Face au silence de la Cour des comptes, l’avocat de Macky Sall brandit la mise en demeure
Dans un entretien exclusif accordé à L’Observateur, depuis Paris, Me Pierre-Olivier Sur, coordonnateur du collège d’avocats et d’experts financiers de l’ancien président Macky Sall, est sorti de son mutisme. Face aux accusations de « dette cachée » qui secouent le débat public, l’avocat français dénonce des « manipulations politiques » et réclame un débat « transparent, contradictoire et ultra technique » sur la réalité des chiffres.
« En l’absence de réponse du ministère des Finances et de la Cour des comptes, nous prévoyons une mise en demeure formelle », a prévenu Me Sur dans les colonnes de L’Observateur.
Une “démarche de vérité” face à l’histoire
Selon Me Sur, la démarche engagée au nom de l’ancien chef de l’État n’a rien d’une manœuvre politique, mais d’un devoir de clarté :
« Notre démarche est une démarche de vérité face à l’histoire contemporaine du Sénégal. »
L’avocat rappelle que sous la présidence de Macky Sall, le Produit intérieur brut du pays « a été multiplié par deux », et que jamais auparavant « les Sénégalais n’avaient eu autant accès à l’eau, à l’électricité et aux infrastructures modernes ».
C’est donc pour « restaurer la vérité économique » que le camp de Macky Sall a saisi le ministère du Budget et la Cour des comptes, afin d’obtenir tous les documents permettant d’évaluer objectivement la situation : lois de règlement, rapports de l’Inspection générale des finances et pré-rapports de la Cour des comptes.
Des “revirements opportunistes” pointés au sommet de l’État
Au-delà des considérations économiques, Me Sur déplore une instrumentalisation politique du dossier.
Il s’interroge notamment sur le rôle de certains hauts responsables qu’il accuse de « retourner leur veste » pour conserver leurs postes.
Il cite notamment Al Aminou Mouhamed Lo, actuel ministre d’État, ancien directeur national de la BCEAO sous Macky Sall, qu’il accuse de reniement politique.
L’avocat soulève également des interrogations autour du cabinet Forvis Mazars, dont il exige la clarification du mandat, de la mission et de l’indépendance :
« Il conviendra de vérifier si oui ou non, il a été mandaté, et par qui, dans quel cadre, et avec quelles garanties d’indépendance. »
Un débat économique, pas politique
Pour Me Sur, les accusations de « dette cachée » relèvent d’une méconnaissance des mécanismes de la comptabilité publique. Il rappelle que certaines dettes dites hors bilan sont légitimes dans les standards internationaux et ne peuvent être assimilées à une fraude :
« Il est impossible pour un État structuré comme le Sénégal de maquiller sa dette publique de 7 à 10 milliards de dollars, sauf à entrer dans l’absurde. »
L’avocat appelle à recentrer le débat sur la méthodologie et les faits :
« La vérité ne sert pas un camp, elle sert le Sénégal. »
Le FMI au centre des interrogations
Interrogé sur les propos tenus par la directrice générale du FMI évoquant un possible « misreporting » (erreur de déclaration), Me Sur estime que ces termes ont été mal interprétés :
« On ne peut pas traduire “misreporting” par “fausse déclaration” ou “dette cachée”. Les mots ont un sens. »
Il appelle le FMI à publier un rapport clair et méthodologique, tout en saluant la « démarche responsable » annoncée par le chef de mission du FMI au Sénégal, Edward Gemayel, pour faire la lumière sur le dossier.
Une procédure légale à venir
Face au silence du ministère du Budget et de la Cour des comptes, l’avocat annonce une escalade juridique :
« Si cette voie amiable demeure infructueuse, nous n’excluons pas d’introduire un recours en référé ou de saisir toute autorité judiciaire compétente. »
Son arrivée à Dakar cette semaine devrait d’ailleurs marquer une nouvelle étape dans cette bataille juridique et politique, alors qu’il doit rencontrer la presse et finaliser plusieurs démarches procédurales.
“Le Président Macky Sall n’a rien à cacher”
Enfin, Me Sur assure que son client vit cette situation « avec calme et confiance ».
« Le Président Macky Sall demeure attaché à la transparence et à la reddition des comptes. Il sait que la vérité finira par s’imposer. »
Selon l’avocat, il s’agit de « sortir du politique pour revenir au droit et à la rigueur des chiffres », car au final, « la vérité ne servira pas Macky Sall, mais le Sénégal ».