Dans un entretien accordé à l’AFP, Mme Pillay a déclaré que l’annonce des sanctions états-uniennes contre la CPI quasiment dans la foulée de l’attribution de son prix Nobel n’était pas un hasard, y voyant une “réaction au fait que le prix n’ait pas été décerné au président Trump”.
Interrogée sur le message qu’elle souhaitait adresser au président états-unien, la juge âgée de 85 ans a répondu: “Faites appel à vos conseillers juridiques pour qu’ils vous expliquent ce qu’est le droit international (...) et pourquoi il est illégal de s’ingérer dans les affaires d’une cour internationale indépendante.”
La lauréate du prix Nobel a ensuite appelé les États-Unis à reprendre leur “rôle traditionnel de défenseur des droits de l’homme et de la liberté pour le reste du monde”.
Les États-Unis ont annoncé vendredi des sanctions contre la CPI visant à paralyser le fonctionnement quotidien de la Cour, qui juge des individus pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.
L’administration Trump s’est engagée à démanteler la Cour “brique par brique”, furieuse que les juges aient émis un mandat d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour des crimes présumés commis à Gaza.
Selon Navi Pillay, les États-Unis appliquent un double standard. Elle souligne que Washington avait pourtant salué le mandat d’arrêt délivré par la CPI à l’encontre du président russe Vladimir Poutine. “C’est de la sélectivité, c’est faire deux poids deux mesures, et c’est inacceptable.”
Pour la lauréate, il y a actuellement peu de volonté politique d’arrêter M. Netanyahu pour qu’il réponde aux accusations de la CPI, et y comparaisse un jour. “Mais toute ma vie, j’ai vu des gens surmonter des difficultés, je suis donc convaincue que cela finira par arriver”, a-t-elle déclaré.
Mme Pillay a déclaré qu’elle était encore en train de digérer la nouvelle de l’attribution du Nobel. Elle a eu du mal à y croire au début, “car ils décernent leurs prix à très peu de femmes – une inégalité flagrante dans la pratique jusqu’à présent”.
À 85 ans, elle craint de ne plus pouvoir voyager partout dans le monde pour vanter les mérites de la justice internationale. “Je pense que mon âge va quelque peu me freiner. Je ne peux plus être aussi active qu’avant”, a-t-elle déclaré, rappelant qu’elle s’était rendue dans 79 pays lorsqu’elle était Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
Elle envisage d’investir une partie de la récompense de 12 millions de couronnes suédoises (environ 1,1 million d’euros) dans des projets éducatifs dans son pays natal, l’Afrique du Sud.
“L’Afrique souffre. L’Afrique du Sud souffre. Il est très difficile d’y lever des fonds”, a-t-elle expliqué. “L’université du KwaZulu-Natal a créé une unité à mon nom, je vais donc entamer des discussions avec eux. Je crois en l’éducation des enfants et des jeunes.”