Declaration de patrimoine: Le vrai débat! (Par ABC)


Un débat sur la déclaration de patrimoine n’est pas nécessairement incongru dans un Etat démocratique. Ce qui est en revanche problématique, c’est la malice avec laquelle certains posent les termes de la discussion. Ce débat, pour autant qu’il soit très utile, n’en présente pas moins des pièges, dès lors que certains  l’engagent en oubliant volontairement le sens essentiel de la pratique. Le volume et l’origine du patrimoine ne sont peut-être pas dénués de tout intérêt. On peut effectivement en parler, sans pour autant en faire l’objet essentiel du débat, en occultant le sens et la signification d’une telle déclaration. 

Il me semble que la question du volume et celle de l’origine, sont assez réductrices de l’intérêt du débat. Réductrices, en ce qu’elles empêchent de saisir dans son essence la signification politique, morale et éthique attachée à l’obligation juridique incombant au chef de l’Etat et aux hautes autorités entrant nouvellement en fonction. Une partie du débat entretenu sur la déclaration de patrimoine et certains arguments utilisés dans la discussion apparaissent, sous certains rapports, comme des tentatives de torpiller la volonté d’aller jusqu’au bout de la guerre qu’il faut impitoyablement livrer contre tous les délinquants à col blanc. Nous n’avons pas la prétention de nier aux autres le  droit de poser le débat dans les termes qui leur conviennent. Loin s’en faut ! Nous pensons cependant sincèrement qu’en insistant trop et presque exclusivement dans le sens voulu par certains commentateurs, on risque d’occulter la question fondamentale de la gouvernance d’Etat. On l’occulte, telle qu’on veut désormais la concevoir et l’appliquer, à la lumière de l’esprit de  la déclaration de patrimoine et de la pratique qui l’organise. Elle se présente comme un pari sur l’avenir. Il importe, alors, d’en saisir la portée politique. 
Heureusement, notre pays dispose de réelles atouts pour travailler à l’installation d’une gouvernance vertueuse. 

De nombreux citoyens sont préoccupés par deux questions majeures. Celles-ci occupent tous les esprits des hommes et des femmes imbus des valeurs démocratiques, mais surtout épris de justice sociale : comment éviter la catastrophe en matière de gouvernance et comment installer, en définitive, la morale et l’éthique au cœur de l’action politique ? Les deux termes de cette interrogation renvoient à l’idée d’une gouvernance éthique efficace et  inscrite dans la durée, pour tout ce qui concerne la conduite des politiques publiques et la gestion de l’Administration publique. 

La  pratique politique n’est pas obligatoirement chevillée à un code moral. On se demande souvent si la politique et la morale font bon ménage. En tout état de cause, celle-ci ne peut se concevoir sans cette morale et cette éthique qui doivent guider toute conduite humaine. 

Le constituant sénégalais a prévu et organisé la déclaration de patrimoine dans le sens et dans l’esprit d’une meilleure gouvernance. Celle en  cours, malheureusement, après avoir écouté Ousmane Sonko dimanche sur les ondes de Walt Fadjri, nous paraît, tel un instrument d’extorsion des biens et des ressources de l’Etat. Tout a été, manifestement, organisé dans ce contexte,  comme une machine de spoliation, méthodiquement mise en branle. En suivant le Président de l’Assemblee nationale se défausser sur ses anciens camarades et les anciens premiers ministres,  accuser l’Administration et les autres services publics, on n’a pas pu s’empêcher de croire à une entreprise folle, anti-progrès, un instrument d’organisation de désordre plutôt que d’ordre. Que dire de la séquence liée à sa demande de rallonge? Ici, le détournement est même avoué par l’auteur des diatribes contre le ministre de Finances Cheikh Diba (3 milliards FCFA introuvables) et Mimi Touré (pointée du doigts pour un enrichissement sans cause portant sur plus de 2 milliards FCFA). 

À la lumière de ce que débite Sonko, on pourrait croire que le centre du pouvoir ne s’est jamais mis en dehors d’un système de prédation institutionnalisée, faite de détournements de deniers publics, de trafics d’influence, etc. C’est pourquoi, tout ce qui est à la disposition de l’Etat, tous les moyens de droit, les procédures diverses et autres textes doivent être utilisés, sans faiblesse ni sévérité indue quand les biens de la nation sont en jeu. Aucun débat, juste ou spécieux, malicieux ou insidieux, aucune diversion orchestrée ne doivent sauver les prédateurs. 

En attendant, les sorties de l’ancien Premier ministre, jurant la main sur le cœur ne pas vouloir déstabiliser le pouvoir et les institutions de la République ne sont rien d’autre que de la diversion. Ses dernières interventions médiatiques et à travers les réseaux ne sont que de la fanfaronnade. Sans consistance ! En réalité, Sonko bluffe. Il est cependant conscient que par ses sorties à l’emporte-pièce, il peut momentanément troubler certaines âmes fragiles. Ni plus. 

Alioune Badara COULIBALY 
(Porte parole APR)
Lundi 17 Aout 2026
Dakaractu