Désinformation au Sénégal : WhatsApp, comptes suspects et chroniqueurs dans le viseur de Paradigm Initiative


La désinformation gagne du terrain en Afrique, portée notamment par les réseaux sociaux, les messageries privées et la multiplication de contenus dont la fiabilité n’est pas toujours établie. 

À Dakar, lors de la restitution des résultats de la recherche « L’Afrique face à la désinformation », ce jeudi 15 octobre 2026, Moussa Waly Sène, responsable des programmes pour l’Afrique francophone chez Paradigm Initiative, a mis en lumière les mécanismes de propagation des fausses informations et les défis qu’ils posent aux citoyens, aux médias et aux pouvoirs publics.

Parmi les principaux enseignements de cette recherche menée dans six pays africains — le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Sénégal — figure le rôle central des messageries privées dans la circulation de fausses informations. « WhatsApp… est un moteur de transmission de désinformation qui est très puissant et qui est très difficile à contrôler », a souligné Moussa Waly Sène. Selon lui, le phénomène ne se limite pas à Internet, les fausses nouvelles peuvent également circuler dans les marchés, les espaces communautaires et les groupes familiaux, où elles sont relayées d’un interlocuteur à l’autre sans vérification systématique.

Autre constat relevé par l’étude : une intensification de la désinformation à l’approche des élections. Moussa Waly Sène évoque notamment l’apparition de comptes récemment créés, disposant de peu d’historique, susceptibles de participer à des tentatives d’influence de l’opinion publique. Face à ces pratiques, il estime nécessaire d’examiner des réponses adaptées, y compris sur le plan législatif, en envisageant des sanctions lorsque les faits de désinformation sont établis et dûment prouvés. Une éventuelle réponse juridique soulève toutefois un enjeu majeur : lutter contre les manipulations sans porter atteinte à la liberté d’expression ni au droit à l’information.

S’agissant des recommandations nationales, le responsable de Paradigm Initiative insiste sur la nécessité de renforcer la collaboration entre les acteurs engagés dans la lutte contre la désinformation. Il relève que plusieurs initiatives peuvent parfois se chevaucher, au risque de disperser les efforts. Une meilleure coordination permettrait, selon lui, de mutualiser les ressources et d’améliorer l’efficacité des actions. Il plaide également pour une éducation aux médias plus poussée, afin de permettre aux citoyens de distinguer les informations crédibles des contenus trompeurs et d’adopter des réflexes de vérification avant tout partage.

Le dernier point, particulièrement sensible, concerne le rôle des professionnels des médias dans un environnement informationnel en pleine mutation. S’appuyant sur les conclusions attribuées à la chercheuse sénégalaise Dr Yacine Diagne, Moussa Waly Sène estime que les journalistes doivent pleinement assumer leur mission de vérification et de traitement rigoureux de l’information. Il met en cause la progression de contenus produits par certains chroniqueurs qui, selon son analyse, peuvent contribuer à la propagation d’informations trompeuses lorsqu’ils ne respectent pas les exigences de vérification journalistique. Une interpellation qui rappelle l’importance de la responsabilité éditoriale, sans pour autant assimiler l’ensemble des chroniqueurs à des acteurs de la désinformation.

Vendredi 16 Octobre 2026
Dakaractu