Consommation du cannabis et des opioïdes en Afrique : l’état des lieux très préoccupant de l’ONUDC.

Au moment où le trafic de résine de cannabis a explosé en Afrique, entraînant des saisies records dans des pays du nord et de l’Afrique sub-saharienne, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a publié un rapport sur les tendances du marché des drogues. Cette étude concerne essentiellement le cannabis et les opioïdes.


Le rapport de 127 pages révèle que le cannabis est produit dans la majorité des pays du monde. « Au cours de la période 2010-2019, la culture de plantes à cannabis a été signalée à l’ONUDC soit par le biais d’indicateurs directs ou d’indicateurs indirects par 151 pays, couvrant 97 % de la population mondiale », renseignent les enquêteurs de l’ONUDC.

 

L'Afrique de l'Ouest, région la plus touchée avec 27 millions de consommateurs  

 

L’Afrique n’étant pas en reste dans la culture du cannabis, elle n’est pas non plus épargnée par les affres de cette drogue consommée en 2019 par 48 millions de ses habitants, soit 6,4 % de la population âgée de 15 à 64 ans. Ces statistiques ont révélé que la région la plus touchée est l’Afrique de l’Ouest et du Centre où la prévalence de consommation est de 9,4 %, soit environ 27 millions de consommateurs. Dans cette région, le Nigeria s’est révélé le pays le plus touché par le phénomène avec 10,6 % de sa population qui s’adonnent à la consommation de cannabis, en 2018.

 

Le bal des opioïdes 

 

Parallèlement, les tendances des opioïdes ont été divulguées. « Les opioïdes sont un groupe de drogues comprenant une gamme de substances, y compris les opiacés et leurs analogues synthétiques. Les opiacés sont les alcaloïdes naturellement présents dans le pavot à opium et comprennent la morphine, la codéine et la thébaïne. Leurs dérivés semi-synthétiques comprennent l'héroïne, l'hydrocodone, l'oxycodone et la buprénorphine. Les opioïdes comprennent également une gamme d'opioïdes synthétiques ou pharmaceutiques, tels que la méthadone, la péthidine, le tramadol et le fentanyl », définit le rapport.

 

Cette « drogue » a été utilisée en 2019 par 1,2 % de la population africaine.

« Bien que la consommation d’héroïne soit couramment signalée par de nombreux pays de la région, l’usage non médical du tramadol est devenu un problème majeur, en particulier en Afrique de l’Ouest et du Centre et en Afrique du Nord », alertent les auteurs.

 

Pour illustrer cette situation préoccupante, l’ONUDC convoque les chiffres et il faut admettre que cela fait froid dans le dos. « En 2018, au Nigeria, on estimait que 4,6 millions de personnes, soit 6,0 % des hommes et 3,3 % des femmes âgées de 15 à 64 ans, avaient consommé des opioïdes (principalement du tramadol mais aussi de la codéine et de la morphine) au cours de l’année écoulée. En outre, 2,3 % de la population (une proportion égale d’hommes et de femmes), a signalé l’abus de sirops contre la toux à base de codéine au Nigeria en 2018 », démontre le rapport. 

 

Qui élargit son champ d’étude jusqu’en Afrique du Nord pour révéler que « l’utilisation non médicale du tramadol est également un problème majeur en Égypte, où 3 % de la population adulte a abusé du tramadol en 2016, 1,4 % des élèves secondaires ont déclaré avoir consommé du tramadol à des fins non médicales au cours de l’année écoulée ». 

 

« Parmi les autres pays de la sous-région, pour lesquels des informations récentes sont disponibles à partir d’enquête scolaires, le schéma de consommation d’opioïdes diffère, avec l’héroïne qui serait consommée par des adolescents en Algérie et au Maroc et la buprénorphine utilisée à mauvais escient en Tunisie », complète le rapport.

La santé des usagers en pâtit 

 

L’utilisation de ces drogues n'est pas sans conséquence sur la santé des usagers. Les données reçues d’Afrique du Sud ont montré qu'en 2019, parmi les personnes en traitement, l’héroïne est l’une des principales drogues problématiques dans la plupart des sites de traitement. 

 

« Sur les différents sites de signalement, entre 2 et 40 % des personnes fréquentant des services spécialisés de traitement de la toxicomanie ont indiqué que l’héroïne était leur principale ou secondaire substance préoccupante », renforce le rapport qui précise que « l’usage de l’héroïne comprend également les variantes locales de l’héroïne connues sous le nom de nyaope et whoonga. » Il a été relevé que 3 % des personnes qui ont eu accès aux services de traitement de toxicomanie ont signalé l’usage non médical de codéine. Le cannabis ne fait pas moins de dégâts.

 

« Les personnes en traitement pour des troubles liés à la consommation de cannabis sont couramment signalées en Afrique, où la moitié des personnes en traitement de toxicomanie en 2019 ont été signalées comme étant traitées pour une consommation de cannabis », met en lumière l’étude. 

 

Durant la période 2014-2017, les données disponibles ont montré que la majorité des personnes (73%) traitées pour des troubles liés à l’usage de drogues dans la sous-région ouest-africaine l’ont été pour l’usage de cannabis. D’après le rapport, cela correspond à un taux de près de 2 pour 100 000 adultes traités pour des troubles liés à la consommation de cannabis au cours de chaque année de référence.

 

En Afrique du Sud, le cannabis a été désigné comme la principale ou secondaire drogue responsable de la consultation des personnes qui se sont présentées au services spécialisés de traitement de la toxicomanie en 2019. Cette tendance a été surtout constatée chez les moins de 20 ans. Pendant ce temps, les étudiants âgés de 15 à 17 ans se signalent dans la consommation du cannabis en Afrique du nord avec un taux de prévalence variant entre 5 % au Maroc (2017), 2,5 % en Tunisie -2016) et 14,15 % en Égypte (2016).

 

Un demi-million de consommateurs morts en 2019

 

À l’échelle mondiale, on n’est pas loin de l’hécatombe. « La consommation de drogues a tué près d'un demi-million de personnes en 2019, tandis que les troubles liés à la consommation de drogues ont entraîné la perte de 18 millions d'années de vie en bonne santé, principalement à cause des opioïdes. Les maladies graves et souvent mortelles sont plus fréquentes chez les toxicomanes, en particulier ceux qui s'injectent des drogues, dont beaucoup vivent avec le VIH et l'hépatite C », renseigne la Directrice exécutive de l’ONUDC.

Ghada Waly de regretter qu’en dépit des dangers réels, l’usage de drogue ne connaisse pas un recul. 

 

« Au cours de l’année écoulée, environ 275 millions de personnes ont consommé des drogues, soit une augmentation de 22 % par rapport à 2010. » Elle est d’autant plus préoccupée que cette tendance n’est pas en voie d’être renversée. Au contraire, tout indique que le nombre de consommateurs ira crescendo et devrait augmenter de 11 % d’ici 2030 dans le monde et jusqu’à 40 % rien qu’en Afrique. Affligeant!

Vendredi 2 Juillet 2021
Dakaractu




Dans la même rubrique :