Commission d’enquête sur le Patrimoine bâti de l’Etat / Abdou Karim Fofana, serein face au parlement : les minutes d’une audition


Entendu ce lundi 12 octobre 2026 par la commission d'enquête parlementaire sur les cessions d'immeubles du patrimoine bâti de l'État, Abdou Karim Fofana, ancien directeur général de l'Agence de gestion du patrimoine bâti de l'État (AGPBE) puis ministre de l'Urbanisme, a défendu pied à pied la légalité des baux conclus par l'agence et l'arrangement passé avec le promoteur du projet Dak Tower. À l'aise sur le fond, il a eu plusieurs échanges vifs avec les députés, qui sont revenus à plusieurs reprises sur la question de l'approbation des baux.
 
Le point le plus disputé a été le régime d'approbation. Les parlementaires ont insisté sur ce sujet, au point que Abdou Karim Fofana a fait observer que la même question lui était posée pour la quatrième fois. Il y a répondu en distinguant les périodes. Les baux signés avant 2013 par l'ancienne direction, comme ceux conclus par l'agence depuis le décret de 2013, n'ont, selon lui, jamais eu besoin d'être approuvés par le chef de l'État. Ce texte autorise l'agence à mener les opérations nécessaires à la politique d'acquisition et d'aliénation du patrimoine bâti. 
 
Le décret de 2018 ne viserait que les baux à valorisation et à partage, de type emphytéotique, portant sur des bâtiments importants du domaine de l'État, comme la maison de la RTS ou la maison de l'Éducation nationale etc. Les autres baux, notamment ceux à usage d'habitation, n'en relèveraient pas. « Il ne faut pas entretenir la confusion », a-t-il martelé, demandant que sa position soit consignée. Sur le dossier Dak Tower, il a retracé l'historique. Vers 2005-2006, sous la présidence d'Abdoulaye Wade, la société African Company For Construction and Investment (ACCI) obtient un bail sur un terrain de 2,5 hectares près du stade Assane Diouf. Le droit au bail est inscrit au livre foncier, l'État demeurant propriétaire. La société dépense environ 15 milliards de FCFA et décroche en 2011 un agrément au code des investissements pour un projet de plus de 200 milliards. Le chantier reste bloqué plus de dix ans. En reprenant le dossier en 2019, l'État devait, selon lui, réparer un préjudice causé à un investisseur dont les droits étaient établis, sous peine de s'exposer à des procès, parfois cinq ou dix ans après les faits.
 
L’ancien ministre Abdou Karim Fofana a expliqué que d'autres usages étaient envisagés pour le site notamment une mosquée, une rue de 10 mètres sur 200 pour la séparer de la mosquée omarienne et un terrain de football d'un hectare. La convention prévoit que la société renonce à son droit de bail sur 15000 m², repris par l'État. L'investissement réalisé est préservé et d'autres emprises sont attribuées en contrepartie, notamment 3200 m² dans le prolongement des ambassades et environ 2000 m² sur l'assiette de l'ancien aéroport. Il a invoqué la stabilité juridique et contractuelle, déterminante pour les investisseurs et affirmé que l'État n'était pas dans un projet immobilier mais dans la réparation d'un préjudice. Il a ajouté que le bail ne confère qu'un droit d'usage limité dans le temps, de vingt à trente ans.
 
Mais le climat de l'audition s'est tendu à mesure que les relances se multipliaient. Alors que l'ancien DG développait ses explications, des voix de la commission comme celles du président Momath Talla Ndao, ont fait savoir qu'on n'était pas là pour des cours sur les baux, qu'une question claire avait été posée et qu'il fallait y répondre. Abdou Karim Fofana a rétorqué qu'une confusion devait être levée, a reproché à son interlocuteur de commenter ses réponses et de chercher à l'amener vers une réponse précise, avant de rappeler qu'il n'était pas le juge. Il a assuré ne pas chercher à « tirer la couverture » et a relevé qu'il n'avait pas pris la parole dans les médias ces dernières années. Pour sa part, un membre de la commission a rappelé qu'on était dans une instance d'enquête, chargée de poser des questions auxquelles l'audité devait répondre. L'ancien DG a aussi jugé que les questions contenaient trop d'éléments de contexte, avant de proposer de clore le sujet pour passer aux questions d'un député qu'il a invité à s'exprimer. L'audition s'est poursuivie jusqu'à sa clôture, annoncée par le président.
Lundi 12 Octobre 2026
Dakaractu