Covid-19 et sécurité alimentaire en Afrique : Les chiffres alarmants mis à nu par les effets de la pandémie.

Dans la deuxième édition de son rapport, Policy Center axe sa démarche sur l'étude de la pandémie à covid-19 et ses effets globaux sur l'économie africaine. Constant dans sa démarche qui est de contextualiser rigoureusement les performances économiques de l’Afrique, d'appréhender les changements qui traversent les Communautés économiques régionales (CER) dans la voie de l’intégration africaine, mais également d'analyser les décisions prises par l’Organisation continentale dans la mise en œuvre de l’ambitieux projet de zone de Libre-Échange, Policy fera un focus sur la situation alimentaire dans le continent Africain.


La démarche menée au cœur des grandes questions de développement de l’Afrique, leur permanence, leur récurrence et leur nouveauté, ne va aucunement occulter la question de la pandémie au coronavirus qui est le centre des préoccupations du monde,  particulièrement celle de l'Afrique.

'Policy Center' à travers l'analyse de spécialistes a fait le tour de supports médiatiques et de revues pour disséquer les effets de la pandémie Covid-19, principalement canalisés par les chocs économiques,  qui devraient provoquer une détérioration des conditions de la sécurité alimentaire en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne.

 

Concernant la sécurité alimentaire, sa vulnérabilité en Afrique et surtout avec l'impact de la Covid-19, le rapport 2020 de Policy Center interroge une série d'analyses notamment venant de la Banque Mondiale.  Selon les projections estimées, "la production agricole des pays d’Afrique subsaharienne se contractent de 2 à 7 % et les importations de denrées alimentaires causeraient de 13 à 25 % (Banque mondiale 2020).

 

Une explication à ces contre performances sera tentée d'être livrée en se basant principalement sur le résultat des mesures de confinement mises en œuvre pour limiter la propagation du virus Covid-19. En effet, ces mesures ont carrément paralysé un certain nombre d’activités économiques en mettant au chômage une partie importante de la main-d’œuvre. Cette situation pourrait conduire à une perte considérable d'emplois. Ce qui est fatal pour le continent africain. Selon le rapport mis à notre disposition, il a été clairement noté que l’Organisation internationale du Travail (OIT) a montré qu’en Afrique, "plus de 26% d’emplois sont susceptibles d’être perdus à cause de la suspension de certaines activités économiques". "Un taux relativement faible par rapport aux autres régions, mais qui peut aboutir à une catastrophe, puisque les économies africaines sont celles où le taux d’informalité dans le secteur non-agricole est le plus élevé et où les programmes de protection ne couvrent qu’une partie faible de la population", renseigne Policy Center.  

 

Une pauvreté persistante

 

Dans son deuxième rapport annuel, 'Policy Center' estime que le ralentissement des activités économiques de même que la mise au chômage d’une part importante de la population active pourrait faire basculer plus de 27 millions d’Africains dans l’extrême pauvreté avec moins de 2 dollars par individu et par jour ( Etude démontrée par UNECA, 2020). Cette effervescence de pauvreté s'accompagne d’une baisse de la demande des produits alimentaires même si celle de certains aliments, notamment les produits de base (céréales, racines et tubercules), est inélastique.

 

 Par conséquent, "non seulement les ménages africains ne pourront plus accéder à des denrées alimentaires riches en nutriments et diversifiées (des paniers alimentaires équilibrés composés de féculents, de légumes, de fruits et de protéines), mais ils pourraient voir également leurs apports caloriques basiques diminuer, ce qui les plongera dans une situation d’insécurité alimentaire".

 

Ainsi, l’ampleur de l’impact de la pandémie Covid-19 en Afrique peut, aussi, se faire ressentir au niveau des Chaînes de valeur agricoles nationales. Des perturbations des marchés des intrants agricoles (fertilisants, semences sélectionnées, produits phytosanitaires, etc.), en raison des mesures de confinement et de l’état d’urgence, peuvent entraver l’accès des agriculteurs aux consommations intermédiaires nécessaires dans le processus de production. 

 

Cette situation est susceptible d’induire deux chocs : le premier, au niveau de l’offre, qui réduirait obligatoirement les volumes produits et le deuxième, sur la demande, car plusieurs agriculteurs perdront une part importante de leurs revenus. De plus, en l’absence d’infrastructures adéquates, le stockage des produits alimentaires fragiles et périssables s’avère être une mission impossible en Afrique. Les produits alimentaires, transformés ou à l’état brut, exigent des conditions de stockage bien précises en termes d’humidité et de température. 

 

Malheureusement, en Afrique, le gap en termes d’infrastructures est énorme et leur qualité laisse souvent à désirer. D'où cette situation se traduit souvent par des pertes considérables de la production. En Afrique sub-saharienne, où les infrastructures font souvent défaut, les pertes post-récoltes pour les céréales atteignent environ 6% de la production céréalière totale, celles-ci peuvent atteindre le double (12%) pour les légumineuses (Stathers & al., 2017). 

 

La fermeture des marchés traditionnels durant la période du confinement a non seulement fait accuser aux agriculteurs, surtout les petits, d’importantes pertes de revenus, mais a causé également des pertes considérables en termes de production agricole, en raison de la défaillance des unités de stockage. 

 

En plus des perturbations des Chaînes de valeur agricoles nationales, les dysfonctionnements des Chaînes de valeur agricoles internationales font craindre que davantage d’Africains ne basculent dans la faim, car plusieurs pays africains dépendent du commerce international pour couvrir les besoins alimentaires de leurs populations. 

 

Le déficit commercial agricole en Afrique, calculé à travers le ratio exportations agricoles sur les importations agricoles totales, n’a cessé d’augmenter ces dernières années montrant que les pays africains importent beaucoup plus de produits agricoles, majoritairement alimentaires, qu’ils en exportent. Mis à part les pays de l’IGAD et de l’EAC, dans toutes les autres Communautés économiques régionales, les importations agricoles sont plus élevées que les exportations. 

 

L'urgence de bonnes mesures politiques alimentaires 

 

Que ce soit en période de crise ou non, le problème d’insécurité alimentaire en Afrique fera toujours surface, tant que les performances économiques et agricoles du continent seront en dessous de la moyenne et tant qu’il y aura une part importante de la population vivant dans des conditions d’extrême pauvreté. Il est répandu que la sécurité alimentaire est intimement liée aux performances agricoles et à la quantité des denrées alimentaires produites mises sur le marché et que subvenir aux besoins alimentaires de la population nécessite une révolution verte en Afrique. 

 

Pourtant, d’autres expériences internationales, notamment celles des pays asiatiques, montrent que malgré l’amélioration significative des performances agricoles, plusieurs millions de personnes souffrent encore de malnutrition dans cette région. Certes, les niveaux de performances timides de l’agriculture africaine laissent une marge de manœuvre importante quant à l’amélioration des rendements (Mengoub, 2019), cependant, l’augmentation de la production n’est pas synonyme d’autosuffisance alimentaire et de couverture totale des besoins alimentaires.

 

La preuve c’est que malgré les taux de croissance agricole robustes qu’enregistre le continent, les indicateurs de la sécurité alimentaire en Afrique laissent encore à désirer. 

 

De plus, des enjeux économiques et sociaux limitent, à leur tour, l’accès aux denrées alimentaires. En effet, l’absence d’infrastructures adéquates pour stocker et transporter les denrées alimentaires peut provoquer une situation de pénurie de produits alimentaires dans les marchés domestiques. En ce qui concerne les volets économiques et sociaux, l’absence de programmes de protection sociale effective et inclusive aggrave la situation de sécurité alimentaire, surtout pour les populations les plus démunies. 

 

Force est de reconnaître que les décideurs africains ont multiplié les efforts pour garantir la sécurité alimentaire de la population, notamment à travers le PDDAA et l’Agenda 2063 et des progrès importants ont été enregistrés aussi bien au niveau continental que régional au niveau des différentes Communautés économiques régionales.

 

Toutefois, ces progrès demeurent insuffisants et des mesures urgentes doivent être prises pour à court et le long termes. Pour le court terme, une mobilisation massive des États africains est nécessaire pour faire face aux effets indésirables de la propagation du virus Covid-19 qui menace les moyens de subsistance de millions d’Africains, tandis que sur le long terme, il faut restructurer les politiques agricoles et économiques de façon à remédier aux erreurs du passé, car la situation de la sécurité alimentaire en Afrique n’est que le résultat des échecs des politiques alimentaires du passé.

Vendredi 1 Janvier 2021
Dakaractu




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