La nomination d’Alpha Thiam à la tête du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat suscite à la fois espoirs et attentes dans le milieu culturel sénégalais. Si plusieurs acteurs saluent l’arrivée de l’ancien directeur général de l'ADEPME, les journalistes culturels insistent également sur l’urgence de poursuivre les réformes engagées et d’apporter des réponses concrètes aux nombreuses préoccupations du secteur dont la question urgente de la copie privée.
Pour la journaliste culturelle et directrice de publication du journal Enquête, Bigué Bob, le nouveau ministre hérite d’un département stratégique qui touche à l’identité même du Sénégal.
"Je voudrais d'abord souhaiter plein succès à Alpha Thiam dans ses nouvelles fonctions. Le ministère de la Culture est un département important, parce qu'il touche à notre identité, à notre patrimoine, mais aussi à tout un écosystème d'artistes, de créateurs et d'acteurs culturels qui attendent beaucoup de l'État", a-t-elle déclaré.
Toutefois, elle regrette l’instabilité observée à la tête du département depuis l’arrivée du nouveau régime. "Il est quand même regrettable que nous en soyons déjà à trois ministres de la Culture en un peu plus de deux ans de gouvernance. Cette instabilité n'est jamais une bonne chose pour un secteur qui a besoin de vision, de continuité et de suivi", estime-t-elle.
Selon elle, plusieurs dossiers majeurs peinent encore à connaître une issue favorable, notamment celui de la copie privée. "Lorsque Khady Diène Gaye était ministre, sa mise en œuvre avait été annoncée comme imminente. Deux ans plus tard, elle n'est toujours pas effective alors qu'elle concerne directement les revenus des artistes et des ayants droit", rappelle la journaliste.
Bigué Bob invite également le nouveau ministre à poursuivre les Assises de la Culture lancées sous son prédécesseur Amadou Ba. "Le défi d'Alpha Thiam ne sera pas seulement d'imprimer sa marque personnelle. Il sera surtout de rassurer les acteurs culturels en montrant que les engagements pris par ses prédécesseurs seront respectés et que les réformes en cours iront jusqu'au bout".
De son côté, le président de l’Association de la presse culturelle du Sénégal (APCS), Alioune Badara Mané, partage le même constat sur l’importance stratégique du département.
"Le ministère de la Culture reste le département le plus stratégique et le plus compliqué du gouvernement. La culture ne se limite pas au folklore, c'est aussi le scientifique. Raison pour laquelle avoir une personne rompue à la tâche, avec une bonne connaissance du milieu serait mieux pour la communauté artistique", affirme-t-il.
Le journaliste culturel estime que de nombreux chantiers attendent le nouveau ministre. Parmi eux figurent les États généraux de la Culture, la création d’une véritable école des arts et de la culture, ainsi que le renforcement des Industries culturelles et créatives (ICC).
Alioune Badara Mané attire également l’attention sur les difficultés rencontrées dans plusieurs sous-secteurs culturels.
"Le cinéma a besoin de salles modernes, la musique attend un renforcement de la SODAV et la création de conservatoires, le théâtre a besoin de financements, tandis que le livre demeure encore marginalisé dans les politiques culturelles. Quant à la danse, elle souffre d’un manque criant de fonds d’appui", explique-t-il.
Comme Bigué Bob, Alioune Badara Mané considère que le statut de l’artiste et la copie privée figurent parmi les réformes les plus attendues par les professionnels.
Il plaide également pour une réorganisation des grands événements culturels nationaux, notamment la Biennale, ainsi que pour une prise en charge de la situation des animateurs culturels formés par l’État et toujours en attente d’intégration dans l’administration.
Au-delà de la culture, les deux observateurs rappellent que le portefeuille confié à Alpha Thiam englobe également le tourisme et l’artisanat, deux secteurs majeurs pour l’économie nationale.