Crise dans l’éducation : « Si l’on fait de l’école la priorité des priorités et si l’on considère l’enseignant comme l’élément moteur, les conflits diminueront... » (Cheikh Mbow, D.E. Cosydep)


Cheikh Mbow, le Directeur Exécutif de la Cosydep, aux côtés d’autres organisations de la société civile, a pris part aux discussions entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants en qualité de facilitateur pour mettre fin à la crise. Ainsi, du 12 au 25 février, il a joué un rôle important dans la résolution de la crise.

Dans une tribune à la presse, M. Mbow est revenu sur le film de la journée du 25. En effet, selon lui, « nous nous réjouissons d’avoir été bien écoutés par les parties prenantes qui ont fait preuve d’esprit d’ouverture ainsi que d’un sens élevé des responsabilités. Cela est à saluer car nous avons toujours soutenu que l’école doit être l’affaire de tous,  mais pas seulement l’affaire du gouvernement et des syndicats. En notre qualité de facilitateur, nous pouvons témoigner de la posture d’ouverture du Gouvernement, avec des propositions dynamiques; mais aussi celle très responsable des syndicats qui, au-delà des revendications, avaient formulé des contre propositions argumentées. Les enseignants peuvent être fiers de leurs secrétaires généraux ; ils ont joué pleinement leur rôle. Ce dialogue ouvert et constructif a été certes laborieux, mais il a permis d’aboutir à des accords approuvés par cinq des sept syndicats les plus représentatifs ; les deux autres ayant décidé de consulter d’abord leur base », a reconnu le D.E. de Cosydep. 

Ainsi, M. Mbow espère que  la dynamique enclenchée, la disponibilité affichée par les deux parties et le dispositif de suivi mis en place « devraient permettre de renouer la confiance au bénéfice de l’amélioration des performances scolaires », espère-t-il. Cependant, il estime que la longueur et les difficultés de la plénière s’expliquent par la nature des questions qui étaient en jeu, notamment les exigences de correction des iniquités dans le système de rémunération. En effet, dira-t-il, « ce n’est pas une mince affaire tant du point de vue de leur complexité que de celui des catégories de personnels concernés. Pour les syndicats, il fallait des mesures fortes, pertinentes et urgentes qui corrigent les injustices en touchant tous les corps et toutes les fonctions. » Une question, faut-il le rappeler, était sur la table du Gouvernement depuis les accords de 2018. C’est dire donc que le temps perdu « aurait été moins long si ces problèmes étaient pris en charge depuis longtemps à travers les alertes répétitives des syndicats et de la société civile. Malheureusement, l’on ne se mobilise que quand il y a crise. Il faut rompre avec cette habitude. L’État doit disposer d’un bon système de suivi des accords avec les enseignants, mais il doit aussi avoir un dispositif de collecte, d’analyse, d’exploitation et de traitement des alertes qui doivent être considérées comme étant des documents d’aide à la prise  de décision », regrette-t-il.

Mais au finish, on le sait, cinq syndicats sur sept ont  levé leur mot d'ordre de grève, deux autres, le Saems et le Cusems ont suspendu leur décision à l'avis de leurs bases respectives.  Pour une stabilité du système, M. Mbow invite chaque acteur à mesurer ses responsabilités et jouer pleinement son rôle.

Selon lui, « les enseignants doivent toujours faire davantage preuve de générosité à l’endroit de ce que la société a de plus précieux. L’État, garant du droit à l’éducation, doit assumer sans calcul ses responsabilités. Les parents aussi devraient davantage s’impliquer dans la gouvernance de l’école de leurs enfants. Les collectivités territoriales doivent adresser l’environnement scolaire qui est loin des normes de sécurité, d’hygiène et de salubrité. Je pense que si l’on fait de l’école la priorité des priorités et si l’on considère l’enseignant comme l’élément moteur dans le processus de production du capital humain, les conflits diminueront. Il faut que l’école publique retrouve son lustre d’antan. Pour ce faire, il n’y a pas d’autres voies que celles tracées par les Assises Nationales de l’Éducation et de la Formation. Dans tous les cas, il faudra résolument tirer les leçons de cette instabilité chronique et se décider à faire face aux questions à forts enjeux liées à l’effectivité du droit à l’éducation, à la revalorisation du statut d’enseignant, à la résilience du système éducatif, à la mise aux normes de l’environnement des apprentissages, à la qualité des enseignements, à la revalorisation de l’offre publique d’éducation, gage de l’effectivité du droit à l’éducation pour tous les enfants », a dit M. Mbow. 

Sur un autre registre, la grève a, on le sait, fortement impacté le quantum horaire. Selon Cheikh Mbow toujours, « nous avons perdu près de 300 heures sur les 1270 prévues et cela est inquiétant. Pire, les élèves qui doivent subir les examens scolaires de cette année sont ceux qui avaient été mis en vacances durant 4 mois avec la Covid-19. »

Pour rattraper le temps perdu, « la toute première action devra être de procéder à une évaluation locale de la grève afin de mesurer les pertes effectives sur le quantum et de mettre en place un dispositif inclusif et pertinent de remédiation. Nous pensons que c’est une tâche qui incombe au Ministère de l'Éducation et à ses structures déconcentrées. Les partenaires seront prêts à accompagner les initiatives retenues », propose Cheikh Mbow. Pour finir, le directeur exécutif de Cosydep a abordé la question de la réforme, le programme que certains  trouvent surchargé et inadapté.

Pour lui, « la réforme des programmes implique celle des finalités de l’éducation. Sur cette question, il nous faut noter que tout a été dit. Il s’agit de mettre en œuvre la refondation de l’école telle qu’elle a été demandée par les Assises de l’Éducation et de la Formation. L’imminence est de faire de cette crise le déclic pour renouer la confiance et mettre en place le comité multi acteurs de suivi des recommandations des Assises », a conclu M. Mbow...
Mardi 1 Mars 2022
Dakaractu



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