Covid19 et respect des mesures : Lecture d’un citoyen musulman. (Pr. Abdoul Azize KEBE)


Covid19 et respect des mesures : Lecture d’un citoyen musulman. (Pr. Abdoul Azize KEBE)

La Covid 19 continue de nous interpeller avec les dysfonctionnements qu’elle a provoqués aussi bien dans le système économique que dans la vie sociale. Tous les économistes, les stratégistes, les planificateurs de tous domaines, sont dans l’incapacité de voir un horizon, lointain ou proche, se profiler. 

 

L’économie mondiale est malade, le capitalisme est dans l’impasse. Aujourd’hui, le moins d’État a cédé le pas à SOS État, dans les pays chantres du liberalisme le plus ultra. Le message qui se révèle de cette situation montre, nolens volens, l’importance de l’État pour préserver ce qui est vital chez l’homme et dans l’environnement, d’une part. D’autre part, il interpelle la responsabilité de chacun et chacune pour sauvegarder la communauté. A ce niveau, en tant que musulmans, nous revient le Hadith du Messager d’Allah Psl qui dit : مثل المؤمنين في توادهموتراحمهم وتعاطفهم كمثل الجسد إذا اشتكى منه عضو تداعى له سائر الجسد بالسهر والحمى.                                                

 

Mots d’hier maux d’aujourd’hui

 

Les mots utilisés par le Prophète sont très évocateurs.  (توادهمّ), la gémination ici, indique l’intensité dans l’action. A l’origine  c’est التوادد et on a assimilé l’une des D-د dans l’autre. La forme  تفاعل dans توادد exprime la réciprocité dans l’affection. Dans ce cas, le Prophète met en relief les musulmans dans leur affection les uns pour les autres, dans leur attachement, dans leur compassion réciproque تراحمهم - et dans leur empathie mutuelle - تعاطف-.

 

Dans cette réciprocité émotionnelle, aussi bien individuelle que sociale, le hadith illustre la relation quasi fusionnelle, illustrée par le terme كمثل الجسد, « comme le  corps ». C’est une seule entité physique et psychique, avec des membres différents. Mais aucun des membres n’est indifférent à la douleur de l’autre. Il suffit que l’un d’eux souffre pour que tous le corps ressente la fièvre et se trouve dans un état d’insomnie. إذا اشتكى منه عضوتداعى له سائر الجسد بالسهر والحمى.                                                

 

Que nous enseigne ce hadith?  

 

Le Prophète de miséricorde nous convie, à travers ce hadith, à combiner trois attitudes dans la communauté : 

 

1- التراحم, la compassion : « Sentiment qui porte à plaindre autrui et à partager ses souffrances », nous dit le dictionnaire. C’est faire preuve de sympathie, de commisération, c’est à dire de pitié. 

 

2- Il ne suffit pas de se limiter à cela. Il faut aussi montrer de l’affection. C’est à dire de la tendresse, de l’amour. 

 

3- Enfin, faire preuve d’empathie. C’est quoi l’empathie? C’est la « Capacité de s'identifier à autrui dans ce qu'il ressent » nous renseigne le dictionnaire.

 

La combinaison entre la compassion et l’empathie est importante et cela montre la finesse du Prophéte Psl. « Alors que l'empathie fonctionne comme un simple miroir des émotions d'autrui, la compassion implique un sentiment de bienveillance, avec la volonté d'aider la personne qui souffre. » C’est ce que nous dit la neuroscientifique et psychologue Olga Klimecki de l’université de Genéve. Ceci est d’une importance capitale car le Prophète invite le musulman à partager la souffrance sans pour autant se détruire. Il engage le musulman à la prosocialité, à savoir, la « capacité à agir pour le bénéfice d’autrui ».  Il est intéressant de noter que ce que les théoriciens modernes, comme le Professeur Brent W. Roberts de l’Illinois, décrivent aujourd’hui comme étant les marqueurs de cette prosocialité, sont si précisément inscrits dans le hadith du Prophéte: répondre positivement à la souffrance d’autrui par l’empathie, le don, le partage et la coopération.

 

Ceci corrobore deux autres Hadiths : المؤمن للمؤمن كالبنيان يشد بعضه بعضا، وشبك بين أصابعه.                                                      

«  Le croyant est pour le croyant comme le mur, chaque brique soutient l’autre. Et il avait entrelacé ses doigts. »

لا يؤمن أحدكم حتى يحب لأخيه ما يحب لنفسه

 

« Aucun de vous n’est croyant tant qu’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même. »  Retenons ici le mot « frère » qui englobe la fraternité dans l’humanité plus large que celle dans la religion, l’ethnie ou la nationalité. Ne l’oublions pas, l’être humain, quelle que soit son identité secondaire et accidentelle est, avant tout, fils d’Adam, ابن آدم, honoré par Allah et porteur de Son souffle. 

 

Il figurera toujours et partout cet Adam primordial. En veillant à la santé de ce dernier et à sa sécurité, en œuvrant pour préserver sa vie, on accomplit une œuvre d’adoration.  

Tout ceci nous renseigne sur cette prosicialité qui doit être vive et permanente, quel que soit l’état de la société.

 

Ici, en période de Covid-19, cette prosocialité doit se manifester dans la protection mutuelle, commençant par soi-même. « O les croyants! Vous êtes responsables de vous-mêmes! », (Mayida 108). Ensuite, chacun doit se sentir responsable de la souffrance réelle ou éventuelle de l’autre. De cette façon, il prendra les dispositions qui manifestent son affection et sa compassion, par la prévention. En évitant de mettre en danger autrui et de se mettre lui-même dans cette situation. La règle juridique « ni tort à autrui ni tort encouru » لا ضرر ولا ضرارا ne date pas de l’ère Covid. Elle est universelle et intemporelle.

 

La religion c’est les bons conseils. 

 

La religion, c’est les bons conseils, disait le Prophète, dans un hadith authentique: الدين النصيحة. « On lui demanda: pour qui ô Messager d’Allah: il repondit: Pour Allah, pour Son Livre, Son Messager, les guides des musulmans et le commun parmi eux. »

 

Il est donc utile de rappeler aux musulmans que la parole des hommes de Science dans ce domaine et les instructions des autorités gouvernementales, sont des impératifs. Les négliger, ou pire, inciter les citoyens à la défiance dans ce domaine, est une désobéissance aux dits du Prophéte et aux injonctions coraniques et une mise en danger d’autrui volontaire, qui est un crime dans l’islam. Si le Coran nous recommande d’interroger les hommes de savoir lorsque nous ignorons les choses, c’est pour que leur savoir éclaire nos pratiques. C’est pour conformer nos actes à la justesse de la science. Demandons aux hommes et femmes de savoir et imitons les pas de ceux et celles qui se sont mis (mises) sur les pas du Prophéte Psl.

 

Nous sommes des musulmans et musulmanes, cette qualité nous invite, d’après le hadith cité supra, à être unis, en temps de paix comme en temps d’épreuve, à nous soutenir et à nous protéger mutuellement, à être solidaires dans la bonté et la conscience de Dieu et non dans le péché et l’adversité (Mâyida, 2). وتعاونوا على البر والتقوى ولا تعاونوا علىالإثم والعدوانسورة المائدة، الآية ٢.                          

 

Cette qualité de musulman nous invite, comme le Coran le dit, à ne pas vivre en pure perte : والعصر إن الإنسان لفيخسر . Et pour ce faire, nous devons nous conseiller mutuellement  la vérité et la force d’agir dans la vérité: وتواصوابالحق وتواصوا بالصبر [العصر:1-3].

 

Respectons les gestes barriéres, respectons les mesures prises par nos autorités pour la préservation des vies. Faisons preuve de prosocialité, en tant que communauté du Messager d’Allah. Soyons dans la fraternité divine, comme il nous l’a enseigné : وكونوا عباد الله إخوانا.

 

[...] يا قوم [...] إن أردت إلا الإصلاح ما استطعت وما توفيقي إلا بالله عليه توكلت وإليه أنيب . هود، ٨٨.

«O mon peuple, [...] Je ne veux que la réforme, autant que je le puis. Et ma réussite ne dépend que d'Allah. En Lui je place ma confiance, et c'est vers Lui que je reviens repentant. » Hûd, 88.  

                                                 

Mercredi 6 Janvier 2021
Dakaractu




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