Des milliards immobilisés et des dépenses sans justificatifs : Le scandale du matériel agricole subventionné révélé par la Cour des comptes au MASEA


Un rapport de la Cour des comptes met en lumière de sérieuses défaillances dans la gestion du matériel agricole subventionné au Sénégal, impliquant La Banque agricole (LBA) et le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE).

 

La LBA, liée au ministère par une convention de partenariat depuis 2018, révisée en juillet 2024, est chargée d’octroyer des prêts aux bénéficiaires de matériel agricole subventionné pour couvrir la part non prise en charge par l’État. Or, les magistrats de la Cour relèvent que la banque perçoit des frais de dossier, des intérêts et des pénalités de retard, alors même qu’elle n’engage aucune ressource propre et n’assume aucun risque financier réel. Les fonds proviennent en effet des apports personnels des bénéficiaires, logés dans des comptes séquestres gérés par la LBA elle-même, sans supervision indépendante. La Cour recommande qu’une tierce entité assure cette gestion afin d’éviter tout conflit d’intérêts.

 

La LBA n’a jamais transmis au ministère les rapports semestriels sur les dossiers traités, pourtant expressément prévus par les deux conventions successives. Résultat, le Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE) ne dispose d’aucune visibilité sur l’état des prêts accordés, ni sur les recouvrements effectués. La situation financière révélée est encore plus préoccupante. Un compte-relais ouvert à la LBA au nom du programme de cession de matériel agricole affiche un solde créditeur de plus d’1,656 milliard de francs CFA, accumulé depuis octobre 2021. Ces ressources n’ont jamais été mobilisées ni inscrites dans les lois de finances, en violation des dispositions de la loi organique relative aux lois de finances. Le DAGE impute ce blocage à des restrictions imposées par la LBA ; le directeur général adjoint de la banque affirme, lui, qu’aucune limite n’a été posée. La Cour des comptes laisse ce différend en suspens, mais exige du ministère des Finances qu’il prenne les mesures nécessaires pour récupérer ces fonds.

 

Enfin, les magistrats constatent que le DAGE a exécuté, entre 2022 et 2025, des dépenses d’un montant total de 2,169 milliards de francs CFA sur ces ressources, sans passer par un comptable public habilité, sans régie d’avance régulière et sans que les marchés correspondants aient été soumis à la cellule de passation des marchés du ministère. La quasi-totalité des justificatifs réclamés n’a pas été produite. Ces irrégularités traduisent, selon la Cour, une absence totale de contrôle interne sur un compte de dépôt qui n’a jamais fait l’objet d’un audit.

 

Le ministre Mabouba Diagne a indiqué qu’il entend inscrire la vérification de ces comptes dans le plan de travail annuel de l’inspection interne du département. La Cour prend acte de cet engagement, tout en formulant quatre recommandations fermes à l’adresse des ministres de l’Agriculture et des Finances.

Vendredi 15 Mai 2026
Dakaractu