Conférence internationale du Prix Yidan / Moustapha Guirassy : « Aucune souveraineté éducative ne sera possible sans les langues nationales »


Le ministre de l'Éducation nationale, Moustapha Guirassy, a salué la tenue à Dakar de la première conférence internationale du Prix Yidan organisée en Afrique, distinguant au passage l'Association pour la renaissance de l'éducation au développement (ARED), lauréate 2025 du prix dans la catégorie développement de l'éducation. Il a comparé cette distinction au prix Nobel dans le domaine éducatif, rappelant que le directeur exécutif de l'ARED, Mamadou Amadou Ly, figure parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde dans ce secteur.

 

Le ministre a longuement développé l'importance de l'enseignement en langues nationales, qu'il présente comme un levier déterminant de performance scolaire. Selon lui, les enfants qui apprennent dès le plus jeune âge dans leur langue maternelle obtiennent de meilleurs résultats dans l'ensemble des disciplines, y compris en mathématiques et en littérature. Il a également souligné que cette approche dépasse le cadre strictement scolaire en touchant le monde de l'alphabétisation des adultes, citant l'exemple d'une femme devenue cheffe d'entreprise dans l'agro-transformation après être passée par un programme d'alphabétisation en langue nationale.

 

Moustapha Guirassy dit avoir inscrit cette politique dans une perspective plus large de souveraineté culturelle et cognitive, évoquant les travaux de Cheikh Anta Diop sur l'importance des langues africaines. Il a annoncé la présentation prochaine d'une politique linguistique nationale, en gestation depuis dix-huit ans en raison de la sensibilité du sujet notamment la question du statut à accorder à chaque langue, qu'il s'agisse du wolof, du joola ou du pulaar. Cette politique devrait, selon lui, entraîner une révision constitutionnelle, la Constitution sénégalaise ne reconnaissant aujourd'hui que le français comme langue officielle. Il a précisé que son adoption imposerait notamment aux juges et aux préfets l'usage des langues nationales selon les communautés concernées, afin de garantir la compréhension des citoyens dans les procédures judiciaires et administratives.

 

Interpellé sur l'extension de cette politique à l'enseignement supérieur, le ministre a indiqué que les langues nationales y sont déjà présentes, à travers les départements de linguistique des universités et l'Institut des langues nationales, ainsi qu'un département spécifique à l'université de Saint-Louis. Guirassy a, aussi, situé le principal défi au niveau du moyen-secondaire, segment intermédiaire entre l'élémentaire où les langues nationales sont déjà largement déployées et le supérieur. Il a tenu à préciser que l'objectif n'est pas de substituer les langues nationales au français ou à l'anglais par idéologie, mais de donner aux enfants une base solide leur permettant ensuite de s'ouvrir aux autres langues selon leur parcours académique.

 

Qualifiant l'ARED de « bras technique » du ministère de l'Éducation nationale en matière d'innovation pédagogique, le ministre de l'Éducation a fait remarquer la distinction obtenue à un investissement plus large de l'État dans le système éducatif sénégalais, qu'il a présenté comme un modèle aujourd'hui reconnu au niveau international.

 
Mercredi 1 Juillet 2026
Dakaractu