Les universités de Dakar (Ucad) et Saint-Louis (UGB) ont été le théâtre d'affrontements entre étudiants et FDS, hier vendredi 6 février, suite à la fermeture des restaurants universitaires sur ordre du ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Innovation et de la formation professionnelle. Face à cette situation, le communicant et universitaire Mamadou Ndiaye, directeur du Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI), a livré une analyse approfondie sur les causes structurelles de ces tensions, les enjeux de communication publique et les limites de la gestion sécuritaire des crises universitaires.
Je partage avec vous quelques réflexions suscitées par la situation qui prévaut à l’Ucad et à l’Ugb.
1- Une Université qui n’arrive pas à assurer 3 mois de stabilité ne peut pas atteindre ses objectifs.
2- Les affrontements autour de la question de la bourse ont souvent causé la mort d’étudiants et de nombreux blessés graves. C’est une question sensible qu’il faut manipuler en tenant compte de beaucoup de paramètres.
Les représentants des étudiants sont dans une logique syndicale que les autorités gagneraient à analyser et à comprendre. On lutte pour des acquis mais là, il s’agit de garder des acquis. Il faut discuter avec eux et leur donner la possibilité d’une application différée des mesures consensuelles. Ils ont clairement dit qu’ils ne seront pas la génération qui cautionnera une remise en question des acquis.
Un gouvernement n’a pas besoin d’organiser des concertations pour commencer à appliquer un décret dans toute sa plénitude. Il suffit juste d’en informer tous les acteurs et de fixer un horizon d’une année ou deux avant son application effective.
Mais ce que laissent apparaître les communiqués et interventions médiatiques de la tutelle, c’est qu’il y a manifestement une volonté de bâtir un nouveau système de gestion et d’attribution des bourses d’études.
3- Tous les gouvernements ont tenté d’apporter des réponses à cette épineuse question. Les acteurs que nous sommes savons que la bourse est vitale pour un étudiant.
Cependant, de nombreux étudiants perçoivent la bourse alors qu’ils n’étudient plus. De nombreux étudiants perçoivent la bourse alors qu’ils sont salariés. De nombreux étudiants s’inscrivent en Master juste pour obtenir les quelques mois de bourse. Une réorganisation s’impose.
4- Les étudiants savent certainement que ce qui a été détruit ou brûlé en juin 2023 n’a toujours pas été réparé ou remplacé. Il est urgent de changer les méthodes de lutte. Avec la violence et la guérilla, ils seront les premiers perdants. Des moyens de lutte efficaces existent.
5- L’Université sénégalaise a besoin de calme et de stabilité pour se remettre des nombreux soubresauts de ces dernières années. Nous avons l’impression de vivre un éternel recommencement et une situation d’incertitude permanente. Chaque fois que des actions sont mises en œuvre pour la maîtrise du calendrier universitaire, une crise survient pour les remettre en cause.