[ Culture] Les Ateliers Mambety : " Au cinéma, la préparation, c’est le développement ... les résidences permettent de combler ce manque", Bintou Faye (réalisatrice)


La deuxième édition des Ateliers Mambety, résidence d’écriture dédiée aux auteurs africains de longs métrages, s’est tenue cette année sous la direction de sa fondatrice, Binetou Faye, également à l’origine d’Africa Progress. Ce programme, né en 2023 de l’initiative AfriCart Factory, a rapidement évolué pour devenir un espace incontournable de développement de projets cinématographiques sur le continent.

Après avoir accompagné cinq projets lors de sa première édition, la résidence est montée en puissance : dix longs métrages issus de pays variés  Niger, Togo, Madagascar, Cap-Vert, Égypte, Sénégal, Cameroun  ont été retenus cette année.  Pour Binetou Faye, le rôle de cette résidence dépasse largement l’accompagnement ponctuel. « Au cinéma, la préparation, c’est le développement, explique-t-elle. Dans nos pays, nous avons des fonds de production mais peu de fonds dédiés au développement. Les résidences permettent de combler ce manque. »
 
Les Ateliers Mambety, réunissant de jeunes auteurs venus de neuf pays du continent, ont été un moment « de grande réflexion, d’échange et d’apprentissage mutuel », selon le cinéaste sénégalais Moussa Sène Absa. Aux côtés d’Olivier Lousteau et de Pedro Pimenta, il a accompagné les porteurs de projets dans le développement de leurs scénarios, souvent arrivés « à l’état brut ».
« Nous ne racontons pas leurs histoires. Nous les aidons à les raconter », explique-t-il, rappelant l’importance d’orienter les jeunes sans jamais s’imposer à leur créativité. Les mentors se sont efforcés d’offrir des pistes, des idées, des références littéraires, cinématographiques ou artistiques pour enrichir la narration. « Parfois, une peinture ou un livre peut ouvrir une voie dans un récit », souligne-t-il.
Au fil des ateliers, les encadrants eux-mêmes disent avoir beaucoup appris. Les projets venus de Madagascar, du Niger, du Sénégal, du Congo ou encore de la Côte d’Ivoire ont mis en lumière la diversité du continent et la sensibilité de ses jeunes auteurs. « Chaque projet porte une valeur intrinsèque, un style différent, une manière unique de voir le monde », insiste Moussa Sène Absa.
Les thèmes récurrents sont la  corruption, la condition féminine, les récits humains  qui ont touché le réalisateur par leur authenticité. « Certains projets m'ont ému. Ils m’ont aussi ouvert les yeux sur d’autres réalités africaines », confie-t-il. Pour lui, ces ateliers offrent une plongée rare dans le regard que la jeunesse africaine porte sur son époque et sur son continent.
Selon le cinéaste, les Ateliers Mambety comblent un manque essentiel : celui de la maîtrise du récit cinématographique. « Beaucoup veulent faire du cinéma. Mais comment raconter une histoire au cinéma ? Le cinéma, ce n’est pas la télévision », rappelle-t-il en évoquant l’art de construire un film de 90 minutes capable de captiver un public tout en préservant la dignité et la vision du narrateur.
Rendre hommage à Mambety, figure majeure du cinéma africain, donne aussi une portée symbolique à cette initiative. Moussa Sène Absa, ancien assistant du réalisateur, salue « une vision unique au monde » et un mentor dont l’héritage continue d’inspirer les nouvelles générations. « Mambety a étonné le cinéma mondial. Son nom ici est à la fois un hommage et une invitation : montrer jusqu’où un récit peut porter une nation », conclut-il.

Mercredi 26 Novembre 2025
Amadou Koundour