« La sagesse consiste à savoir peupler sa solitude et à s'isoler parmi la foule » (Charles Baudelaire)
Le débat sur le troisième mandat vient de connaître son épilogue, avec la décision prise par le Président Macky SALL de ne pas être candidat à sa propre succession, à l'occasion de l'élection présidentielle du 25 février 2024.
" Ni oui, ni non", telle était la réponse, invariablement servie, à tous ceux qui l'interpelaient sur la question.
Ce suspens qu'il a maintenu et corrélé à son agenda politique et étatique lui a valu toutes sortes d'interpellations, d'invectives, de défiances et de menaces.
Il a aussi conduit une large part de l'opinion à lui prêter une volonté manifeste, difficilement masquée, de vouloir briguer un troisième mandat. Et les actes ne manquèrent pas pour conforter les tenants d'une telle hypothèse.
In fine, son adresse à la Nation, tant attendue, de ce lundi 03 juillet, aura eu le mérite de lever le doute, même si dans la tête de certains » Saint Thomas, celui-ci persiste… C'est leur droit. Moi, non, je crois à sa parole et sincèrement !
Passé cet épisode, le Président Macky SALL, par sa décision responsable et sa posture républicaine, en ce moment décisif et crucial de la vie de notre Nation, met, à l'actif de notre démocratie, un palier de plus, bien au-dessus de ceux déjà posés par ses illustres prédécesseurs.
De Senghor à Wade, en passant par Diouf, tous ont, malgré leurs bilans mitigés et controversés, posé des actes consolidant notre vécu et notre trajectoire démocratiques.
De Senghor, on retiendra la transition et la passation de pouvoir pacifique faite avec son premier ministre d'alors, Abdou Diouf. Bien que cela soit fait en dehors de toute compétition électorale, ce fut, tout de même, en respect des dispositions constitutionnelles.
Diouf, quant à lui, dans un contexte de morosité économique, marqué de surcroît par la régularité des coups d'État, en terre africaine, aura, tout de même, rendu effectif le multipartisme et maintenu la stabilité de notre pays.
Mais, on gardera surtout en mémoire son fameux coup de fil à Wade pour le féliciter, ouvrant ainsi la voie, en 2000, à la première alternance démocratique dans notre pays.
Rappelons qu'il avait organisé les élections et les avait perdues, ce qui n'était pas monnaie courante en Afrique.
Je reste encore admiratif de son silence et de sa retenue sur la gouvernance de notre pays après son départ du pouvoir. Cela s'appelle l'élégance républicaine !
Wade aura été, incontestablement, l'architecte de la démocratie sénégalaise, tant par son parcours exemplaire d'opposant que par la consolidation des libertés individuelles et publiques sous son magistère.
Il aura, surtout, démontré sa grosse capacité d'encaisse et sa posture d'ainé et de sage en des moments critiques de notre vie politico-institutionnelle.
Qui ne se souvient pas du retrait de son texte controversé sur le ticket présidentiel.
Il est clair que, tous, pris individuellement, leur gouvernance n'est pas exempte de manquements.
Mais, chacun eut le mérite de poser un acte pour la postérité et pour la consolidation de notre marche démocratique.
Ils ont su, en un moment crucial, écouter les pulsions du peuple et refuser de verser dans l'entêtement irraisonné.
Dans leur sillage, Macky vient de s'illustrer de fort belle manière en renonçant à se présenter à un troisième mandat.
La salve de messages de félicitations, émanant des quatre coins du monde, des multiples chancelleries et des plus hautes instances internationales, est, suffisamment, révélatrice de l'admiration du monde pour notre modèle démocratique et pour le leadership du Président Macky SALL.
Chacun peut y aller de ses interprétations et de ses explications.
Ce que je retiens, c'est surtout la grandeur d'esprit et la posture courageuse adoptée en cette circonstance, car il est clair qu'en de pareilles situations, seule la solitude, dans la prise de décision, guidée par notre profonde conviction et notre libre arbitre, peut nous extirper des tentations maléfiques.
C'est cela aussi la marque des grands leaders. Savoir dire non quand tout vous prédispose à dire oui !
Ce rappel historique, à portée pédagogique, nous enseigne que les grandes avancées démocratiques acquises par notre pays ont été, en plus des forts consensus obtenus lors des différents dialogues politiques, le fruit des nobles décisions et postures républicaines de nos différents leaders en des moments précis de notre trajectoire politique.
Elles n'ont pas été obtenues au bout du canon, sous la pluie des projectiles ou encore dans la fumée suffocante des lacrymogènes et autres pneus brûlés.
J'en tire aussi l'enseignement que notre modèle démocratique, assez éprouvé, a son propre métabolisme qui n'a point besoin d'adjuvant, encore moins des élucubrations puériles d'un avocat qui, sous des allures arrogantes et condescendantes, veut nous indiquer la voie à suivre.
Que Juan Branco s'agite, me laisse de marbre !
Mais, qu'il ait des relais internes qui lui servent de caisse de résonnance, pendant que, pour d'autres causes, on prône le nationalisme et la fierté patriotique me paraît incohérent voire infantilisant...
Mais bref, on ne peut espérer mieux.
En attendant, je suis curieux de savoir ce que nous proposent nos aspirants à la magistrature suprême.
Ma petite expérience d'observateur de la scène politique nationale me montre qu'à l'approche des élections, notamment présidentielles, le débat est souvent d'une indigence programmatique affligeante, écœurante.
Pendant des mois, on nous a servi, de manière compulsive et obsessionnelle, le débat sur le troisième mandat à telle enseigne que, même quand le principal concerné décide d'y mettre fin, on s'y agrippe encore de manière presque maladive.
Je parie qu'après, on passera au parrainage, au fichier, au bulletin unique, à l'indépendance du ministre de l'intérieur et tutti quanti.
J'espère seulement qu'à l'arrivée on ne nous dira pas qu'on était occupé à combattre le troisième mandat au point qu'on a pu rien proposer d’autre.
Et pourtant, Dieu sait que les sujets et thématiques ne manquent guère. J'en ai, suffisamment, parlé dans mon post sur le dialogue national.
Rien que la problématique sécuritaire, dans un contexte sous régional de montée des extrémismes religieux et national d'exploitation des ressources gazières et pétrolières, est un vaste programme de campagne.
Mais, les spécialistes des officines politiques, dans un simplisme analytique et caricatural, s'empresseront de ranger cette question dans la rhétorique et l'argumentaire complotistes.
Penser disposer d'autant de ressources et penser les exploiter en toute quiétude, en dormant et en ronflant à poings fermés, ne peut relever que d'une impardonnable cécité politique pour un aspirant à la magistrature suprême.
Pour revenir au PR Macky SALL, mon avis est qu'il devrait, dans les mois nous séparant de la présidentielle, poursuivre le renforcement des bases sécuritaires de notre État et de notre système de défense, à l'aune des menaces asymétriques qui pèsent sur notre sous-région, mais aussi en tenant compte des appétences et autres convoitises que notre statut de pays pétrolier et gazier ne manque pas de susciter.
Vider aussi tous les contentieux politico-judiciaires dans un esprit de justice, de cohésion, d'apaisement et de renforcement de notre vivre-ensemble.
Ainsi, il aura légué un État fort et robuste à son successeur !
Vive la République !
Vive le Sénégal !
Dakar, le 05 juillet 2023
Par Habib Léon NDIAYE - Administrateur Civil