DPG/ « On s’est appauvris » : Al Aminou Lo dresse un tableau sombre de l’économie, comme un aveu d’échec

À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Al Aminou Lo a livré un diagnostic particulièrement sévère de la situation économique du Sénégal. Croissance hors hydrocarbures insuffisante, projets publics arrêtés, recettes fiscales en deçà des objectifs, difficultés de financement, coût de la dette et faiblesse de l’épargne nationale : à travers ses propres chiffres, le chef du gouvernement a exposé les limites du redressement engagé. Un discours qui, par moments, a pris les allures d’un véritable aveu d’échec.


Devant les députés, Al Aminou Lo n’a pas cherché à embellir la situation. Dans cet extrait de sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre a multiplié les constats alarmants sur l’état de l’économie sénégalaise, reconnaissant lui-même que plusieurs objectifs affichés n’ont pas été atteints.
 
Le premier signal d’alerte concerne la croissance hors hydrocarbures. Selon le chef du gouvernement, celle-ci s’est établie à 2,2 % en 2025, alors que le taux de natalité se situe autour de 3 %. Pour le Premier ministre, la conséquence est directe : « Quand vous avez ce taux de croissance et que votre taux de natalité est à 3 %, vous vous appauvrissez. Nous nous sommes appauvris en 2025. Et nous allons encore nous appauvrir en 2026. »
 
Une déclaration lourde de sens, qui tranche avec les ambitions de redressement affichées par les autorités. Al Aminou Lo reconnaît également que de nombreux projets ont été arrêtés ou reportés. Une situation qu’il explique notamment par le renoncement à certains investissements publics, aussi bien sociaux que productifs, mais aussi par l’accumulation d’arriérés de paiement.
 
Ces retards, selon lui, ont directement affecté la viabilité des PME et PMI, tout en fragilisant l’emploi au sein de grandes entreprises. Là encore, le constat dressé devant les députés est celui d’un État obligé de revoir ses ambitions à la baisse faute de marges financières suffisantes.
 
Le Premier ministre est également revenu sur le Plan de redressement économique et social Jubanti Koom, qui devait mobiliser 1 566 milliards de francs CFA sur trois ans. Une stratégie reposant notamment sur le recyclage d’actifs, le financement endogène, la réduction de la taille de l’État et la mobilisation de ressources domestiques.
 
Mais sur ce point aussi, Al Aminou Lo a reconnu un écart important entre les ambitions annoncées et les résultats obtenus. « Malheureusement, nous sommes ambitieux, mais on n’a pas les résultats qu’on veut », a-t-il déclaré.
 
Il cite notamment les recettes fiscales. Sur un objectif de 303 milliards de francs CFA, seulement 173 milliards auraient jusque-là été mobilisés. Une contre-performance qui, selon lui, a contraint l’État à différer plusieurs dépenses et plusieurs projets.
 
« Dans un tel contexte, il est évident que beaucoup de choses ont été différées », a-t-il insisté.
 
À ces difficultés internes se sont ajoutés les effets d’un contexte international dégradé, le Premier ministre évoquant notamment les conséquences du conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël. Pour Al Aminou Lo, ce choc extérieur est venu compliquer encore davantage une situation économique déjà fragile.
 
Le chef du gouvernement a toutefois estimé que les Sénégalais avaient « droit à la clarté », rappelant que le Sénégal reste « une petite économie ouverte », très exposée aux chocs extérieurs et aux tensions sur les marchés financiers internationaux.
 
Mais c’est surtout son diagnostic sur la dette qui aura marqué les esprits.
 
Al Aminou Lo affirme que les obligations sénégalaises qui se négociaient à une valeur de 100 sur les marchés internationaux peuvent désormais être échangées autour de 50. Une manière, pour lui, d’illustrer la forte dégradation de la confiance des investisseurs.
 
Le Premier ministre est allé encore plus loin en évoquant les taux de rendement exigés sur le marché secondaire. Selon lui, si le Sénégal devait aujourd’hui se financer sur deux ans, le taux pourrait atteindre 60 %.
 
« Je n’ai pas dit 6 %. Notre risque sur deux ans est à 60 % », a-t-il martelé.
 
Une déclaration spectaculaire qui témoigne, dans son analyse, de la perception extrêmement dégradée du risque sénégalais sur certains segments du marché.
 
Al Aminou Lo évoque également des taux de 15 % sur certaines maturités plus longues, avant de conclure que la situation financière du Sénégal traduit désormais une forme d’« ajustement structurel ».
 
Le Premier ministre utilise même une formule particulièrement forte en s’adressant au président de l’Assemblée nationale : « Vous parliez du quatrième sous-sol, il nous a emmenés au cinquième sous-sol. »
 
Puis il ajoute : « C’est ça l’ajustement. On est en ajustement structurel. »
 
Le constat ne s’arrête pas à la dette. Le Premier ministre reconnaît également que l’épargne nationale reste insuffisante pour couvrir les besoins d’investissement du pays.
 
Selon les chiffres qu’il avance, l’épargne nationale représente environ 24 % des richesses produites, alors que les investissements se situent autour de 31 %. Ce différentiel contraint donc le Sénégal à continuer de rechercher une partie importante de ses financements à l’étranger.
 
Autrement dit, malgré les ambitions affichées autour du financement endogène, l’économie sénégalaise demeure dépendante des ressources extérieures.
 
Al Aminou Lo a également évoqué le rôle de la diaspora. Il chiffre les transferts des Sénégalais de l’extérieur à 2 642 milliards de francs CFA en 2025, mais précise que 80 à 85 % de ces sommes seraient immédiatement absorbées par les dépenses courantes des ménages.
 
À ses yeux, ces transferts ne peuvent donc pas, dans leur configuration actuelle, constituer à eux seuls une véritable alternative au financement extérieur.
 
Le Premier ministre cite également une publication de la Banque des règlements internationaux selon laquelle l’épargne détenue à l’étranger par la diaspora sénégalaise représenterait environ 300 milliards de francs CFA.
 
L’ensemble de son intervention dessine ainsi un tableau particulièrement sombre : croissance insuffisante, recettes fiscales inférieures aux prévisions, projets arrêtés, arriérés de paiement, financement extérieur devenu plus cher, dette sous tension et faiblesse de l’épargne nationale.
 
En voulant présenter sans détour les contraintes auxquelles l’État est confronté, Al Aminou Lo a surtout exposé publiquement l’ampleur des difficultés économiques du pays.
 
Son discours ressemble dès lors moins à la présentation triomphale d’une politique gouvernementale qu’à la reconnaissance des limites d’un plan de redressement qui, jusqu’ici, n’a pas produit tous les résultats espérés.
 
Et lorsque le Premier ministre lui-même admet que le Sénégal « s’est appauvri » en 2025 et pourrait encore « s’appauvrir en 2026 », la DPG prend inévitablement une tonalité particulière : celle d’un gouvernement confronté à la réalité de ses propres chiffres et obligé de reconnaître que plusieurs de ses ambitions économiques restent, pour le moment, hors d’atteinte.
Mardi 8 Septembre 2026
Dakaractu