Dr Adama Sadio, collègue de Mamoudou Barry : « Il m’a toujours manifesté son envie de venir mettre ses compétences au service du Sénégal »


Une semaine après le meurtre du Dr Mamoudou Barry à Rouen le 19 juillet dernier en France, la communauté scientifique africaine et française a battu le pavé pour manifester son indignation. 

Pour avoir été collègue du défunt enseignant chercheur, le Dr Adama Sadio a participé à cette procession et a accepté de parler des qualités du citoyen guinéen tué à la fleur de l’âge par un individu raciste.

Selon le Dr Sadio, Mamoudou Barry avec qui il partageait le même laboratoire, notamment au Centre universitaire Rouennais d’Études juridiques (CUREJ) était un amoureux du savoir. « Il ne vivait que pour la science et était doté d’un esprit puissant », témoigne le Dr Sadio qui se rappelle les qualités scientifiques et humaines qui faisaient de son collègue un homme très apprécié de tout l’espace universitaire.

De même, ajoute notre interlocuteur, lui-même Chercheur en sciences politiques au CUREJ et chercheur associé au Gorée Institute, l’enseignant chercheur arraché à l’affection des siens était d’un commerce facile et avait un amour profond pour l’Afrique. Ce panafricanisme, il l’a manifesté jusque dans ses derniers moments puisque c’est en allant regarder le match qui opposait le Sénégal à l’Algérie, pour les besoins de la finale de la Can que ce fervent supporter du Sily national de la Guinée Conakry a rencontré la faucheuse. Il aimait le Sénégal, se rappelle son collègue. « D’ailleurs, il m’a toujours manifesté son envie de venir mettre ses compétences au service du Sénégal. Pour vous dire que Mamoudou était un panafricain convaincu », atteste le Dr Sadio. Quelques heures avant le drame, la discussion qu'ils ont eue sur le réseau social Facebook tournait autour de ce sujet. C'est dire...

En revanche, les circonstances de la mort de Mamoudou Barry ne font pas dire au Dr Adama Sadio que la vie des ressortissants africains en France est en danger. « Il est vrai que nous vivons dans un pays où pour plusieurs raisons notamment les menaces terroristes et l'incivisme notoire de certains, n'importe qui peut être victime de violence physique. Il est vrai également que des populations noires estiment être victimes de discours, d'actes et / ou de traitements discriminatoires, mais de manière générale la sécurité des populations noires en France n'est pas plus menacée que les autres communautés », dissèque-t-il non sans ajouter qu’« il n'y a pas un ciblage spécifique à la communauté africaine » .  Selon le chercheur en sciences politiques au Curej, « Le malheur c'est d'avoir la malchance d'être au mauvais endroit à la mauvaise période. »

L’enquête ouverte à la suite de ce crime odieux a permis de mettre la main sur un suspect d'origine turque qui, d’après les médias français a reconnu les faits. Le caractère raciste du meurtre est pour l'heure établi et pourrait aggraver le cas de l'individu qui a été mis aux arrêts par la sûreté départementale. 
Vendredi 26 Juillet 2019
Dakaractu




Dans la même rubrique :