Course aux collectivités territoriales : Pourquoi les grandes villes aiguisent-elles tant l’appétit chez les politiques?

La bataille pour les prochaines échéances locales est bien lancée, mais dans un contexte assez indécis et où les choix ne sont pas clairement définis. En tout état de cause, le rendez-vous électoral du 22 janvier prochain mettra en jeu des intérêts multiples surtout pour la gestion des grandes villes. Au Sénégal, c'est principalement Dakar, Thiès, Saint-Louis, Kaolack, Ziguinchor et Touba qui représentent les grandes cibles. Qu'est ce qui explique l'intérêt, les ambitions dans ces grandes villes? Quelle particularité, ces prochaines locales auront-elles par rapport aux précédentes de 2009 et 2014? L'opposition sera-t-elle plus à l'aise pour la conquête de ces villes?


 Pendant longtemps, les élections locales particulièrement à Dakar ont toujours été remportées par le camp présidentiel. Ce n'est qu'en 2009, puis en 2014, que Khalifa Sall viendra faire mentir cet adage en remportant l’hôtel de ville face au candidat désigné par Abdoulaye Wade, le maire sortant Pape Diop en 2009, avant de rempiler en 2014.  Au vu du feuilleton judiciaire sur l'affaire dite de la caisse d'avance, malgré l'aspect politique, n'y a t-il pas eu des contours économiques au regard du poids de la ville de Dakar? Le pouvoir peut-il accepter un maire de la ville contrôler tout le potentiel économique en terme de taxes et d'accès aux institutions étrangères qui investissent au Sénégal?
 
Rappelons-nous d'abord que les prochaines élections locales étaient initialement prévues en 2019, après de multiples reports, elles ont été finalement fixées pour le 22 janvier 2022.
Et depuis l'annonce de cette date, les sorties et événements politiques se multiplient. D'un côté, nous avons assisté à la création de la coalition Yewwi Askan Wi, suivie quelques jours plus tard de celle du Pds. Toutefois, la bataille de Dakar et celles des autres grandes agglomérations va avoir inéluctablement lieu dans ces villes qui ont non seulement un grand électorat, mais également constituent une bonne base en perspective d'autres échéances électorales.
 
 Une bataille pour la visibilité des réalisations
 
Gagner une grande ville comme Dakar, donnera une bonne position pour les législatives et facilitera les élections présidentielles. Au- delà de cet aspect, la visibilité est aussi importante pour les hommes politiques qui veulent se distinguer à travers la gestion d'une grande ville comme Dakar. C'est dans ces villes que l'homme politique parvient à faire un travail facilement médiatisé.
 
Une bataille de leadership est bien lancée dans les rangs des grandes coalitions de l'opposition. À ce sujet, l'analyste politique Ibrahima Bakhoum pense qu'à Dakar, rien que pour le contrôle de la ville, les hommes politiques vont tout donner pour 'parfaire' leur image et se donner une bonne note en mettant en évidence les réalisations.
 
Une course acharnée aux enjeux économiques…
 
Si nous prenons l'exemple de Dakar, il est vrai que depuis des décennies, elle représente un enjeu majeur pour tous les régimes qui se sont succédé à la tête du pays. Si nous interrogeons l'histoire, nous pouvons nous rappeler qu'en 1996, lorsque le Parti socialiste était encore aux affaires, une grande réforme avait été adoptée : C'est l’Acte II de la décentralisation, qui avait consisté à subdiviser Dakar en dix-neuf communes d’arrondissement, correspondant elles-mêmes aux dix-neuf coordinations du PS. Aujourd’hui, C'est l'avènement de l'Acte III de la décentralisation qui consiste à ériger toutes les communautés rurales et les communes d’arrondissement en communes. Une option qui répond à l’impératif d’une gestion de proximité des problèmes des populations et une participation des acteurs locaux à l’impulsion et à la mise en œuvre des stratégies de développement territorial.
 
Le statut communal se renforce à cet effet avec la communalisation intégrale, et ainsi la communauté rurale disparaît dans l’architecture de notre décentralisation. Cependant, ces élections prochaines ont une particularité. La nouveauté introduite dans le mode d’élection des maires et présidents de conseils départementaux au suffrage universel direct, lors des prochaines élections locales, demeure un défi sur le mandat des futurs chefs d’exécutifs locaux. Les électeurs auront donc la possibilité pour une première fois de voter directement pour le candidat de leur choix au poste de maire de leur commune. Pour qui cette option sera-t-elle bénéfique?
 
En réalité, le défi qui se pose à la majorité est d’arracher la région de Dakar à l’opposition. Si elle détient les communes de Guédiawaye avec une situation relativement équilibrée à Pikine, d’autres fiefs en revanche lui échappent, à commencer par la capitale. Dakar n'est pas seulement convoitée pour le prestige de la mairie de la ville. Il y a également le côté économique. Toute l'économie sénégalaise est essentiellement concentrée à Dakar. Par exemple, les importations passent par la ville. Même s'il y'a le côté politique, Dakar est aujourd'hui l'objet de toutes les convoitises grâce à son poids politique.
 
Pour l'opposition,  Barthélémy Dias, avec ses multiples sorties et  campagnes de proximité, n'a pas manqué d'afficher son ambition pour la ville. Toutefois, il faudra préciser que l'équation Soham/Barth serait dans ce cas, embarrassante pour Khalifa Sall. De la même manière, ces ambitions seraient du côté de Ousmane Sonko pour la ville de Ziguinchor ou encore Cheikh Tidiane Dièye, et d'autres membres de la coalition Yewwi Askan Wi? L'actuel maire Abdoulaye Baldé et membre de la coalition Benno Bokk Yakaar est en revanche, bien enraciné dans sa ville et ne semble pas prêt à tourner le dos à tout ce que peut procurer la ville de Ziguinchor.
 
À Thiès, l'opposition aura fort à faire avec non seulement l’équation Talla Sylla, mais encore à un Bby renforcé par le parti Rewmi.
C'est aussi le cas du département de Saint-Louis qui présente une multitude de candidatures à l'assaut des prochaines locales. Dans cette ville, Mansour Faye le maire sortant, devra faire face à plusieurs autres candidats dont Ahmed Fall Braya, Cheikh Bamba Dièye, Mary Teuw Niane etc...
 
Pour l'analyste politique, Mamadou Albert Sy, "L'important pour ces grandes villes c'est d'avoir un marché rentable. Par exemple avec l'urbanisation galopante et la présence de partenariats surtout Européens, les gens vont souvent vers les grands centres commerciaux, des restaurants et salles de jeux etc... C'est donc un enjeu économique important pour ces grandes villes".
 
Les festivals à Saint Louis, ainsi que les grandes fêtes culturelles d'envergure internationale se font souvent sous la supervision de la municipalité qui contrôle les rentrées financières dans la localité. L'industrie minière, à Thiès, est aussi un facteur à ne pas occulter et qui peut susciter les convoitises de plusieurs entreprises qui vont faire rentrer des économies dans la région.
 
Le foncier, une source fiscale importante
 
 Il faut rappeler que le foncier, est la nouvelle mamelle des collectivités territoriales.
Moult conflits sont occasionnés par une "marchandisation" de la terre très convoitée par le secteur privé et en particulier les acteurs de l’agro-business ou de l’immobilier. La mainmise sur ces terres à l’échelon communal est effectuée par certains élus locaux à travers des permis de construction sur certaines zones. Cette prérogative des élus sur le domaine national est aussi un élément important qui favorise cet appétit dans le cadre de la gestion communale.
 
 
Comment l'opposition pourrait s'emparer des grandes villes?
 
On peut comprendre que les locales prévues en 2019, au lendemain de la présidentielle, aient été repoussées pour ne pas surcharger le calendrier électoral. Mais il faut se rappeler que les reports successifs qui ont suivi semblent davantage liés à un contexte social et économique peu favorable au camp au pouvoir. L'opposition doit-elle en profiter? Comment compte-t-elle engager la bataille pour se procurer certaines grandes villes? Est-elle bien préparée?
 
Ce sont des interrogations auxquelles notre interlocuteur Mamadou Albert Sy tentera de répondre. À l'en croire, "l'opposition n'est pas bien consciente des enjeux de la décentralisation".
D'autre part, l'opposition n'est pas bien préparée pour certaines grandes villes comme Dakar ou encore Ziguinchor. "Si nous prenons l'exemple de Idrissa Seck, c'est vrai qu'il n'a plus la même crédibilité depuis plus de 10 ans, mais il a toujours œuvré pour Thiès. Il a travaillé cette notoriété pendant des années. C'est le même cas pour Abdoulaye Baldé, parce qu'il a su tenir la mairie de Ziguinchor depuis que Robert Sagna est parti" étaya le politologue.
 
 Même s'il y'a une multitude de coalitions, les prochaines élections municipales et départementales vont être charnières et décisives pour la carte électorale. Prévues successivement en 2022 et 2024, les prochaines élections législatives et présidentielles devraient être discutables après janvier 2022...
Mardi 21 Septembre 2021
Dakaractu



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