DIALOGUE NATIONAL BI ÑU BËGG ET SI ON PARLAIT DE L'ESSENTIEL? SIX PROPOSITIONS DE LA PLATEFORME AVENIR


Au moment où le Président Macky Sall appelle à un dialogue national, qui pour le moment se limite  au sein de l'élite politique et de la société civile, les sénégalais et sénégalaises sont soumis à d'intenses pressions au triple niveau économique, social et psychologique. Le dialogue donne la priorité aux questions politiques et électorales, occultant les vrais enjeux de l'heure, les seuls qui intéressent véritablement le peuple sénégalais et pourraient atténuer leurs souffrances et leurs peurs.
La plateforme Avenir voudrait rappeler au Président de la République ainsi qu'à tous les acteurs que dans une démocratie digne de ce nom, il n'est ni nécessaire ni utile d'organiser ces grandes messes folkloriques pompeusement appelées "Dialogue National" pour ne parler que des questions électorales. Dans une démocratie digne de ce nom, où le jeu est sincère et les règles respectées par tous, surtout par le Président de la République lui-même, les  administrations publiques en charge des questions électorales consultent les acteurs politiques régulièrement, sans tambours ni trompètes, pour ensemble opérer les réformes, ajustements et changements dictés par l'évolution du contexte politique et social ou les nouvelles exigences démocratiques.
Les sociétés civilisées dialoguent en permanence, non pas pour vérifier le sérieux d'un fichier électoral, mais pour définir ensemble les choix stratégiques pour leur avenir ainsi que les règles qui structurent leur vivre ensemble, organisent la gouvernance de leurs ressources communes et déterminent les voies par lesquelles elles peuvent assurer leur sécurité intérieur et extérieur.
Les Sénégalais veulent voir leurs élites politiques, économiques, sociales et religieuses se donner la main, se parler et agir ensemble sur les véritables enjeux de l'heure. Car les Sénégalais sont "fatigués", frustrés et traumatisés par la violence gratuite et les cruautés qui ont fini de s'installer partout. Oui les sénégalais ont peur. Et ils ont besoin d'être apaisés, rassurés et guidés. Malheureusement, l'Etat n'a ni l'autorité ni les moyens d'assumer cette responsabilité.
C'est pourquoi la plateforme Avenir appelle l'ensemble des acteurs politiques de notre pays, pouvoir, opposition, autorités religieuses et coutumières ainsi que les citoyens et citoyennes de différentes catégories socioprofessionnelles à engager sans délai un véritable dialogue sur les enjeux sociétaux qui, s'ils ne sont pas traités convenablement et ne font pas l'objet d'un consensus national fort pourraient générer de graves conséquences à notre pays.
C'est une telle ambition que les Assises Nationales, suivies de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI) avaient nourrie pour le Sénégal avant d'être trahie par ceux qui étaient parmi leurs principaux acteurs.
La Plateforme Avenir invite à un Dialogue National Inclusif qui devrait porter, entre autres, sur les sixthématiques suivantes:
(1) La gouvernance et le modèle démocratique;
(2) Les fondamentaux de la Nation sénégalaise et le vivre- ensemble;
(3) La sécurité des citoyens;
(4) La gestion du foncier;
(5) Le retour de la paix en Casamance;
(6) La gestion du pétrole du Gaz.
Ces questions doivent faire l'objet d'un traitement hors des considérations politiques et partisanes car elles véhiculent des enjeux trans-partisans et trans-mandatures. Le dialogue sur ces questions devrait avoir pour objectif de bâtir un Consensus National Stable et Durable porté  et assumé par l'ensemble du peuple sénégalais.
1. Moderniser notre modèle de gouvernance démocratique.
Les acteurs politiques sénégalais ne se font plus confiance et ne font pas confiance aux règles du jeu démocratique. Il en est ainsi car chaque pouvoir en place garde la haute main sur le système électoral qu'il manipule à sa guise, en utilisant la justice et les institutions comme instruments. L'organisation des élections doit être soustraite définitivement de la tutelle administrative.
La plateforme Avenir propose la création de la Haute Autorité de la Démocratie (HAD), conformément à ce que les Assises Nationales avaient recommandé. Elle serait un organe indépendant chargé d'assurer la régulation du champ politique y compris le fonctionnement des partis politiques et de préparer, conduire et organiser les scrutins électoraux et référendaires.
2. Repenser les fondements de notre Nation et notre vivre-ensemble car nous sommes en danger
La qualité de notre vivre-ensemble, qui faisait jadis l'un des signes distinctifs du peuple sénégalais est remise en cause.  La Nation sénégalaise, ou l'idée que l'on en avait, se disloque progressivement sous les coups de boutoirs des particularismes ethniques, régionalistes, confessionnels et confrériques.L'intolérance gagne du terrain; le respect de l'autre, la compassion et la solidarité reculent;  la discipline, la civilité et la courtoisie qui sont à la base de toute vie collective ne renvoient à aucune signification pratique pour de nombreux sénégalais. L'Etat a failli dans sa mission d'assurer l'égalité de tous devant la République. Il est discrédité car soupçonné, à tord ou à raison, de favoritisme et de parti-pris. Le Sénégal qui a échappé jusqu'ici aux excès qui ont ébranlé durablement certains pays africains ne peut se laisser mener vers des voies aventureuses qui ne correspondent ni à son passé ni à son identité.
La plateforme Avenir propose la création du Grand Conseil de la République (GCR): Le GCR sera un organe consultatif remplaçant à la fois le Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) et le Conseil Economique, Social et Environnemental, qui seront supprimés. Les problématiques gérées par le HCCT et le CESE seraient alors  prises en charge par des collèges composés de personnalités reconnues et respectées et des experts au sein du Grand Conseil. Le GCR serait un haut lieu d'échange et de dialogue sur la vie de la Nation. Ses membres seront des représentants cooptés, à titre bénévole, appartenant à toutes les composantes de la Nation, connus et reconnus pour leurs valeurs morales, leur contribution à l'avancement de la société et leur esprit républicain. Il sera consulté par le Président de la République avant toute grande décision concernant la Nation.
3. Garantir la sécurité partout et pour tous
Le peuple sénégalais est traumatisé, pris au piège de l'insécurité qui a fini de s'installer durablement dans le pays. La violence, souvent gratuite, est banalisée. Vols avec violence; agressions physiques et verbales; meurtres de sans froid; viols, souvent suivis d'assassinat; enlèvements d'enfants; etc. sont devenus une part lugubre du quotidien des sénégalais. Or l'Etat ne semble pas avoir de solution face à l'ampleur du mal. C'est pourquoi il doit avoir l'humilité de faire appel à toutes les compétences de la Nation pour bâtir une stratégie qui puisse fonctionner. Le viol n'est jusqu'ici qu'un simple délit, il devrait être criminalisé.
4. Mettre un terme, sans délai, à la prédation foncière et à l'accaparement des terres: La terre n'est pas une marchandise comme une autre
A mesure que les villes grandissent et les infrastructures se développent, ouvrant de nouvelles possibilités aux spéculateurs fonciers, des dizaines, voire, des centaines d'hectares sont arrachés illégalement des mains des populations périurbaines et rurales, dont c'est la seule richesse, sous le motif fallacieux de l'aménagement ou la mise en valeur. Ces terres sont en réalité souvent réaffectées à de véritables prédateurs fonciers à l'appétit insatiable, bénéficiant de la protection et de la complicité de politiciens haut placés ou d'agents de l'administration publique corrompus. L'accaparement des terres et la prédation foncière ont atteint des niveaux traumatisants. Ne pouvant avoir aucun recours dans les structures d'un Etat gangrénés par la corruption, ces populations n'ont plus d'autre choix que de faire face à l'arbitraire, par la force de leur bras et leur poitrine. Si rien n'est fait, demain, des sénégalais pourraient tomber sous les balles des forces de sécurité en défendant leur patrimoine au péril de leur vie, avec des risques majeur de soulèvement des populations.
La plateforme Avenir invite Monsieur le Président de la République à appliquer les recommandations consensuelles issues des travaux de la Commission Nationale de Réforme Foncière.
5. Le développement et la paix en Casamance: l'affaire de chaque Sénégalais et sénégalaise.  
Le développement économique et social et la paix sont les deux faces d'une même pièce en Casamance. Des dizaines de milliards ont été dépensés dans des projets de développement mal conçus et mal exécuté en Casamance. L'échec est patent, et la pauvreté alimente les frustrations et les rancœurs. Il ne doit plus y avoir un dossier Casamance pour chaque Président. Il faut une stratégie nationale sur la Casamance. Cette stratégie doit être discutée, adoptée et partagée.
6. Un  Jury d'honneur pour la vérité et la transparence sur le pétrole et le gaz
Le débat soulevé sur le pétrole et le gaz est loin de connaitre son épilogue. Il devra être terminé un jour ou l'autre afin que le peuple sénégalais soit définitivement édifié sur la gestion, en amont, de son patrimoine. La vérité et la transparence permettront de ramener la sérénité et le climat de confiance nécessaires à une exploitation féconde et avantageuse de ces ressources. Ceux qui savent doivent parler devant un Jury d'Honneur et dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. ​
​​​​​​Fait à Dakar le 24 Mai 2019
Vendredi 24 Mai 2019
Dakaractu




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