Coopération Afrique-Europe post-Covid-19 : Pour « une réinvention des représentations symboliques » (Timbuktu Institute)


« Les dirigeants africains et leurs partenaires internationaux ne doivent plus être induits en erreur par certaines analyses statiques et pré-pensées, biaisées par leur défaut d’ancrage et la non prise en compte des nouvelles réalités  d’un continent en profonde mutation » martèle Dr. Bakary Sambe. Cet extrait est issu d'une contribution critique d’un think tank africain, Timbuktu Institute, basé à Niamey et à Dakar au débat sur le monde post-Covid-19 que « l’Afrique ne doit pas subir » d’après les mots de son directeur qui craint qu’en ce « moment d’une auto-remise en cause », la communauté internationale rate encore la « précieuse opportunité d’un new deal ». 

 

Une nouvelle chance se présente pour redonner du sens à la coopération Sud-Nord si on sait saisir l’opportunité de la présente crise pour faire l’expérience de la valorisation des ressources et stratégies endogènes.

S’enfermer dans l’approche structurelle en ignorant la capacité des acteurs à évoluer et à créer de nouvelles conditions de possibilité serait un déphasage par rapport à la marche du nouveau monde où même la rigide science informatique met l’agilité au cœur des dynamiques et de l’analyse des complexités. Sans retomber dans le débat classique entre l’acteur et le système ou l’agent et la structure, l’enferment dans l’analyse structurelle ignorant l’agentivité a induit certaines puissances en erreur malgré leurs relations plusieurs fois séculaires avec l’Afrique.

 

Sans tomber dans une naïve idéalisation d’un nouveau partenaire se présentant sous ses beaux atours mais qui a aussi ses défauts, il semble évident que c’est en échappant aux « lumières » éblouissantes de la vision hegelo-hugolienne d’une Afrique qui devrait forcément appartenir à un autre continent que la Chine, par exemple, a pu réaliser qu’elle pouvait miser avec ce continent sur un deal commercial de 300 milliards de dollars.

 

Si elle a réussi cette opération de déconstruction, c’est que la Chine a pu établir le narratif selon lequel l’Afrique n’est point un défi mais une opportunité là où d’autres ont perdu leur avantage de départ sur cet aspect. Les puissances qu’elle bouscule aujourd’hui sont restées confinées dans la seule approche quantitative qui réduisit la place de l’Afrique dans le système commercial mondial à un simple indicateur statique : moins de 2% des échanges globaux. La Chine a pu tester un modèle de coopération dont le terrain d’expérimentation fut l’Afrique avec ses succès comme ses travers.

 

Il va falloir construire un nouveau multilatéralisme comme à chaque fois que l’humanité passe un choc. Après 1945, le système onusien était l’illustration d’un nouveau cap malgré ses insuffisances. Le plus grand risque auquel nous faisons face est que le monde post-coronavirus coïncide aussi avec celui du « post-shame », où on ne se gêne plus d’étaler l’adhésion à des thèses qui heurtent l’esprit du vivre-ensemble international et même la conscience d’une communauté de destin, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité collective.

 

Quelle que soit la profondeur des malentendus, il ne faudrait jamais perdre de vue que les barricades d’aujourd’hui qu’imposent les épidémiologistes, de même que les digues sanitaires vont tôt ou tard céder par la force des impératifs de la nécessaire coopération pour la sécurité collective ; et les vulnérabilités en partage referont jour avec encore plus d’acuité. Et nous devrons co-construire, dès maintenant, les stratégies pour y faire face, ensemble.

 

Dr. Bakary SAMBE

Directeur de Timbuktu Institute (Dakar, Niamey)– Enseignant-chercheur au Centre d’Etude des religions de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis

Mercredi 8 Avril 2020
Dakaractu



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