Covid-19 : Le Pr Moussa Seydi favorable à l’utilisation du vaccin AstraZeneca au Sénégal.


La réticence des Sénégalais face au vaccin AstraZeneca va crescendo et ralentit gravement cette campagne de vaccination initiée contre la Covid-19. Cette posture n’agrée par le Pr Moussa Seydi, chef du Service national des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Fann. Lui qui prend la défense du vaccin AstraZeneca dont, aujourd’hui, l'utilisation fait l’objet de controverses à travers le monde, trouve qu’il urge pour toutes les populations sénégalaises de faire fi de ces appréhensions et d’aller se faire vacciner. 

‘’Par rapport à ce qu’on entend ces derniers temps, concernant ce vaccin AstraZeneca, je dis que rien ne montre aujourd’hui que ces thromboses sont liées à ce vaccin. Parce qu’il faut avoir un indice qui prouve que ce vaccin a des effets négatifs. L’arrêt d’utilisation de ces vaccins sera regrettable et va aussi ralentir la campagne de vaccination. Et il est connu que si on vaccine 5 à 10 millions de personnes par jour, il est normal qu’il y ait des sujets qui meurent des suites d’un Avc ou autre chose. Ce qui est dénoncé aujourd’hui n’est rien comparé à ce qui va suivre. Au fil du temps, nous allons voir, au fil de la cette campagne de vaccination d’autres cas similaires. Mais il nous faut comprendre que cela relève de la coïncidence. Donc encore une fois, il n’y a aucune explication scientifique qui explique cette série de suspensions de ce vaccin. Cela,  il faut que tout le monde le sache’’, a confié le Pr Seydi. Celui-ci prenait part à un webinaire ce mercredi 17 mars 2021, dans le cadre de la Campagne de Vaccination contre la Covid-19 au Sénégal. Rencontre virtuelle initiée par le Réseau des Volontaires Communautaires en Appui au Personnel de Santé (Revocap).

Pour l’infectiologue, les autorités sénégalaises n’ont aujourd’hui aucune raison de suspendre l’utilisation du vaccin AstraZeneca au Sénégal. Et ce, même si beaucoup de pays européens ont pris cette option. ‘’Il nous faut cesser d’être les moutons de Panurge. Ce n’est pas parce que les gens ont pris leurs décisions que nous aussi on doit faire la même chose. Nous devons raisonner et ne pas suivre la même mouvance’’. Pour lui, l’intrusion de la politique, la manipulation et les fakenews, à chaque fois qu’il y a une épidémie, en sont un des facteurs explicatifs de cette crainte. ‘’Actuellement on parle de trouble de la coagulation. On se demande s’il y a un indice sérieux. Et s’il y en avait en ce moment-ci, certains allaient opter pour la suspension de la vaccination pour plus de précaution. Mais, cette suspension allait empêcher la vaccination de 5 à 10 millions de doses qu’on devait faire par jour et pendant ce temps beaucoup de gens seraient contaminés et vont mourir de la Covid-19. Donc, la meilleure précaution est de poursuivre la campagne de vaccination jusqu’à avoir des résultats probants. Donc, je confirme qu’il faut continuer la campagne de vaccination comme c’est le cas au Sénégal. C’est cela qui est logique. J’en profite pour rappeler que la prise de deux doses du vaccin AstraZeneca, espacée de 3 mois, d’après les dernières études que j’ai vues, leur efficacité est de 80%. Le vaccin Sinopharm (79%), les chiffres peuvent varier selon les pays ou l’échantillon. Mais tous ces deux vaccins protègent dans 100% des cas contre les formes sévères’’. 

Vu l’urgence de poursuivre la campagne de vaccination pour venir à bout de la maladie, il a préconisé une communication plus responsable pour donner plus de confiance aux populations. ‘’Il m’arrive d’entendre, chaque jour, des gens dire qu’ils ne veulent pas du vaccin AstraZeneca parce qu’il le craigne plus que la Covid-19. Ils disent préférer ne pas se faire vacciner s’il ne restait que ce vaccin. À ceux-là, je rappelle la nécessité d’aller se faire vacciner. De toute façon l’avenir nous édifiera. La vérité finit toujours par prendre le dessus. La décision de la France de suspendre l’utilisation du vaccin AstraZeneca n’est pas légitimée par des raisons scientifiques. Seuls 20% des français ont confiance à ce vaccin, voilà pourquoi leur gouvernement a décidé de suspendre l’utilisation de ce vaccin. Donc, chacun a son domaine. Nous, en tant qu’infectiologue, que ce soit les maladies bactériales, parasitaires etc... que ce soit relativement à la prévention que dans le cadre de la recherche, tout cela nous interpelle. Donc notre mission ne se limite pas seulement à traiter les maladies. Tous ces volets nous concernent. Je vais finir par dire que notre challenge aujourd’hui est qu’il nous faut un objectif simple et clair qui mérite toute notre énergie. C’est de communiquer pour permettre aux populations de pouvoir différencier la vérité et le mensonge et de pouvoir continuer à se faire vacciner. Donc il nous faut centrer la communication sur l’efficacité du vaccin, pour montrer que c’est bien toléré et que beaucoup de rumeurs sans fondement sont véhiculées. Ainsi, en fonction de ce qu’il y aura, on dira ce qu’il en est. Voilà pourquoi, je dis que, quoi qu’il en soit, il nous faut étudier, après réception des vaccins, leurs taux d’efficacité et leurs effets indésirables’’. 

Il donne à titre d’exemple le cas du ‘’vaccin Sinopharm qui, d’après une étude, a montré un taux d’efficacité de 79%, alors qu’aux Émirats Arabes Unis et au Maroc, il a été de l’ordre de 85% d’efficacité. Ces études permettent aux populations d’avoir plus confiance. Il nous faut faire en sorte que les populations aient confiance en nous. Nous devons aussi veiller à structurer nos discours afin que la confiance des Sénégalais, reste entière pour qu’on puisse avancer’’.
Jeudi 18 Mars 2021
Dakaractu



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