Coup d’État contre Condé : que deviendront les accords pour la réouverture des frontières avec le Sénégal ?


La Guinée a tourné la page Alpha Condé. Le président réélu pour la troisième fois au sortir des élections d’octobre 2020, a été destitué ce dimanche 5 septembre par les forces spéciales, sous la conduite du lieutenant-colonel Mamady Doumbouya. Ainsi, une nouvelle équipe s’installe en Guinée et devra décider de la destinée de ce pays d’Afrique de l’Ouest. 

Si la situation est suivie de près par la communauté internationale, elle ne l’est pas moins du côté du Sénégal et pour cause.  Après des relations tendues qui ont duré des années, Dakar et Conakry avaient décidé, avec les facilitations du président ghanéen de se « rabibocher ». Pour ce qui concerne au moins la réouverture des frontières, les autorités des deux pays avaient signé un mémorandum à Accra. Les choses commençaient déjà à bouger côté guinéen où l’accord est entre-temps passé au parlement et a été promulgué par l’ex président Condé. C’est à Dakar que des lenteurs ont été notées pour des raisons liées aux rigueurs de l’administration. 

Maintenant que le pouvoir a changé de main à Conakry, devrait-on craindre pour ces accords ? Les nouvelles autorités de la république de Guinée laisseront-elles les choses suivre leur cours ou émettront-elles le vœu de les réviser ou encore les jetteront-elles à la corbeille tout simplement ?  Il faut être un devin pour connaître d’avance la réponse à ces questions.

Cependant, il est utile de rappeler le contexte dans lequel les frontières ont été fermées par Alpha Condé. Les raisons sécuritaires convoquées par l’ancien chef de l’État guinéen n’avaient convaincu que son théoricien. Il était clair que Condé en voulait au Sénégal pour le refuge accordé à plusieurs opposants guinéens qui ont échappé à un emprisonnement certain à Conakry.  Et même pour rouvrir les frontières, l’ancien locataire du palais de Sekhoutoureya a tenu à ce qu’un des termes concerne la « non utilisation du territoire de l’une des parties contre les intérêts de l’autre partie ». Une belle stratégie pour compromettre le Sénégal qui se serait tiré une balle dans le pied en continuant d'offrir son hospitalité à des opposants qui ne bouderaient pas le plaisir de dire ce qu'ils pensent de la gestion de leur pays. Joignant l’acte à la signature, le régime de Condé lance un mandat d’arrêt contre un membre influent du Front national de défense de la Constitution (FNDC) dont les habitudes au Sénégal sont connues. Heureusement pour Dakar, Sékou Koundounou avait déjà quitté le sol sénégalais au moment de l’ « officialisation » du mandat d’arrêt. 

Ces tours de passe-passe ne seront certainement pas la tasse de thé du Comité national du rassemblement et du développement (CNRD). Le Colonel Doumbouya et ses hommes affirment avoir pris le pouvoir pour mettre fin à la souffrance des guinéens et à la gestion gabégique du pouvoir par Alpha Condé. Une priorité qui ne va pas de pair avec des calculs politiciens et des manœuvres pour écarter ses opposants.

En revanche, les accords avec le Sénégal pourraient être intéressés à maintenir ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. D’ailleurs, le nouvel homme fort a bénéficié de la formation des américains sur la riposte contre ces nouvelles menaces qui hantent le sommeil de l’Afrique de l’Ouest. Mais pour le moment, les frontières restent fermées, conformément aux vœux des nouveaux décideurs de Guinée.
Dimanche 5 Septembre 2021
Dakaractu



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