Lors de la réunion préparatoire de la conférence des Nations Unies sur l’eau organisée à Dakar, la ministre française Eléonore Caroit a défendu, aux côtés de l’Afrique du Sud, une vision transversale de la gestion de l’eau, présentée comme un enjeu touchant l’ensemble des activités humaines. En effet, la capitale sénégalaise accueille cette semaine la réunion préparatoire de la conférence des Nations Unies sur l’eau, une étape cruciale avant le sommet mondial prévu ultérieurement. C’est dans ce cadre que la ministre déléguée française chargée des partenariats internationaux, Éléonore Caroit, s’est rendue au Sénégal pour porter un message sur la question de l’eau qui, visiblement, ne peut plus être traitée de manière sectorielle.
Coprésidant un panel consacré au financement de la politique de l’eau avec son homologue sud-africaine, Éléonore Caroit a martelé la nécessité d’adopter des approches globales face à cet enjeu. « Il n’y a pas un seul sujet, une seule activité humaine qui ne soit pas liée à cette question de l’eau », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse ce mardi.
La ministre a insisté sur la consommation d’eau liée aux nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, secteur en pleine expansion mais fortement gourmand en ressources hydriques pour le refroidissement des data centers. Cette prise de conscience de l’interconnexion entre développement technologique et gestion de l’eau marque une évolution dans le discours international sur le sujet.
Pour illustrer cette approche intégrée, Éléonore Caroit a évoqué le « plan eau » adopté par la France, qui vise à coordonner l’ensemble des politiques publiques touchant à la ressource hydrique. De son côté, l’Afrique du Sud développe également une stratégie similaire, témoignant d’une convergence de vues entre pays du Nord et du Sud sur la nécessité d’une gouvernance cohérente de l’eau. Cette alliance franco-sud-africaine lors de la conférence de Dakar n’est pas anodine. Elle traduit une volonté de créer des ponts entre continents et niveaux de développement pour affronter un défi qui ne connaît pas de frontières.
Le Sénégal, pays hôte et modèle
Le choix de Dakar comme ville hôte de cette réunion préparatoire revêt une signification particulière. « Le Sénégal est un pays qui est très en avance sur la question de la gestion de l’eau », a souligné la ministre française. Confronté par le passé à des difficultés d’accès et de gestion de cette ressource vitale, le pays ouest-africain a développé une expertise reconnue et adopte actuellement une approche globale de la question, selon Éléonore Caroit.
Cette expérience sénégalaise intéresse particulièrement les partenaires internationaux, qui y voient un exemple de résilience et d’adaptation face aux défis climatiques. Le pays s’inscrit notamment dans les « plans pays » promus par la Banque mondiale, une initiative visant à élaborer des stratégies nationales intégrées pour la gestion de l’eau. En effet, au-delà des aspects techniques de gestion des ressources hydriques, la conférence aborde des questions éminemment politiques : répartition des ressources, financement des infrastructures, justice sociale et environnementale, coopération transfrontalière.
Le panel sur le financement, coprésidé par la France et l’Afrique du Sud, a précisément permis d’aborder ces dimensions. Comment mobiliser les fonds nécessaires, publics et privés, pour garantir un accès équitable à l’eau tout en préservant la ressource ? Comment articuler investissements nationaux et solidarité internationale ? Ces questions étaient au cœur des débats. La participation d’une ministre française à cette réunion préparatoire témoigne de l’importance accordée par Paris à la diplomatie de l’eau. Dans un contexte de renouvellement des partenariats avec l’Afrique, la France cherche à se positionner comme un acteur crédible et engagé sur les questions environnementales et de développement durable, a reconnu la ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger qui rappelle que cette présence ministérielle française s’inscrit également dans le cadre de la présidence française du G7, qui fait du financement du développement durable l’une de ses priorités. « Le développement doit être financé à la fois par des fonds domestiques, des fonds privés, par toutes sortes d’acteurs », a précisé Éléonore Caroit, plaidant dans la foulée, pour une mobilisation massive et diversifiée des financements.
La réunion de Dakar, bien que qualifiée de « préparatoire », constitue en réalité « une vraie conférence », selon les mots de la ministre française. Elle préfigure les discussions qui animeront le sommet mondial et pose les jalons d’une possible gouvernance internationale renforcée de l’eau. Les approches globales défendues par la France, l’Afrique du Sud et le Sénégal pourraient ainsi inspirer de nouvelles normes et mécanismes de coopération internationale. L’enjeu est de taille car, avec le changement climatique, la pression démographique et l’urbanisation croissante, l’accès à l’eau potable et la préservation des ressources hydriques constituent l’un des défis majeurs du XXIe siècle.
En choisissant Dakar, estime la ministre, les Nations Unies ont placé l’Afrique, continent le plus vulnérable au stress hydrique, au centre des réflexions.