DOSSIER : L’Apr, un parti amorphe à Ziguinchor.

Depuis la victoire du leader de Pastef dans la région de Ziguinchor lors de la présidentielle de février 2019, une reconfiguration politique est constatée dans la principale région du Sud. L'effritement de toutes les bases politiques de la majorité a profité à Ousmane Sonko qui devient indéniablement le point d'ancrage du militantisme à la base.


L'effritement des bases militantes qui ont  migré vers le Pastef 

 

L’Apr ne vit pas à Ziguinchor, il dort. Il est dans un profond sommeil. En lieu et place de l’animation du parti, c’est à une vraie guérilla que nous assistons avec des sorties individuelles, sporadiques, provoquées par les piques lancées par leader de Pastef. 

Mais une radioscopie globale des mouvements politiques permet de jauger les différents ténors et de reconnaître que face à la percée de Pastef d’Ousmane Sonko qui incarne l’homme providentiel dans le sud, ils sont tous relégués au second rang.

 

En effet, des leaders de la majorité comme Doudou Ka, Benoît Sambou, Mamadou Barry, Courfia Kéba Diawara, Aminata Angélique Manga, Mamadou Diombéra, le Dr Ibrahima Mendy entre autres, ne sont plus visibles sur le terrain. Presqu'aucune activité politique ou sociale n'a été tenue depuis des lustres. Ce qui explique en partie l'effritement des bases militantes qui ont presque toutes migré vers le Pastef, point de chute de beaucoup d'électeurs surtout du côté des jeunes.

 

Les répondeurs automatiques du  « Son » « Ko » d’Ousmane

 

Le comble qui démontre qu’ils ne sont unis que dans la désunion, c’est lorsque Robert Sagna, coordonnateur de la coalition Benno Bokk Yaakaar dans la région s'est démarqué du récent communiqué co-signé par tous les gros bonnets de l’Apr et des membres de BBY de la Casamance naturelle; alors que dans un parti organisé, comme dit par le professeur Ibou Sané, « c’est le chargé de communication du parti qui doit signer le communiqué pour donner l’avis du parti. Mais ils se cachent derrière la coalition pour communiquer », analyse le politologue. 

 

Timide présence sur  le front social 

 

Durant toute la pandémie de la covid-19, seul le président du conseil départemental de Bignona, Mamina Kamara et le maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé qui avaient fini d’élire domicile dans sa ville, ont été visibles sur le théâtre des opérations. À préciser qu’Abdoulaye Baldé n’est pas de l’Apr mais de BBY. Mamina Kamara a porté le combat de la protection de l’environnement qui est en train d’être agressé. Les responsables Amy Tamba, Rouguiétou Barry et Ndèye Ndiaye Atlanta maintiennent tant bien que mal le militantisme classique avec les femmes entrepreneurs ou commerçantes en organisant des tontines et en préfinançant les femmes. Seul le maire Abdoulaye Baldé semble avoir le cran et le poids pour éviter une énième humiliation politique devant Ousmane Sonko à Ziguinchor. Sa connaissance du terrain et sa politique sociale (il a notamment offert des sacs de riz à tous les chefs de famille de sa commune bien avant l'aide alimentaire de l'État) lui permettent de sortir la tête de l'eau.

 

Aucune animation politique au Sud 

 

Les politologues et analystes politiques admettent qu'un « parti est animé quand les structures et les organes fonctionnent. Par exemple l’école du parti, les instances de décision, les bureaux politiques doivent bouger. Le parti peut vivre de l’animation, des congrès. Les militants doivent toujours recevoir des séances de formation les week-ends sur les techniques de vote et autres points », souligne Ibou Sané natif de Ziguinchor. À l’en croire, « il n’y a pas d’animation au sud. C’est la léthargie au niveau national qui a fait tache d’huile à Ziguinchor. Certains militants se plaignent même de la situation », renseigne-t-il. Une situation qui profiterait au Pastef d’Ousmane Sonko, fait-il savoir. 

 

Une transhumance inutile intra Apr

 

Aucun responsable n’organise des rencontre pour accueillir de nouveaux militants qui auraient quitté l’opposition pour acter leur adhésion définitive à l’Apr. Sauf des militants qui quittent le clan de Doudou Kâ pour rejoindre Ibrahima Mendy et vice-versa. 

 

Le hic, c'est que ni Benoît Sambou, ni Abdoulaye Badji, encore moins Moustapha Lô Diatta, n’organise de séances de travail, ou des cellules de partage avec les militants. Ils ne font que profiter de la présence d’un ministre dans le sud, ou du président de la République pour avoir une tribune pour s’exprimer devant la population. Ou encore, profiter de la sortie de Ousmane Sonko pour faire le show, faire du bruit afin de faire croire au patron que « je suis présent dans ma zone ». 

 

« Alors que c’est le parti qui doit sortir un communiqué pour répondre. Au contraire, ce sont des partisans, les seconds couteaux pour faire face aux piques, provocations, aux attaques mais pas le parti en tant que tel », constate encore Ibou Sané.

 

Le vaste département de Bignona semble acquis à la  cause de Sonko

 

À Bignona où l'État a jeté son dévolu en multipliant les nominations de responsables locaux, le parti d'Ousmane Sonko y bénéficie d'une forte implantation. Un pacte social et politique fort semble être signé entre Sonko et ses militants.  

 

La nomination du nouveau recteur de l'Université Assane Seck, originaire d Sindian entre dans cette logique de reconquête. Le député-maire de Niamone, Yankhoba Coly,  la députée Ramata Diatta très appréciée par les femmes du Blouf, du Fogny et des Kalounayes et le président du Conseil départemental de Bignona Mamina Camara pourraient être des atouts pour la majorité.

 

Le royaume d’Oussouye, un terrain miné

 

À Oussouye, les dernières émeutes de l'eau à Cap-Skirring avaient un réel soubassement politique au-delà de l'expression légitime d'une colère liée au manque de l'eau. En effet, les têtes de pont de ces manifestations étaient presque tous des militants de Sonko. Ces derniers se positionnent pour débouter le maire de Diembéring Tombong Guèye de la municipalité. L'absence d'une réplique politique sur le terrain dans le département d'Oussouye semble laisser la piste libre aux jeunes de Pastef constitués pour la plupart d'enseignants et d'étudiants

 

L’existence d’agendas cachés

 

L’autre hic, c'est qu'ils attendent qu'une calamité naturelle s’abatte sur les pauvres populations pour appeler la presse aux fins de faire croire au président qu’on travaille en accompagnant les sinistrés. À Ziguinchor commune, tous les Apéristes se regardent en chiens de faïence même s’ils font semblant de s’unir. Tous, ont des agendas cachés. Ils ont tous le même objectif : briguer le mandat de la mairie. 


À quelques mois des locales, les hommes politiques et plus précisément des pontes de l’Apr dans la ville de Ziguinchor commencent à se positionner. Tous ont des calendriers cachés et personne ne veut être dirigé par l’autre. Des agitations qui ne s'accordent pas avec l’intérêt du parti...

Samedi 10 Octobre 2020
Dakaractu




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