Course au perchoir de l'Assemblée: Tanor, le tiers candidat

Relativement ouverte, la guerre du perchoir laisse apparaître deux principaux protagonistes au sein de la majorité de Benno Bokk Yaakaar. L’un, Moustapha Niasse, est déjà sous « bonne tutelle ». L’autre, Moustapha Cissé Lô, veut saisir ses chances à travers les urnes. Mais, la polémique autour de la primatie entre ces deux en cache une autre, qui peut se révéler bien plus alambiquée : celle d’un tiers candidat sous réserve.


Par le secret des dieux, par cette assurance du président de la coalition Benno Bokk Yaakaar, Moustapha Niasse se refuse de commenter la brûlante actualité qui fait débat dans les cercles politiques. Dans les conditions normales de pression du président de la République, le perchoir de l’Assemblée nationale lui est « réservé », quelque soit par ailleurs la température de son adversaire le plus prolixe, Moustapha Cissé Lô. Ce dernier a beau s’égosiller, le choix – tacite de Macky Sall – est déjà fait. Sans appel. Et, sauf désistement volontaire de l’intéressé, son exécution devrait être des plus aisées le jour du… « vote-nomination » ou « nomination-vote » du président de la chambre basse du Parlement. Pour conforter son initiative, le président de l’Alliance pour la République a tapé du poing sur la table jusqu’à doucher les ardeurs de ses « cadres » et de « ses femmes » qui avaient balbutié quelques jérémiades. Ainsi, au sein de l’Apr, le débat est clos, au moins publiquement. Nul n’ose récuser ouvertement cette décision qui, bon an mal an, a reçu autorité de la chose décidée. Mais, la question du perchoir est-elle pour autant enterrée au sein de la majorité présidentielle, victorieuse des dernières élections législatives ?

Tanor-Niasse : la beauté d’un éternel duel Il y a près de trois ans, les observateurs avaient persisté sur l’impossibilité d’une candidature unique de l’opposition. Le 1er décembre dernier, une ultime réunion de Bennoo Siggil Senegaal confirme la critique : Moustapha Niasse est « élu » candidat de l’unité et du rassemblement. Le parti socialiste crie au complot et multiplie les accusations. Mais, le résultat de cette désarticulation de Bennoo Siggil Senegaal n’était que la conséquence d’un préalable historiquement connu. Un candidat unique de l’opposition d’alors n’était possible que si Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng n’avaient pas les mêmes visées présidentielles. Aujourd’hui, avec la victoire de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY), les deux hommes semblent se retrouver autour de l’essentiel. Mais, c’est enfoncer une porte ouverte que de dire que le compagnonnage circonstanciel entre le leader de l’Alliance des forces de progrès et celui du Parti socialiste est solennellement « contre-nature », du fait des querelles de préséance qui ont toujours prévalu entre eux. Si bien qu’à l’heure de la course au perchoir, l’histoire semble tentée par le bégaiement. Une position savamment distillée dans la coalition BBY fait passer Ousmane Tanor Dieng comme « le plus beau » des présidents de l’Assemblée nationale que BBY ne puisse jamais avoir. C’est dire que vis-à-vis de Niasse, la position des soutiens de Tanor n’a pas varié. Autant une élection présidentielle ne pouvait se tenir au Sénégal « sans le Parti socialiste, plus représentatif, plus historique », autant la mesure du perchoir ne devrait être taillée qu’à la mesure du patron des socialistes, du moins, chez Haïdar El Aly. Jusqu’où ira le concerné ? « La lutte continue ». Pour l’heure, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le nouveau OTD

Dans le Macky, un homme au moins est à la place qu’il faut. Ousmane Tanor Dieng, membre influent de l’International socialiste, ami des amis du président Hollande, a depuis toujours ses réseaux dans le nouveau cercle de l’Elysée. Son entregent, il l’a étalé lors du dernier voyage de Macky Sall à Paris. Conseiller diplomatique sorti de la bonne vieille École nationale d’administration et de magistrature (Enam), Ousmane Tanor Dieng pourrait mettre à profit son alliance avec Macky Sall et ses amitiés avec les socialistes au pouvoir en France pour réaliser un rêve de toujours : jouer les diplomates. Mais, le nouveau OTD pourrait hisser la barre de ses ambitions plus haut. Du perchoir de l’Assemblée nationale, il pourrait pour le président Sall, ouvrir et gérer le « bureau de liaison officieux » avec l’Élysée. Ne serait-ce que de manière éphémère, une posture de deuxième personnalité de l’Etat pourrait « faciliter les choses » et mieux fluidifier le partenariat entre le Sénégal d’un Macky Sall « libéralo-marxiste » et la France d’un Hollande « socialiste ». Cet argument, conjugué au mode d’élection du député Ousmane Tanor Dieng, qui a préféré la majoritaire à la proportionnelle de Niasse, pourrait aiguiser la convoitise de ce tiers candidat encore sous réserve
Mercredi 18 Juillet 2012
Loffice