Démantèlement d’une mafia des faux documents d’état civil à Saint Louis : Plus de 200 fausses pièces d’identité saisies


La Direction nationale des investigations et des traces (Dnit) vient de porter un coup sévère à un réseau spécialisé dans la falsification de documents officiels sénégalais. Deux individus, Abdoulahi Bah (alias Abdoulaye Ba) et Yancouba Diallo, ont comparu devant le Procureur de la République du tribunal de grande instance de Saint-Louis, rapporte Libération. Ils sont poursuivis pour association de malfaiteurs, falsification et usage de faux documents, obtention frauduleuse de pièces administratives et faux en écritures publiques.
 
L’affaire a débuté lors d’une opération de surveillance menée par le commissaire spécial de Rosso sur les passages frontaliers clandestins, notamment dans la zone de Thiambène. Un individu a été interpellé en possession d’un ensemble de documents suspects : une carte d’identité nationale sénégalaise, un permis de conduire, un passeport guinéen et un certificat de nationalité sénégalaise, tous établis au nom d’Abdoulaye Ba, né le 29 janvier 1985 à Thiès, se présentant comme fils d’Aliou Ba et de Maimouna Bah, maître coranique résidant à Thiès.
 
Le suspect prétendait que son père, Aliou Ba, né le 20 août 1965 à Thiès et reconnu comme maître coranique, lui avait transmis une copie de sa carte d’identité utilisée dans les démarches administratives.
 
Un vaste réseau mis au jour
 
Les investigations de la Dnit ont révélé une toute autre réalité. Dans les fichiers de 2023, les enquêteurs ont découvert que l’épouse du suspect, Salmata Sow, de nationalité guinéenne, née le 3 mars 2000 à Boki Dialloubé et détentrice de la carte d’identité nationale N° 2.318.2000.00723, avait déjà été arrêtée pour obtention frauduleuse de documents administratifs.
 
Selon Libération, parmi les pièces saisies figuraient notamment une carte d’identité guinéenne au nom d’Abdoulaye Bah né le 29 janvier 1985 à Thiès, un extrait de naissance guinéen d’Alpha Ahmadou Diallo né le 8 juin 2010 à Famefili (sous-préfecture de Télire, préfecture de Mali), un passeport ordinaire guinéen N° R0258874 au nom de Mamadou Dian Diallo, ainsi qu’un jugement supplétif guinéen pour Diallo Alpha Amadou.
 
S’y ajoutaient également un extrait de naissance N° 6683 de 2025 de la commune de Tambacounda au nom de Mamadou Ba né le 11 novembre 2011, une copie intégrale avec références, une carte de résident mauritanienne au nom d’Abdoulaye Bah né le 1er janvier 1986 à Kouloube, et plusieurs actes de naissance de 2024 provenant de la commune de Ndame (arrondissement de Bamba Thialène) enregistrés aux noms d’Ousmane Ba (né le 4 mai 2021 à Darou Salam Thièkène) et d’Abdoulaye Ba (né le 1er janvier 1992 à Darou Salam).
 
Les aveux d’un complice
 
Interrogé sur ses complices, Abdoulaye Ba a désigné Yancouba Diallo comme celui qui l’a aidé à obtenir illégalement des actes d’état civil à Tambacounda et Ndame. Arrêté à Tambacounda puis transféré à Saint-Louis, Yancouba Diallo, qui se présente comme commerçant et intermédiaire administratif, a reconnu les faits qui lui sont reprochés, à l’exception des documents provenant de la commune de Ndame (Tambacounda). Il a admis avoir sollicité différents services administratifs pour obtenir des jugements autorisant l’inscription de naissances ainsi que des certificats de nationalité.
 
Une perquisition accablante
 
La fouille du domicile du suspect a mis en évidence l’ampleur industrielle de ce trafic et ses liens étroits avec des fonctionnaires locaux corrompus, révèle le journal. Cette complicité lui a permis d’obtenir massivement des documents au bénéfice de ressortissants étrangers.
 
Les enquêteurs ont ainsi saisi deux lots massifs comprenant 219 photocopies de cartes d’identité sénégalaises, principalement d’adultes des deux sexes, destinées à servir de faux documents de filiation pour des clients étrangers. À cela s’ajoutent 121 extraits de naissance de la commune de Tambacounda et environ 29 certificats de non-inscription de naissance, dont 14 vierges.
 
Le butin comprenait également 125 extraits de minutes de greffe (dont 10 vierges), 60 copies intégrales d’actes de naissance (dont 4 vierges provenant des mêmes communes), 24 jugements d’autorisation de naissance (dont 15 vierges), 11 certificats de résidence de la commune de Tambacounda, 12 extraits du casier judiciaire « bulletin trois » (dont 8 vierges), 3 certificats de non-opposition à appel, 18 jugements d’autorisation d’inscription tardive, 2 avis d’audiences publiques de vacation, 13 actes d’état civil « volets 1 » des communes de Tambacounda et environs, ainsi que 3 certificats de non-inscription de décès, détaille Libération.
Mercredi 28 Janvier 2026
Dakaractu