat de droit à Matam et consolider le signal fort qu’il vient d’adresser à la horde de «non justiciables» qui tapissent le décor politique sénégalais. «Faux», rétorque un substitut du procureur à Dakar. «Cheikh Diakhoumpa s’agite juste pour quitter Matam et obtenir une affectation à Dakar. Il a utilisé le même procédé lorsqu’il était Procureur général à Kaolack», continue-t-il, en citant les propensions du magistrat à être hargneux sur ses grands chevaux de justicier. Quitte à se retrouver les quatre fers en l’air !
Opiniâtre. Sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut. «Il est trop têtu», disent ceux qui l’ont côtoyé à l’Ecole nationale de magistrature, promotion 2002. Lui l’a démontré lors de sa conférence de presse où il a dit être prêt à aller jusqu’au bout de l’incident de Matam, quitte à rendre sa démission. Vrai ? Faux ? A Thiès où il a exercé comme substitut, ses confrères gardent le souvenir d’un probe, prêt à révolutionner la justice sénégalaise, à l’instar des grandes nations qui se sont développées en mettant en place des institutions fortes et solides. «Les Etats unis sont son modèle de justice, parce que là-bas, le pouvoir exécutif n’ose pas s’immiscer dans des poursuites, sous peine de forfaiture», théorisent ceux qui pensent trouver là sa soif de justice. D’autres, plus proches de sa sphère familiale, cherchent plutôt dans l’éducation que lui ont inculqué ses parents.
Fils prodige d’une famille polygamique, Cheikh Diakhoumpa, monogame et père de deux enfants, a baigné dans «la justice, la courtoisie, la rigueur et le respect». Enfant dans le quartier dakarois de Fass, son caractère solitaire le pousse à s’adonner aux arts martiaux. Il en garde un côté froid, rigide et méticuleux. L’écriteau qui orne la porte d’entrée de son bureau invite les Matamois à respecter les heures et jours de rendez-vous. Peu importe, ses administrés qui reconnaissent son travail discret, ne lui en veulent pas. «Il fait son travail et nous le soutenons dans cette affaire avec Farba Ngom. L’Etat doit rester fort à ses côtés, à défaut, on saura que l’impunité existe encore et toujours», dit un habitant rencontré non loin de la maison du marabout Thierno Samassa. D’ici là, Cheikh Diakhoumpa, dont les rumeurs disent qu’il serait dessaisi du dossier, a déjà marqué son territoire du sceau de la Justice. Y compris pour ceux qui baignent dans l’aura de l’impunité. Dura lex, Cheikh lex !
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