Deux ans après son expulsion d'Italie pour présumé radicalisme religieux, Mame Fily Sall se confie à Dakaractu : « J'ai été accusé à tort... Je vais rebondir! »

Son histoire a fait beaucoup de bruit à l'Extérieur et au Sénégal. Lui, c'est Mame Fily Sall. Footballeur professionnel promis à un bel avenir, il s'est retrouvé du jour au lendemain cité dans une histoire de radicalisme religieux. Pour cette affaire, il a été expulsé d'Italie et a débarqué à Dakar escorté par deux policiers, le 15 mars 2018. Le jeune footballeur qui a été accueilli par la police sénégalaise n'a cependant pas été inquiété au Sénégal. Deux ans après, il tente de prendre un nouveau départ, cette fois-ci, en Turquie.


Pour Dakaractu, Mame Fily Sall a accepté de revenir sur cette mésaventure qu'il a vécue avec philosophie.

 

En 2018, après que la presse a fait de son expulsion d'Italie ses choux gras, Mame Fily Sall a préféré se taire. Un silence qui a duré deux longues années. « Je ne sais même pas pourquoi je vous parle. Plusieurs journalistes ont cherché à m'interviewer ». C'est le premier propos du footballeur qui semble en vouloir à la presse pour le traitement « partial » de cette affaire qu'il qualifie dès les premiers mots de « cabale ».

 

Mais avant d'entrer dans le fond, Mame Filly Sall accepte de refaire son parcours pour Dakaractu. Quand il a quitté le Sénégal, alors qu'il n'était qu'un adolescent, il atterrit en France. Passé par l'académie de formation Génération Foot (Situé dans le village de Déni Biram Ndaw à 43.5 km de la capitale, Dakar) qui a donné au Sénégal des stars du ballon rond (Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Habib Diallo), il flirte avec le club francilien du Paris Saint-Germain (PSG), mais n'aura pas le temps de développer son talent. Il est aussitôt parti en Italie, à Vicenza, dans le nord. Présenté à Chievo Verone par son agent italien, il a été prêté à un autre club, le temps qu'il atteigne la majorité. À la fin de la saison, raconte Filly Sall à Dakaractu, Salvatero Bagni, un ancien international italien devenu agent de football tombe sous son charme. En 2013, alors qu'il n'avait que 16 ans, la jeune pépite sénégalaise, milieu défensif de métier, intègre Hellas Verona, alors en deuxième division italienne. Au sein du groupe, il se fait vite remarquer et devient l'une des pièces maîtresses de l'équipe Pro B. Le club qui n'avait pas gagné le tournoi « Beppe Viola » depuis 60 ans a vaincu le signe indien avec la génération de Mame Fily. Le jeune footballeur sénégalais ajoute qu'ils ont multiplié les finales dont la plus prestigieuse fut celle du tournoi « Viareggio Cup ». 

 

 

Fily, la nouvelle étoile du Hellas Verona

 

 

Dans la foulée, en 2015, il est appelé en sélection nationale, dans la catégorie des moins de 20 ans (U20) avec les "Lionceaux' du Sénégal. Cette convocation sera la source de la première brouille entre le footballeur et son club. Les dirigeants auraient manœuvré pour l’empêcher de répondre à l'appel de la patrie. C'est du moins ce que soutient mordicus Mame Fily qui, malgré les réticences de son club, donnera une suite favorable à la convocation du sélectionneur Joseph Koto à la tête des fameux "Koto boys". D'ailleurs, on le voit dans une vidéo de l'équipe des U20 se lâcher sous les applaudissements de ses coéquipiers. Un moment de joie qui sera suivi d'une série d'épisodes cauchemardesques pour le sénégalais.

 

À son retour en Italie, il prend une décision radicale : quitter le club qui lui a permis d'éclore. « Ils ont raconté qu'ils m'ont mis à la porte. Mais tel n'est pas le cas. C'est moi même qui suis parti de mon propre gré. », corrige-t-il. Sur les raisons, il est plutôt évasif, mais évoque une incompatibilité d'humeur. « Je ne me voyais plus évoluer dans ce club », argue-t-il. La suite ne sera pas fameuse pour Mame Fily qui a cru pouvoir rebondir en France, au Havre Atletic Club (Ligue 2). « Mais ils n'ont pas compris que je mette un terme à mon contrat en Italie », semble regretter notre interlocuteur. Qui, encore de retour en Italie, parvient à intégrer une équipe en CFA mais c'est pour faire année blanche. Au Portugal, la chance ne lui sourit pas non plus. Retour à la case départ. Sauf que les prolongations vont se jouer sur un autre terrain qu'il ne connaît pas. La justice...

 

 

La fin d'une idylle... Bonjour les « bobos »

 

Un triste jour de l'année 2018 dont il ne veut même pas se rappeler, il est rattrapé par des carabinieri qui lui reprochent d'avoir brandi une arme devant une vendeuse de glace. « Ce jour là, j'étais avec un ami libérien que j'hébergeais en ce moment. De retour du supermarché où nous avions fait nos provisions, nous avons fait un crochet pour acheter des glaces. Quand nous sommes arrivés, il est allé acheter alors que j'étais en train de déballer un à un les articles que nous avons achetés au supermarché. Il se trouve qu'il y avait un couteau parmi les marchandises, mais c'était à usage domestique. Quand la vendeuse de glace l'a vu, elle a créé toute une histoire autour de ce couteau et a prévenu les policiers italiens. Alors que nous rentrions tranquillement, nous avons été stoppés par des agents qui nous reprochaient d'avoir menacé la vendeuse avec une arme blanche. Les choses se sont accélérées et on s'est retrouvé à la Caserne pour être entendus, or nous sommes totalement innocents», se remémore Mame Filly Sall qui dit avoir réclamé l'exploitation des images prises par les caméras de vidéosurveillance, en vain.

 

Le footballeur qui habitait en ce moment à Torrebelvicino, dans la province de Vicenza, dans le nord italien fait la une des journaux de son pays d'accueil. Il a failli tomber à la renverse lorsqu'il a vu qu'il avait été mêlé dans des histoires de radicalisme religieux. Pour quelqu'un qui ne revendique aucune piété, c'est un cauchemar. « Je peux vous dire que la mosquée n’était pas loin de chez moi, mais je n'y mettais même pas les pieds », assure-t-il. Par contre, Mame Fily Sall se réclame du mouridisme et dit haut et fort qu'il est « talibé de Serigne Touba ». « Ça, je l'ai dit aux policiers », avoue-t-il, fier. Aux accusations selon lesquelles, il était devenu un féru d'internet à la recherche de méthode de fabrication d'arme pour éventuellement faire une action contre l'Italie pour laquelle il garderait une rancune, il répond par un fou rire. « C'est vraiment des histoires à dormir debout. Je ne cautionne pas le terrorisme. Pour moi, les terroristes ne sont pas des musulmans. Ôter une vie revient à tuer toute l'humanité », philosophe Mame Fily qui dit avoir vécu très mal le fait que son nom ait été mêlé au terrorisme.

 

 

Aussi s'attaque-t-il à l'argument ayant trait au manque de perspective qui l'aurait poussé à se radicaliser. « Je n’étais pas dans le besoin. Il est vrai que j'étais sans club mais des gens très influents dans le milieu du football me donnaient de l'argent. C'est vous dire que je n'avais pas besoin de tomber dans des travers pour tirer mon épingle du jeu », martèle Mame Filly. Mais son sort était déjà scellé. C'est son avis ! « Des gens puissants m'en voulaient pour des raisons que j'ignore et du jour au lendemain, je me suis retrouvé au bureau du juge. Il m'a fait savoir que je voulais fabriquer une arme, j'ai répondu par la négative. Mais les policiers n'ont même pas donné au juge le temps de m'entendre, l'un d'entre a glissé au magistrat que l'avion était déjà prêt et qu'il fallait qu'on parte », se rappelle l'ancien sociétaire de Hellas Verona.

 

En mars 2018, il débarque malgré lui à l’aéroport de Diass et est accueilli par la police sénégalaise. L'ambassadeur de l'Italie était aussi présent, mais c'était juste pour constater que le « colis » est bien arrivé. « Je me suis plaint auprès des policiers sénégalais, mais ils m'ont dit qu'ils étaient impuissants face à ma situation », geint encore Fily Sall qui n'a pas aimé la position neutre affichée par l'ambassadeur du Sénégal en Italie. « Ils ont laissé ces gens me causer beaucoup de tort sans lever le plus petit doigt », s'indigne-t-il. Au Sénégal, il ne sera pas inquiété par les autorités. C'est son lot de consolation. Il fait contre mauvaise fortune, bon cœur et rentre chez son oncle, à Mbao.

 

Nouveau départ...en Turquie

 

Conscient qu'il n'est qu'à l'aube de sa vie, il décide de reprendre les choses en main. C'est ainsi qu'il a déménagé aux Parcelles assainies où il a repris goût à la vie. Le jeune footballeur qui ne souhaite pas se prononcer sur sa vie privée, se remet aux entraînements et grâce à des connaissances qu'il a rencontrées dans le milieu du sport roi, il parvient à battre des ailes à nouveau.

 

Depuis quelques 5 mois, Mame Fily Sall vit à Istanbul (Turquie) et caresse l'espoir d’être recruté par un club. « Je suis actuellement en Turquie et je reçois beaucoup de propositions. Mais je dois les étudier pour ne pas refaire les mêmes erreurs », assure l'amoureux du ballon rond. Il s'est promis de rebondir car il est convaincu qu'il a une place au soleil du foot...

 

 

 


Deux ans après son expulsion d'Italie pour présumé radicalisme religieux, Mame Fily Sall se confie à Dakaractu : « J'ai été accusé à tort... Je vais rebondir! »


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Mardi 17 Mars 2020
Dakaractu




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