Crise au sein de la lutte Sénégalaise : Les raisons de la grève des arbitres face à un CNG en mode « répression ».

Le 1 mars dernier lors d’une journée de lutte qui se tenait à l’arène nationale de lutte (Pikine), les arbitres avaient pour la première fois exprimé au micro de dakaractu leurs frustrations par rapport à leurs difficiles conditions de travail. Une grève incarnée par Sitor Ndour qui avait alors vertement fustigé la gestion du comité national de gestion de la lutte sénégalaise (Cng) sous les ordres d’Alioune Sarr. Dans sa longue liste de doléances, Sitor avait alors évoqué avec amertume, l’absence d’une assurance pour les « Sifflets », des honoraires insignifiants, aucune prime de risque et surtout un mépris à peine voilé de la part du CNG incarné par Alioune Sarr…


Le milieu de la lutte en ébullition : Lutteurs et arbitres dans une « crise » qui ne dit pas son nom..
Ce ne sont pas seulement les lutteurs, pour la plupart en chômage technique faute de combats ficelés cette saison, qui sont actuellement dans la tourmente. Pour ne pas dire piégé dans une sorte de crise sans nom. Les arbitres traversent aussi une période trouble en ces temps où la lutte vacille, et se retrouve à quatre appuis... Engagée dans une grève depuis plusieurs jours, la bande à Sitor vient d’être lourdement sanctionnée par la commission de discipline du Cng (une radiation à vie pour Sitor et 5 à 2 ans de suspension pour une partie des grévistes dont Malick Ngom.)
Le docteur Alioune Sarr en quête de solutions aux maux de la lutte depuis 26 ans déjà…
Dans la lutte Sénégalaise depuis 1997, l’arbitre Sitor Ndour est un témoin privilégié de l’évolution de la lutte simple et ou avec frappe. Des acquis et autres avancées qui n’ont pas forcément fait le bonheur des maîtres de l’arène qui se sentent « oubliés. » C’est du moins l’avis de la plupart des arbitres réunis autour de ce collectif. Ceux-ci ont fini par déverser leur bile sur le patron de la lutte sénégalaise : Alioune Sarr. Ce dernier la tête du CNG depuis mars 1994, est en poste depuis 26 ans ! Une incroyable longévité qui semble tout de même de plus en plus fragilisée suite aux nombreuses demandes de démission formulées à son encontre. Même si ce dernier garde la confiance du ministre des sports Matar Ba qui l’avait dernièrement reconduit à la présidence du Cng contre vents et marées. Une frange importante du monde de la lutte (Lutteurs en activité, promoteurs, amateurs et anciennes gloires) s’érige sur la route du Dr Sarr. Le malaise entre Alioune Sarr et  ses « conseillers » au Cng, l’ancien roi des arènes Yekini en dit long. De même que les récentes sorties au vitriol du B52 de Mbour qui n’a eu de cesse de réclamer la tête de Sarr…

Souvent exposés lors des combats de lutte, les arbitres ne bénéficient d’aucune assurance risque
Pour en revenir aux exigences des arbitres de lutte, lors de sa sortie du 1 mars dernier, Sitor Ndour qui s’exprimait au nom et pour le compte de ses collègues, avait pointé du doigt l’absence d’assurance risque. « Tous ces arbitres que vous voyez ne sont pas assurés ! Vous pouvez constater pour vous-mêmes les risques auxquels nous sommes exposés. Récemment il y a eu de violentes échauffourées lors du combat qui opposait Alioune Sèye à  Ñiakh Diarignou… Les arbitres du Sénégal ne sont pas assurés. On a longtemps pris notre mal en patience mais cette situation n’a que trop duré. Nous prenons des risques énormes ! », avait-il fustigé au micro de dakaractu.

Des honoraires insignifiants : 52.500 FCFA à se partager entre 5 arbitres par combat… 
Toujours selon Sitor Ndour, les honoraires des arbitres sont passés de 37.500 à 52.500 FCFA à se partager par combat entre les cinq arbitres qui officient lors des journées de lutte. Une somme pour le moins dérisoire comparé aux dizaines de millions de FCFA qui sont alloués aux lutteurs en guise de cachets. « Dans 90% des combats, les arbitres perçoivent 52.500 FCFA. Cinq arbitres qui se partagent 52.500 ? J’aurai pu comprendre cela si on avait une assurance risque et des primes de risque. Mais rien ! » Une révélation faite par l’arbitre qui va jusqu’à dénoncer la manière « aléatoire » dont ses honoraires sont fixés par le Cng. Mieux, Sitor de révéler que suite à leur mouvement de grève, le docteur Alioune Sarr qui continuait à faire fi de leurs revendications a préféré aller recruter des arbitres locaux qui n’ont aucune formation. Une attitude qu’ils jugent irresponsable de la part du comité de gestion.

Un préavis de grève officiellement déposée… Un CNG qui privilégie la « répression » au dialogue ?
Averti à la date du vendredi 28 février 2020, le Cng avait connaissance de cette grève mûrement réfléchie par le collectif des arbitres. « J’ai soulevé ces points à plusieurs reprises lors de diverses réunions de bureau avec le Cng… Ils nous ont clairement dit qu’ils ne pouvaient pas répondre favorablement à nos demandes (…) D’ailleurs, lors de la réunion j’ai dit à haute voix que nous irons en grève. » Une annonce à laquelle le Cng avait répondu par une « menace » à peine déguisée. « Le président Alioune Sarr nous avait clairement dit de prendre toute nos responsabilités… » 

Une situation qui a abouti à la suspension à vie du leader des grévistes Sitor Ndour qui reste l’un des meilleurs arbitres de l’arène. Mais aussi de la suspension pour 5 ans de Malick Ngom, celui qui avait officié lors du combat royal entre Modou Lo et Eumeu Sène (La revanche.) L’on se souvient encore de son geste héroïque lorsqu’il avait enlevé le protège-dent d’Eumeu Sène pour le sauver d’un étouffement suite à son K.O. En guise de réponse, le collectif promet de se réunir incessamment afin de communiquer sur la conduite à tenir dans les jours qui suivent… 
Mardi 10 Mars 2020
Dakaractu




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