Décès du Général Abdoulaye Diop : "Le dernier garde-à-vous d'un géant de la République" ( Par Ibrahima NDOYE , Vice-Président Conseil Départemental Thiès - Ancien Ministre)


Le jour s'est levé ce matin sur une blessure silencieuse pour la Police nationale, la haute administration républicaine et le terroir du Diender. 

 

Le Général Abdoulaye Diop, ancien Directeur de la Sûreté urbaine, ancien Directeur du poste stratégique de la Sécurité publique, élevé au rang de Contrôleur général de la Police, a déposé les armes de la vie après un long et digne combat contre la maladie. Il laisse derrière lui le sillage lumineux d'une existence entièrement vouée à la protection de la Patrie, à la défense des Institutions, à l'amour de sa terre natale et au culte de l'amitié.

 

Il est des hommes dont le départ ne fait pas de bruit, mais dont l’absence fait trembler les murs des Institutions qu’ils ont servies et vibrer le cœur des terroirs qui les ont vus grandir. 

 

Ce matin, le drapeau national semble flotter un peu plus bas, lourd d'une tristesse partagée, saluant le départ d’un de ses plus illustres fils. 

 

Surnommé affectueusement "Albourah", le Général Abdoulaye Diop n’est plus, mais son ombre tutélaire plane désormais sur les pas de chaque homme et femme en uniforme, comme sur les champs fertiles de sa contrée d'origine, Diender.

 

Pour les natifs de la zone que nous sommes, Abdoulaye Diop était bien plus qu'un haut gradé. Il était l'enfant du village de Keur Matar Guèye, situé à quelques encablures de Pout. 

 

Dès les bancs de l'école, alors que nous étions que de jeunes collégiens, nos parents et nos aînés voyant déjà en lui l'incarnation parfaite de la réussite et du devoir le donnaient inlassablement en exemple à suivre, le symbole vivant de ce que signifie avoir une histoire profonde et charnelle avec son terroir natal. Sa disparition est ressentie aujourd'hui dans notre contrée comme une perte incommensurable. 

 

Homme de cœur, il a marqué les esprits et conquis les âmes grâce à un engagement citoyen sans faille et à des œuvres sociales innombrables en faveur des populations.

 

Le Général ne coupait jamais ses racines. Agriculteur à ses heures perdues, il retournait à la terre avec la même passion et la même rigueur qu'au commissariat. 

 

Par son amour du sol, il a inspiré tous les jeunes cadres de notre terroir et toute une génération d'intellectuels. 

 

Nombreux sont ceux qui ont fini par suivre son exemple en investissant le secteur agricole pour contribuer à valoriser les immenses potentialités économiques et agricoles de la zone des Niayes.

 

Il incarnait la générosité humaine jusqu'au summum de toutes les possibilités, tendant la main sans jamais compter. Sa belle réputation avait une dimension nationale et nous en étions fiers.

 

Pendant des décennies, il a porté l’uniforme comme un sacerdoce. Homme de terrain et grand stratège de la sécurité publique, il a forgé son image pétillante  au cœur des unités de maintien de l'ordre à Dakar en tant que Commandant du Corps urbain, avant de prendre les rênes du prestigieux et névralgique Commissariat Central de Dakar.

 

Mais c'est à la tête de la Direction de la Sûreté urbaine qu’il va marquer de façon indélébile l’histoire de l'institution. Il y a effectué un travail d’une qualité exceptionnelle et de haute facture, veillant au grain face aux défis les plus complexes de la capitale. C'est d'ailleurs au lendemain direct de son départ de ce poste névralgique que la Nation, reconnaissante de ses immenses services rendus, l'a élevé au rang de Contrôleur général de la Police, l'équivalent de Général dans le corps policier. Il a ainsi veillé sur la République avec la force du sage et protégé les siens avec le cœur d'un père.

 

Aujourd'hui qu'il a tiré sa révérence, une scène impérissable revient hanter les mémoires et inonder les réseaux sociaux : sa déclaration historique devant ses hommes, lors d'une mission de sensibilisation menée il y a quelques années. Ce jour-là, Abdoulaye Diop ne s'était pas contenté de commander ; il avait transmis une âme.

 

S'appuyant sur des références religieuses qui atteignaient les cimes de la plus haute spiritualité, il avait indiqué avec une clarté absolue la voie à suivre aux hommes de tenue dans leurs rapports avec les citoyens. 

 

Véritable cours magistral d'anthologie, ce discours puissant était bâti sur le socle de sa riche expérience, de ses convictions personnelles profondes et des valeurs régaliennes de l'État adossées aux exigences strictes de la République. Le chef rappelait à ses troupes que l'uniforme est un outil de protection et de respect, jamais d'oppression. Ses mots, devenus viraux, résonnent aujourd'hui comme un testament moral pour toute la police sénégalaise.

 

Au-delà du chef de police, le Général Abdoulaye Diop était un repère pour les grands commis qui font marcher la République. Pour ceux qui ont évolué dans les plus hautes sphères de l'État  et qui ont eu à entretenir des relations intimes avec lui. 

 

De la Primature à la Présidence de la République, en passant par les bancs de l'Assemblée nationale et les travées du Conseil économique et social, je peux en témoigner personnellement avec une émotion particulière. 

 

Au-delà des conseils avisés et précieux dont il savait me faire bénéficier, il m'était possible de toucher du doigt, à son contact, la pureté de son engagement.

 

Son amour pour sa patrie était tout simplement sans mesure. Il était un authentique soldat du devoir, un officier supérieur viscéralement et indéfectiblement attaché aux valeurs cardinales de la République et aux exigences de l'intérêt général.

 

Mais derrière le grand commis de l'État et l'officier supérieur se cachait un frère, un ami, un compatriote digne et une référence morale et sociale absolue. 

 

L'épreuve de la maladie est venue rappeler cruellement que la vie tient à peu de chose. Ceux qui l'ont visité sur son lit d'hôpital à Principal, alors qu'il venait d'être interné, n'ont pu retenir leurs larmes devant le spectacle de ce corps jadis si plein d'énergie et d'embonpoint, désormais terrassé par la souffrance, au point qu'il lui était devenu impossible de placer un mot sans souffrir.

 

Pourtant, en dépit des tourments physiques les plus extrêmes, Abdoulaye Diop est resté digne, fidèle à lui-même. Jusqu'au bout, son regard perçant en disait long sur sa détermination farouche à rester stoïque et debout dans l'épreuve. Ce regard-là ne s'éteindra jamais dans le cœur de ses proches.

 

Après ce long et héroïque face-à-face avec la maladie, le Général a trouvé la paix. Il s'en va rejoindre le panthéon des âmes nobles.

 

 À sa famille éplorée, à ses frères d'armes et à toute la communauté du Diender qui pleurent aujourd'hui un repère, l'histoire rappellera que les grands hommes ne meurent jamais tout à fait : ils s'endorment dans la terre qu'ils ont tant chérie et dans la mémoire collective de la Nation.

 

Général, la nuit est tombée sur votre dernière garde, mais la lumière de votre héritage continuera de briller sur la Police sénégalaise et de faire germer les champs de Keur Matar Guèye.

 

Que la terre te soit légère et que ton âme repose dans la paix éternelle des justes !

Jeudi 22 Octobre 2026
Dakaractu