Covid-19 / Suspension du championnat (Ligue 1 – Ligue 2) : Les présidents de clubs tiraillés entre patriotisme et inquiétudes, demandent un soutien de l’État.

Ils sont pour la plupart des présidents de club de football en Ligue 1 et ou Ligue 2. Des dirigeants inquiets face à la situation, mais avant tout conscients de la nécessité d’endiguer la pandémie du coronavirus au Sénégal. En effet, s’ils sont pour la plupart totalement en phase avec les mesures drastiques prises par le chef de l’État dont la suspension des activités sportives pour une durée de 30 jours. Ces chefs d’entreprise n’en demeurent pas moins inquiets par rapport aux conséquences économiques qui pourraient s’avérer plus lourdes que prévu.


Un élan de patriotisme chez les présidents de club. Un engagement ferme auprès des autorités étatiques…
Un tour effectué au niveau de quelques  clubs (As Pikine, Jaraaf, Guédiawaye FC) a permis de tâter le pouls des dirigeants qui ont des avis quelque peu contradictoires sur le sujet. De prime abord, les violons sont tous accordés. Et pour Pape Thialis Faye, le président de Guédiawaye Football Club (GFC) : « L’interdiction  de rassemblements publics est une mesure salutaire. Je pense que nous sommes tous d’accord avec cette mesure du président Macky Sall. » Un avis partagé par Mamadou Guèye, le tout nouveau président de l’AS Pikine. « En tant que citoyen et acteur sportif, ne nous pouvons que saluer cette mesure de l’État. »  Le vice-président du Jaraaf, Youssou Dial, prend la pleine mesure de cette pandémie : « C’est une situation sans précèdent, tout le monde est touché », lâche-t-il. 
« Avant de parler de football et de business, il faut au préalable régler le problème de la santé », argue Pape Thialis qui préfère ne pas se plaindre de la situation. Mieux, il estime que cette suspension de 30 jours sera une sorte de trêve prolongée. « On a déjà bouclé la première partie de championnat, on a joué la coupe de la ligue et les 32èmes de finale de la coupe du Sénégal. Donc même si cette mesure n’était pas prise, on allait vers la trêve. »  De l’avis du second décisionnaire du Jaraaf de Dakar, la situation est plus complexe qu’il n’y paraît : « Nous savons tous comment fonctionne le football Sénégalais, les clubs ne disposent pas de beaucoup de moyens. Malgré cette suspension, le Jaraaf va continuer à payer les salaires et endosser toutes les charges annexes (Entraînements, prise en charge médicale…)  Des impacts « négatifs » selon lui. D’autre part, du côté du club Pikinois, Mamadou Guèye  reste conscient de cet impact sur : « Le rythme et la bonne dynamique du groupe qui pourrait en pâtir. Nous  allons définir un dispositif interne afin de palier à cette situation…» Le président de l’ASP évoque ainsi un souci du point de vue sportif plus qu’autre chose.
Vers des séances d’entraînement à huis clos. Un « confinement » des joueurs envisagé…
D’ailleurs, pour rester sur la bonne lancée dans laquelle ils ont bouclé la première partie de Ligue 2, le président de Guédiawaye FC (5ème, 20pts) envisage des séances d’entraînement à huis clos. « Une équipe de football qui se veut compétitive ne peut pas rester 30 jours sans la moindre activité. Nous allons tenir des séances d’entrainement à huis clos avec uniquement les joueurs et le staff technique.» Le tout en faisant montre d’une grande minutie quant aux mesures préventives recommandées, précisera Thialis Faye. Une mesure que semble approuver les dirigeants du Jaraaf : « En tout état de cause nous serons obligés de tenir des séances d’entrainement à huis clos. Dans le cas contraire, il y aurait un risque de rassemblement public », souligne Youssou Dial. Le GFC pourrait même garder l’ensemble de ses joueurs en internat dans les structures du club. Une solution certes pratique pour les clubs, mais assez coûteuse selon Pape Thialis Faye. 
Un manque à gagner pour les clubs… Une subvention envisagée par l’Etat ? 
« Lors de certains matches on peut faire des recettes allant de 500.000 FCFA jusqu’à 1.500.000 FCFA c’est selon…Ces recettes nous permettent parfois de faire face à certains coûts tels que les frais d’entraînement ou les frais de pharmacie en cas de blessure des joueurs. » C’est sans détour que le vice-président du Jaraaf évoquera la question économique. Si beaucoup estiment qu’il est inopportun voire déplacé d’aborder ce débat en ces temps où la santé publique est plus que prioritaire, beaucoup de dirigeants de structures sportives nourrissent des craintes légitimes dans ce sens. « Tout cela dépendra des mesures que prendra l’Etat », renchérit Mamadou Guèye qui préfère couper la poire en deux plutôt que tout faire endosser au gouvernement Sénégalais. De l’avis de Thialis Faye, cette suspension a un côté « positif » : « Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, cette situation est quelque part avantageuse. Car, d’habitude on dépense minimum 500.000 FCFA par semaine pour préparer nos matches. Ces temps-ci avec une somme de 100.000 on peut tenir la semaine. » A quelque chose malheur est bon sommes-nous tentés de dire…
Il est évident que les clubs locaux dans leur écrasante majorité rencontrent de difficultés financières qui ne datent pas d’aujourd’hui. Dès lors, Youssou Dial estime que ceci devrait être un prétexte tout trouvé pour s’asseoir autour d’une table et essayer de voir avec les autorités étatiques comment accompagner durablement les clubs. « Personne ne peut dire avec exactitude quand est-ce que le championnat va reprendre… Si toutefois la compétition reprend on jouera sur une durée plus longue. Donc ça fera encore plus de charge pour les clubs », déplore-t-il. 
Toutes choses qui font dire à Pape Thialis que le plus important n’est pas d’exiger un dédommagement à tout va. « Je pense que ce n’est trop pertinent d’exiger un dédommagement, mais plutôt d’aller vers des solutions viables. Le président Sall a la volonté d’accompagner le football local. C’est dans ce sens que nous devons travailler afin que les clubs bénéficient de subventions conséquentes.» 
Une saison blanche pas encore d’actualité au Sénégal ?
Si la situation reste maitrisée, la pandémie du coronavirus qui se propage à vitesse grand « V » empêche toute projection à long terme. Si la thèse d’une année blanche est secrètement évoquée dans une frange du milieu du foot local, la grande majorité reste persuadée que ce débat est non seulement prématuré mais pas du tout d’actualité. Pour Youssou Dial « Ce débat est prématuré, nous ne sommes pas encore à ce stade. » Idem pour Pape Thialis Faye qui reste plus que jamais positif face à cette pandémie du covid-19 : « Je ne pense pas qu’on va annuler… Cette situation ne peut pas perdurer tôt ou tard on va reprendre le championnat. »
 
Mercredi 18 Mars 2020
Dakaractu




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