Conseil présidentiel de l'investissement : L’Etat s’engage à améliorer l’environnement des affaires


Présidant, hier, à Dakar, le Conseil présidentiel de l’investissement (Cpi), le chef de l’Etat, Macky Sall, a saisi l’occasion pour affirmer l’engagement du gouvernement à améliorer l’environnement des affaires afin de restaurer la compétitivité des entreprises. Le Sénégal compte aussi poursuivre les réformes pour rendre plus efficace la commande publique et décentraliser davantage le budget consolidé d’investissement(Bci) à travers des pôles de développement régionaux.

L’amélioration de l’environnement des affaires va être une priorité pour l’Etat. Le Conseil présidentiel de l’investissement (Cpi), tenu hier, à Dakar, a été une occasion, pour le président de la République, de revenir sur certaines mesures prises par l’Etat, en vue de traduire en réalité cet engagement dans le nouveau programme de réformes 2013-2015 annoncé par le gouvernement. Le chef de l’Etat est d’autant plus conscient de la pertinence d’une telle mesure qu’il a fait noter à l’occasion que « sans une amélioration de l’environnement des affaires, la commande publique ne pourra pas être efficace ». Il a réitéré, à cet effet, la nécessité de poursuivre les réformes dans tous les secteurs pour plus de gouvernance dans les marchés publics au Sénégal. Devant le patronat et les représentants des différents secteurs d’activité du pays, Macky Sall a tenu à préciser que c’est tout le sens de la rupture annoncée dans la gestion des affaires au Sénégal. Il a estimé que cela nécessite, par ailleurs, la mise en place d’un cadre beaucoup plus sain et d’une justice indépendante et neutre, qui donne des verdicts dans lesquels tous les acteurs se retrouveront. « Pour cela, nous allons faire la lumière et la traque des biens mal acquis tout en respectant les principes constitutionnels de la présomption d’innocence », a dit Macky Sall.
Cette nouvelle orientation sera soutenue, selon le chef de l’Etat, par des réformes hardies, comme celle que le gouvernement a engagée sur le Code général des impôts. A ce sujet, le président de la République a tenu à rassurer le patronat, précisant que cette réforme n’est pas faite contre l’entreprise mais, au contraire, va contribuer à appuyer sa compétitivité. Il a ainsi invité le secteur privé à formuler des propositions pour voir dans quelles mesures l’Etat pourra l’appuyer à accéder aux investissements dans des secteurs comme les mines et les projets structurants destinés notamment à améliorer le financement de l’économie et à soutenir les secteurs clés porteurs de croissance.

Forces et faiblesses du Sénégal
Le chef de l’Etat à réaffirmé également son engagement à aider à l’ouverture du capital des investissements étrangers au privé sénégalais, tout au moins dans les concessions.
Le secrétaire général du gouvernement, Seydou Guèye, est revenu sur les conclusions du Conseil interministériel préparatoire de la onzième session du Cpi tenu le 11 décembre dernier, à Dakar. A l’en croire, ce conseil a permis de passer en revue, sans complaisance, la situation de l’environnement des affaires. Selon lui, le conseil a remarqué et déploré le retard que le Sénégal continue d’accuser en matière de délivrance de permis de construire, le transfert de propriété, l’accès à l’électricité, entre autres. Toutefois, a fait remarquer le secrétaire général du gouvernement, des progrès sont notés dans la création des entreprises, le commerce extérieur. Le financement et l’accès au crédit font partie des réformes déjà engagées ou en perspective. Le Conseil des ministres avait adopté un projet de loi sur le sujet, mais sur invitation de la Bceao, le gouvernement a suspendu sa démarche pour privilégier une approche communautaire. Selon Seydou Guèye, un projet de directive communautaire inspiré du texte sénégalais va être pris par l’Uemoa. Le secrétaire général du gouvernement est aussi revenu sur les 17 mesures urgentes devant être appliquées au plus tard en mai 2013. Il croit que leur mise en œuvre permettra au Sénégal de gagner des points en matière de compétitivité.

Le Sénégal veut intégrer le Top 90 du « Doing Business » en 2017
La présentation du programme triennal 2013-2015 des réformes de l’environnement des affaires est faite par le président du groupe de travail n°2 du Cpi, Ange Billong. D’après lui, le Sénégal vise à atteindre, en 2017, les résultats suivants : intégrer le Top 90 du classement « Doing business », le Top 10 africain, le Top 2 de la Cedeao et enfin être premier dans le classement Uemoa. A son avis, c’est un objectif ambitieux et faisable. Selon M. Billong, ces réformes doivent porter sur la généralisation des télé-procédures, le bon fonctionnement des chambres de commerce, le financement des Pme... M. Billong a aussi rappelé l’importance de l’organisation de la deuxième conférence transfrontalière avec le Mali, la mise en place d’un comité stratégique et de veille, afin de renforcer le commerce avec les pays frontaliers, l’élaboration d’une stratégie nationale de gestion et de codification de l’information foncière, le programme pour le développement de la riziculture, le développement du transport multimodal, la vulgarisation des réformes, etc. Toutes ces propositions sont assorties de délais butoirs d’exécution.

Un Conseil pour l’émergence des territoires afin de développer les régions
Le dialogue public-privé local à l’aune de la territorialité des politiques publiques a été abordé durant ce Conseil présidentiel de l’investissement (Cpi) par le directeur général adjoint de l’Apix, madame Aïda Wane. A l’en croire, la promotion des investissements dans les régions nécessite une démarche marketing et une amélioration de l’environnement des affaires au niveau local. A cet effet, il est mis en place un Conseil pour l’émergence des territoires, qui va instaurer un cadre de dialogue public-privé et regrouper les collectivités, les acteurs publics au niveau local et les acteurs privés. Ce conseil, soutient-elle, aura trois objectifs : d’abord, identifier les contraintes à l’investissement et proposer des solutions aux problèmes, ensuite, promouvoir les secteurs porteurs et enfin, aider à l’accélération des stratégies nationales en matière de développement. Selon Mme Wane, le développement équilibré des territoires nécessite la réalisation d’infrastructures d’appui, la capacitation d’acteur au niveau local et le renforcement du dialogue public-privé. Le développement du Sénégal est devenu un impératif, ce n’est plus un besoin, ajoute-t-elle. Notre pays doit se faire une place dans un continent en plein essor, avec un secteur privé fort. Le Sénégal, poursuit Mme Wane, doit se donner les moyens pour ne pas rater l’émergence à l’horizon 2017.
Parmi les enjeux et les défis de cette émergence, le directeur général adjoint de l’Apix cite la réalisation d’un taux de croissance de 6,7 % en moyenne, une moyenne du taux d’investissement de 3 %, une croissance du secteur agricole de 6 %, etc. Avec 0,3 % du territoire national, la région de Dakar concentre plus de 80 % des activités économiques et 20 % de la population. Elle estime qu’il y a un rééquilibrage à faire afin de corriger ces impairs. Des efforts doivent être consentis au niveau des infrastructures, de la santé, de l’éducation, etc., ajoute Mme Wane.

La Casamance servira de test à la politique de territorialisation
Pour rendre beaucoup plus inclusif le développement socio-économique, le chef de l’Etat a décidé de pousser plus loin la politique de décentralisation en mettant en œuvre l’acte III de la décentralisation au Sénégal. Et c’est la Casamance qui servira de test. « Le chantier est déjà ouvert et j’ai choisi la Casamance pour servir de test à cette politique de territorialisation », a annoncé le président de la République. Annoncée pour 2013, cette nouvelle étape de la gouvernance territoriale sera économique à travers une meilleure décentralisation du Budget consolidé d’investissement (Bci), a dit le chef de l’Etat hier, au Conseil présidentiel de l’investissement. Pour apporter une réponse adéquate à la sempiternelle équation du transfert des moyens dans les collectivités locales, l’Etat du Sénégal a décidé d’engager l’acte III de la politique de décentralisation. Macky Sall a indiqué que cette politique sera, cette fois-ci, typiquement économique. Il s’agit, selon lui, de transférer une bonne partie du pouvoir économique aux collectivités locales. Cette mesure, a poursuivi le président de la République, va se traduire notamment par la décentralisation effective du Budget consolidé d’investissement au niveau local. Une mesure qui, selon M. Sall, permettra aux collectivités locales de lancer des appels d’offre à partir de leur territoire avec les démembrements de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp) sur place, afin que les procédures ne soient pas un frein à l’exécution de la commande publique.
L’Etat a également commencé à céder des titres fonciers dans la zone balnéaire de Saly Portudal pour booster l’activité touristique au Sénégal. Cette nouvelle politique contribuera surtout à faciliter l’accès au foncier pour les investisseurs du secteur touristique. L’Etat compte étendre la mesure sur l’ensemble du pays, a souligné Macky Sall.

3.000 logements sociaux annoncés d’ici à juillet prochain
Dans le cadre du développement inclusif et de la prise en charge des besoins des couches vulnérables, le chef de l’Etat a déclaré que le gouvernement a pris l’engagement de construire 3.000 logements sociaux d’ici au mois de juillet 2013. Le gouvernement, a dit le président de la République, s’est fixé un objectif de 10.000 logements sociaux par an au Sénégal. « C’est un défi, mais nous allons mettre en place des mécanismes pour le relever », a déclaré Macky Sall. Il a indiqué également que des concertations sont engagées pour réduire le coût de construction au Sénégal.

Le nouveau Code général des impôts sera un instrument de croissance durable
Le gouvernement du Sénégal compte s’appuyer sur le nouveau Code général des impôts pour créer les conditions d’une croissance inclusive durable, a dit le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Kane, lors du Conseil présidentiel de l’investissement. M. Kane a exprimé son engagement à poursuivre le dialogue avec le patronat sur la réforme fiscale, notamment les entreprises franches d’exportations (Efe) sur des aspects comme la Tva. Selon le ministre de l’Economie et des Finances, le gouvernement est en train de mettre en place différents mécanismes pour inverser la tendance actuelle de la dette intérieure et faire en sorte que le nouveau Code général des impôts soit un instrument de croissance durable. A ce propos, il a cité des avancées, comme la dématérialisation effective des transactions douanières par le biais du système Gaïndé 2000 et les efforts consentis sur le Code des douanes, la suppression définitive de l’exonération dans l’agrobusiness.

Le Sénégal n’accordera pas de licences de pêche en 2013
La transparence et la rupture, comme indiqué dans son programme « Yoonuu Yookuute », sont revenus maint fois dans le discours du président de la République, hier, lors du Conseil présidentiel de l’investissement. Macky Sall a profité de l’occasion pour réitérer son engagement à faire en sorte que la rupture ne soit pas un vain mot dans la gestion des affaires publiques au Sénégal. « Mon rôle, c’est d’assumer cette rupture », a martelé le président. Il compte imprimer cette démarche dans tous les secteurs d’activité. Dans le secteur de la pêche, par exemple, le chef de l’Etat a déclaré que l’Etat a pris la décision de n’octroyer aucune licence de pêche en 2013. « C’est une décision que j’ai prise. Ce sera le repos biologique total, en dépit de ce que cela comporte pour l’Etat », a déclaré Macky Sall.
Samedi 15 Décembre 2012
Le soleil